Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 18:23




          Les monastères
      Lieux d'accueil -- Espaces de silence

Texte publié dans la revue "L'Amis de Saint-Benoît-du-Lac". Été 2003-No102 






 COMMENT COMPRENDRE L'ENGOUEMENT actuel pour les monastères au Québec et ailleurs dans le monde? Les délais d'attente pour un séjour de fin de semaine à l'Abbaye Saint-Benoît-du-Lac sont de trois à quatre semaines, voire davantage pour les femmes. Les 450 places de l'église abbatiale ne suffisent pas les dimanches d'été; en semaine, la nef est remplie. Pourtant les célébrations sont beaucoup plus longues et moins animées qu'en paroisse. L'hôtellerie de l'abbaye accueille des hôtes pour plus de 2 500 séjours par an. 

 Ces dernières années, le monastère a augmenté sa capacité d'accueil, mais la demande est trop grande. La présence de jeunes et la diversité de la provenance sociale des hôtes surprennent. À l'occasion d'une conférence sur la spiritualité bénédictine prononcée devant le Club Rotary de Sherbrooke, je fus étonné de ce que presque toutes les personnes présentes – une cinquantaine – étaient déjà allée à l'abbaye pour une visite, un séjour à l'hôtellerie ou pour une célébration. Il y a là une fascination pour ces chercheurs de Dieu que sont les moines. 

 La vie bénédictine déborde les clôtures des monastères. Aux cinquante moines de l'abbaye, il faut ajouter les 200 oblats bénédictins associés au monastère. Ces hommes et ces femmes s'engagent à vivre la spiritualité bénédictine dans leur vie d'époux, de parents, de travailleurs et de citoyens.

 La famille inclus aussi les 2 000 amis de Saint-Benoît qui ont contribué de manière déterminante à la croissance de l'abbaye et qui valorisent la prière et la fraternité en communion avec la communauté. Il faudrait ajouter tous ces fréquentants de l'abbaye qui ont aménagé un petit monastère dans leur cœur pour être sel du monde dans leur quotidien. L'influence de la spiritualité bénédictine est très grande dans le monde anglo-saxon, comme en témoignent le nombre d'oblats et les nombreux best-sellers sur la spiritualité bénédictine et la vie laïque, notamment les oeuvres de Esther de Wall, Norvene West, Joan Chittister o.s.b. et Kathleen Norris. N'oublions pas que le monachisme a été dans ses origines un mouvement de laïcs engagés à vivre radicalement l'Évangile. Les prêtres furent accueillis avec prudence, car on craignait que ne s'établissent des rapports de classes entre les moines qui vivaient en frères égaux, peu importe leur origine sociale. 

 Quel est le secret de la recette de la potion magique bénédictine? L'expérience dure depuis plus de 1 500 ans et elle demeure toujours aussi vivante ( ils sont 8 000 bénédictins dans le monde) alors que la fréquentation des églises est en baisse continue. Pourtant, à plusieurs égards, le style de vie des moines semble aller à l'encontre de grandes valeurs de notre société: le silence et l'écoute dans un monde pollué de bruits extérieurs et intérieurs; la stabilité et l'équilibre dans un monde où tout change et où les contrastes sont recherchés; enfin l'obéissance et l'humilité dans un monde de compétition.  


 

 Lcoute et le silenc



 Combien de temps passons-nous dans le silence durant une semaine? La musique nous est souvent imposée dans le centre commercial, au centre de conditionnement physique ou au bureau. Le cellulaire s'est déjà imposé dans plusieurs pays d'Europe. Des gens semblent parler seuls en déambulant dans la rue! Le bruit envahit la vie intérieure à un point tel que certaines personnes doivent utiliser une musique douce pour se mettre en prière. Dans les rares moments de silence extérieur, les bruits intérieurs prennent la relève. Nous ruminons continuellement. Ne sommes-nous pas presque toujours absents à ce que nous vivons? 

 Si la spiritualité est cet espace qui rend possible la rencontre avec moi-même, avec l'autre, avec la nature et avec le Seigneur, la culture du bruit freine le développement, d'une vie intérieure. D'ailleurs, la règle du silence est celle qui pose le plus de problème aux hôtes qui fréquentent les monastères. Heureusement que le chant apaise et facilite l'entrée en silence. 

 

 La stabilité et l'équilibre  

 

 Nous vivons dans un monde de durées courtes. La fidélité se butte au provisoire. L'engagement à perpétuité dans une petite vie avec ses horaires réguliers, ses quatre heures de prière commune, les études, le travail manuel, les mêmes frères, les rares sorties et surtout le vœu de rester dans le monastère toute sa vie, voilà qui contraste avec notre monde. La culture de l'Éphémère a pour effet de réduire l'entrée de jeunes moines; cependant la rareté est moins grande dans plusieurs ordres contemplatifs que dans le clergé diocésain et chez plusieurs congrégations religieuses en voie de disparition. Plusieurs abbayes américaines ont même dû procéder ces dernière années à des agrandissements afin de répondre à la demande. La diminution du nombre de fils de saint Benoît dans les monastères s'accompagne d'une hausse de fidèles qui configurent leur vie à la lumière de la Règle bénédictine. Oblat(e)s, amis de Saint Benoît et fréquentants contribuent à insuffler vie et espérance dans la traversée du désert que nous vivons. 

 Le caractère répétitif de la vie monastique questionne notre culture qui valorise les expériences fortes. Le contraste n'est-il pas la condition du plaisir? Lors d'un séjour à l'Abbaye Saint-Benoît-du-Lac, j'ai été fortement interpellé par deux jeunes dans la vingtaine. À la sortie du premier repas au réfectoire, un des jeunes affirma capoter. Il était troublé par le synchronisme des gestes de la prière et du repas. Le deuxième attribua ce sentiment d'étrangeté au fait qu'ils ne vient pas dans un monde ordonné. Le lendemain, le jeune, ébranlé, m'avoua qu'il prenait le pli et que le milieu lui plaisait de plus en plus. Le troisième jour, lors de son départ, il estimait avoir vécu, malgré lui, un tournant qu'il reconnaissait déjà comme étant significatif. Il avait entretenu jusque-là un lien direct avec le Seigneur. L'Église ne lui disait rien. Il s'était dit au départ qu'il n'assisterait pas aux offices. Bizarre! Le jeune a participé à tous les offices (dont laudes et vêpres en latin), sauf les vigiles de 5h05 le matin. Il a réservé pour un autre séjour le mois suivant. L'horaire ferait-il le moine? Le jeune faisait la découverte d'une vie équilibrée et il ressentait maintenant l'exigence de reproduire l'expérience une autre fois au monastère. Peut-être sera-t-il amené à implanter une stabilité dans son propre quotidien et un équilibre entre le temps du travail, de la prière et du loisir? 

 

 L'obéissance et l'humilité 


 Dans notre monde, il nous faut ne dépendre que de soi, être des toughs. Chacun joue au tarzan qui essaie de monter plus haut que les autres dans l'arbre de la compétition. Nos départements de psychiatrie et les bureaux de psychologues sont remplis de personnes au moi dégonflé. Dans une culture où l'autonomie est une valeur fondamentale, des moines vivent en communauté dans l'obéissance à un autre homme qu'ils ont élu pour la vie comme leur Abbé et aux exigences de la vie fraternelle vécue dans la charité. C'est le Père Abbé qui autorise des personnes, pourtant adultes, à sortir du monastère et qui les affecte à des tâches en fonction des besoins de la communauté. En contrepartie, le Père Abbé a le très difficile devoir d'écoute. 

 Qu'est-ce que l'humilité? C'est tout simplement ne pas se prendre pour un dieu, c'est de s'assumer dans ses fragilités et dans son besoin d'être éclairé par l'autre. Nous sommes invités à vivre continuellement sous le regard aimant de Dieu – ce qui est apaisant – et à nous rendre disponible à faire non pas selon notre propre volonté, mais selon ce que Dieu attend de lui. L'obéissance confère une grande disponibilité. Il ne fait pas une chose en se disant qu'il préférerait en faire une autre – ce que Esther de Wall appelle le renoncement à la différence. En plus nous nous reconnaissons comme des personnes qui peuvent se tromper et qui tirent avantage des conseils des autres – pour les moines, il s'agit du Père Abbé; pour nous, il s'agit de la personne aimée, d'un ami ou d'une personne qui nous accompagne spirituellement. Combien de fois le simple fait d'avouer à une autre personne nos angoisses nous aide? En plus, l'autre voit des choses que je ne vois pas, surtout quand les émotions montent. Enfin, la personne humble se fait discrète et parle peu, ce qi lui permet de faire de la place pour s'accueillir elle-même et pour accueillir les autres. 

 La dissonance entre le monde actuel et la spiritualité bénédictine constitue justement sa force. La priorité donnée à l'écoute de l'Autre, à l'humilité, à la stabilité et à la simplicité ouvre une voie de bonheur aux chercheurs de sens engagés dans le monde. Le monastère a le mérite de nous faire découvrir à travers une expérience forte et contrastante des chemins de simplicité et de joie que nous pouvons aménager dans nos quotidiens. 

 

 Yvan Cloutier oblat o.s.b.

  

 

Click for Sherbrooke, Quebec Forecast

Température à Saint-Benoît-du-Lac  

  

Suivant Précédent Nouveautés Informations

Le référenceur des meilleurs sites catholiques francophones

Repost 0
Published by Oblat_sbl@hotmail.com - dans Sélecteur Principal
commenter cet article
15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 23:58

 

                                                                 



   

Textes Extraits

de la revue

 l'Ami de Saint-Benoît-du-Lac 

    

 

La priorité de lcoute
«Dieu lui-même nous le demand

 

Texte publié dans la revue "L'Amis de Saint-Benoît-du-Lac".
                     Hiver 2006-No107
 

 

 «Écoute,ô mon fils, l'enseignement du maître, et incline l'oreille de ton coeur; reçoit volontiers les conseils d'un père qui t'aime, et mets-les en pratique [...]» «Écoute» est le premier mot de la Règle de saint Benoît (écrite entre 530-560), Benoît ne centre pas d'abord l'expérience spirituelle sur l'écoute de soi, comme le font plusieurs auteurs d'aujourd'hui, mais sur l'écoute d'un Dieu qui me parle. Que dit Benoît et que penser de cette priorité de l'écoute de l'Autre dans la vie spirituelle? 

 

 Que nous dit Benoît 

 

 Benoît ne formule pas un souhait, mais un ordre, un commandement à quelqu'un qui a déjà fait le pas de s'engager dans le monastère comme école du service du Seigneur (Prol 45), D'où l'usage de l'impératif.

 Cette écoute ne se limite pas à la compréhension intellectuelle, ni aux simples émotions, mais à l'engagement de toute la personne, ce qu'indique clairement Benoît: « incline l'oreille de ton coeur ».

 Qui faut-il écouter? Il est mention du «fils» et d'un disciple ou d'un apprenant, ce qui renvoie à un Père et à un «maître». Qui est ce Père-Maître? Il ne s'agit pas de Dieu le Père, mais du Fils, de Jésus-Christ, conformément à la christologie antique qui voyait dans le Christ un Père.

 Enfin, il nous faut accueillir librement (libenter) les conseils et les mettre en pratique avec efficacité. La qualité de notre réponse à l'appel de Dieu dépend de la qualité de notre écoute. 

 

 Pourquoi la priorité de lcout

 

 Parmi les raisons qui peuvent justifier la priorité de l'écoute, nous en retenons trois: Dieu lui-même nous le demande; ne pouvant pas voir Dieu, nous ne pouvons que l'écouter et l'écoute constitue la voie la plus efficace, la plus facile et la plus agréable.

 

 Dieu nous demande de l'écouter  

 

 Benoît puise dans l'Ancien Testament, en particulier dans la littérature sapientielle (surtout les Proverbes 1:8,4:1, 10,20, 6:20). Ainsi «Écoute-moi, mon fils, accueille mes paroles, et tu vivras pendant beaucoup d'années» Pr.4,10). Il reprend le commandement clé pour tout juif, le fameux Shema Israel : «Écoute Israël : Yahvé notre Dieu est le seul Yahvé (6:4).Tout découle de la Parole. Dans le premier récit de la création, Dieu dit et il fait. Il dicte à Moïse la loi. Dieu parle aussi par les prophètes. Jean commence son évangile en qualifiant Dieu de Verbe (Logos) : « Le Verbe s'est fait chair ».

 

 Un Dieu qu'on ne peut pas voir 

 

 La spiritualité juive refuse de nommer Dieu et de le représenter.Dieu est toujours par delà la représentation, l'image, que j'en fais. Pourquoi cette interdiction? Il nous faut éviter de ramener Dieu à soi et de passer à côté de lui : ce qui est l'idôlatrie. D'ailleurs le Dieu d'Israël ne dévoile jamais son visage. La vision de Dieu ne sera accordée qu'en sa présence à la fin des temps.

 Dieu a certes pris chair grâce au Christ qui constitue pour chacun de nous le modèle par excellence. Les Évangiles nous le présentent en action avec des attidudes (colère, pitié, tendresse, etc.) et des réponses apportées dans des situations concrètes. Mais qu'en est-il de ce visage? Il nous échappe comme en témoignent la diversité et l'incompatibilité entre les nombreux portraits que les artistes nous ont présentés de Jésus. Qui de Gibson ou de Pasolini ou de Zeffirelli a raison? Il y a surtout que Jésus se présente comme la Voie, le Chemin, vers un autre que Lui : le Père. Donc, il nous faut aller en passant par Jésus par delà Jésus vers le Père.

 Ainsi le chrétien n'est pas à l'abri de l'idolâtrie. Il lui faut se tenir à l'écoute, maintenir une ouverture, consentir à accueillir une autre expérience de Dieu qui est le Tout-Autre. Le processus est le même que dans nos rapports avec les personnes que nous aimons: nous nous devons d'éviter de les enfermer dans une image et d'être toujours à l'écoute de ce qu'ils peuvent nous dire d'eux par delà les mots et les gestes. 

 

Lcoute : une voie efficace eplus facil

 

 L'écoute est la condition première de toute vie chrétienne. Il ne peut y avoir de primauté de l'Amour si je n'ai pas d'abord entendu cet amour dans mon coeur. L'écoute - qui suppose le silence - crée l'espace qui rend possible l'action de l'Eprit du Seigneur en moi et permet de saisir la volonté du Père.

 Saint Benoît a fait de l'écoute à clé de toute sa Règle.  L'écoute débouche ainsi sur l'obéissance. Le mot latin obedire (prêter l'oreille), obaudire ou ausculaire. Le silence, la simplicité et l'équilibre sont des moyens pour favoriser l'écoute. Enfin l'hospitalité est accueil de l'hôte qui est le Christ.

 Quand Yahvé ordonne d'écouter, il accompagne ce commandement d'une promesse d'efficacité et de bonheur : « ce qui t'apportera bonheur et fécondité, dans un pays où ruissellent le lait et le miel, comme te l'a promis le Seigneur, le Dieu de tes pères».(Dt 6:3). Donc l'écoute, en nous évitant de passer à côté de Dieu et en lui laissant la gouverne, est  la voie la plus efficace pour entrer déjà en ce monde dans le Royaume de Dieu. Enfin l'écoute rend agréable notre cheminement comme apprenant à l'école du service du Seigneur parce que cette Parole est une parole amoureuse. Elle est celle d'un Père qui nous aime dans nos fragilités.   

 

 Une Application : La Lectio Divin

 

 La priorité de l'écoute dans la spiralité bénédictine trouve sa plus belle expression dans la lectio divina qui constitue un des plus beaux trésors de la spiritualité bénédictine qui met l'accent sur le premier moment de la lectio, «la lecture», qui conditionne les autres étapes qui sont : méditation, prière et contemplation.

 La tentation est toujours forte de me projeter rapidement dans la Parole de Dieu. De petits trucs peuvent nous aider à bien ouvrir nos volets, à bien nous laisser saisir par Dieu. Certains utilisent deux traductions d'une même péricope de la Bible. D'autres recourent à un commentaire du texte biblique choisi. H.Nouwen suggère de lire le texte avant de se coucher et de reprendre ce texte le lendemain matin; ce qui favorise la pénétration de la Parole dans les couches profondes de la personne. La lectio divina partagée porte mon attention sur d'autres aspects de la Parole. Il convient de suivre une séquence (missel, évangile, etc.) et d'éviter ainsi de choisir la lecture en fonction de mon humeur ou de ce que je veux entendre de Dieu. Enfin l'accompagnement spirituel favorise une grande ouverture.



 

   Y aurait-il un moine en chacun de nous ?

 

 La vie des moines ne laisse personne indifférent. Qui n'est pas fasciné, voire même troublé, par la radicalité de ces chercheurs de Dieu qui s'engagent, en retrait du monde, dans une vie communautaire caractérisée par la stabilité et par le peu d'espace accordé à la vie privée? Que dire du renoncement à fonder une famille dans une relation amoureuse? Par contre, plusieurs leur envient une vie équilibrée autour de la prière, de l'étude et du travail. Dès lors, la différence semble radicale entre la vie des moines et celle des autres baptisés. Plusieurs diront même que le Seigneur ne nous demande pas tant et que, de toute manière, le modèle monastique ne convient pas au laïc qui a pour mission de configurer le monde au Christ.

 Que penser d'une telle perception fort répandue de la vie monastique qui oppose moine et vie chrétienne dans le monde ? À trop vouloir durcir les différences entre le moine et les autres baptisés, ne risquons-nous pas de passer à côté de ce qu'ils ont en commun, voire même de ne pas comprendre le sens de l'engagement du moine et de celui du laïcs?

Problème de définition

 Le mot grec monos a deux sens principaux : celui qui est seul et celui qui est un. Selon la première acceptation, le moine désignerait une personne en retrait du monde dans une position de renoncement. Nous pensons ici aux anachorères et aux moines hindoux. Pourtant le retrait n'est pas voulu pour lui-même; Il est dans l'ordre du moyen. Le moine se retire en vue de se faire un. Ce deuxième usage du terme monos nous mène au coeur de l'expérience monacale qui est la recherche de l'unité en Dieu. « Le moine, écrit Pierre Miquel, est moins celui qui vit seul que celui qui tend à être unifié »1.

Le chrétien est monotrope

 Saint Basile, fondateur d'une communauté pour laquelle il rédigea des Règles, décrit la vie du chrétien comme « monotrope ». Toute sa vie tend vers un but unique : [t]ous les chrétiens qui vient dans l'unité peuvent être appelés moines ». Comme la plante recherche le soleil par tropisme, nous sommes programmés de façon à chercher notre unité en Dieu.

 Augustin a admirablement bien exprimé dans les Confessions (1,1) cette quête de Dieu » Te louer, écrit-il, voilà ce que veut un homme [...] C'est toi qui le pousses à prendre plaisir à te louer parce que tu nous as faits orientés vers toi et que notre coeur est sans repos tant qu'il ne repose pas en toi ». Selon Denis Huerre, o.s.b., » Dieu se donn[e] en chaque être humain un lieu d'intimité pour y demeurer comme vis-à-vis de celui qu'il a créé à son image »2. La Règle de saint Benoît favorise par l'écoute une « mutuelle habitation de Dieu dans l'homme et de l'homme en Dieu ». L'auteur fait dériver du grec menein (demeurer) le mot monè, la demeure. De là, il établit un lien entre ce monè et monos. Il en conclut que « nous pouvons appeler moine, non seulement celui ou celle faisant profession canonique de vie religieuse, mais tout être appartenant au genre humain. Tout homme est un monos, un moine. »

Une agnostique à l'Abbaye

 L'expérience monastique est-elle accessible aux personnes qui ignorent Dieu? Une jeune étudiante de 21 ans débarque à l'Abbaye avec son sac à dos. Elle y passe trois jours dont deux à jeûner. Elle participe aux offices. À la question de la raison du jeûne, elle répond qu'elle voulait « creuser » en elle. Elle dit que le séjour à l'Abbaye lui a permis de mieux « s'habiter » Pourtant cette jeune femme est agnostique. Que se passe-t-il? Cette femme vit une expérience d'unification intérieure profonde qui produit les fruits de la paix et de la joie. Nous pourrions parler ici de la rencontre du Dieu caché au coeur de soi.

 Des philosophes et des spécialistes de la vie spirituelle, notamment Luc Ferry et à Richard Bergeron, reconnaissent l'existence d'une spiritualité laïque ou spiritualité profane. Selon Ferry, des personnes, qui ne font pas l'expérience d'un Dieu transcendant, ont une vie intérieure très riche; elles vont jusqu'à renoncer à leur bien-être égoïste, voire même à leur vie pour leur enfant ou pour une cause humanitaire.

 L'expérience spirituelle devient cet espace entre soi et soi-même, cette demeure qui permet de s'habiter et d'accueillir l'autre et, éventuellement,Dieu. La fascination devant la beauté d'un enfant ou d'un paysage sont des expériences limites qui nous font sortir de nous-mêmes. La personne y éprouve une émotion qui s'apparente à la crainte de Dieu, notion biblique que Chouraqui traduit par frémissement. Nombreuses sont les personnes qui sont interpellées profondément lors d'un séjour à l'Abbaye par la beauté du chant grégorien, par l'architecture du monastère et par le simple témoignage de la vie des moines.

 Raimundo Panikkar, dans Éloge du simple : le moine comme archétype universel 3, va jusqu'à parler du monachisme comme d'un « archétype humain ». Cette dimension constitutive du monachisme explique selon lui sa présence dans presque toutes les grandes traditions spirituelles d'Orient et d'Occident. Selon Emanuele Bargellini, o.s.b., le monachisme renvoie à une « composante structurale de l'anthropologie : attention à la profondeur, à l'essentiel, à la recherche de l'au-delà des apparences, à cette dimension que, dans le langage courant, nous appelons la dimension contemplative de l'existence ou le regard sapientiel de l'existence » 4.

La question du retrait :
 couple et communauté

 Certains objecteront que le retrait du monde symbolisé par la clôture distingue le moine des autres baptisés. Leurs contacts avec l'extérieur sont ciblés, non par refus de la réalité, mais par la volonté de bien centrer leur vie dans la relation au Christ et aux frères. Les moines creusent en eux un espace pour accueillir le frère, l'hôte et le monde dans l'écoute et dans la prière. La distance rend possible la présence; il en est de même pour le silence qui favorise une meilleure communication.

 La vie amoureuse suppose aussi une solitude afin d'éviter le piège de la relation fusionnelle. Je me centre sur moi sous le regard aimant de Dieu pour accueillir la personne aimée. Je fais le ménage entre ce qui m'appartient et ce qui tient de l'autre. J'évite ainsi de projeter mes désirs et mes frustrations dans mon proche, qu'il soit le conjoint, l'enfant, l'ami ou le collègue de travail. En outre, alors que dans un monastère, l'unité en Dieu se vit par la communion dans la communauté; dans le couple, l'unité en Dieu se vit dans l'union amoureuse.

 Dès lors la solitude est incontournable. Le chrétien est celui qui est dans le monde tout en ne l'étant pas, comme nous le rappelle l'évangéliste Jean. Donc, la différence entre un moine et un baptisé en serait davantage une de degré que de nature.

Une communauté monastique élargie

Si toute personne est ainsi appelée à se faire moine, c'est-à-dire à unifier sa vie en Dieu dans l'union aux autres, seulement quelques-uns répondent par l'engagement dans une monastère. Cette différence posée, nous sommes à même de mieux saisir la complémentarité entre les moines dans un monastère et les moines au coeur de la cité que nous sommes tous appelés à être.

Les fréquentants et les Amis de l'Abbaye, les oblats et les moines partagent tous une même quête de Dieu et l'option de configurer leur vie au Christ. Il est fascinant d'écouter les personnes parler de leur relation à l'Abbaye et aux moines. Que de belles histoires!  Plusieurs y ont vécu un tournant dans leur vie; d'autres viennent périodiquement s'y ressourcer et se recentrer. Certains reproduisent dans leur vie des traits de la vie du monastère, en particulier la Liturgie des Heures, la lectio divina, des temps de silence, la simplicité volontaire, l'hospitalité, etc. Toutes ces personnes partagent des valeurs qui puisent leur source à la Règle de saint Benoît et à une longue tradition monastique.

Dès lors, les moines du dedans et les moines du dehors sont en relation de solidarité. Les personnes qui gravitent autour des moines ne doivent pas être perçus comme des appendices ou comme des bénéficiaires ou de pourvoyeurs, mais comme des personnes solidaires dans leur marche vers Dieu. Comme l'affirme Pellegrini, le moine a besoin des fidèles qui gravitent autour du monastère pour être à même de porter le monde dans sa prière. Les fidèles associés au monastère ont besoin de ce lieu privilégié pour se recentrer et remplir de manière adéquate leur mission dans le monde.

Une voie dvangélisation privilégiée

Dans le contexte actuel de perte de mémoire de l'expérience religieuse et de privatisation de la vie spirituelle, l'Abbaye constitue un  lieu privilégié d'évangélisation. Évangéliser est un processus qui part de l'accueil, de l'écoute, du dialogue et de l'interpellation pour éventuellement atteindre son sommet dans l'incorporation à la communauté ecclésiale.

Les abbayes sont des incubateurs d'unification intérieure et, par conséquent, de la relation à Dieu. Selon dom Anselm Grün, o.s.b., les Bénédictins doivent « annoncer », contre des courant moralisants, une spiritualité mystagogique, c'est-à-dire une spiritualité qui mène à l'expérience de Dieu et qui invite également à une sincère rencontre avec soi »5. La conversion des moeurs découle de la rencontre du Christ vivant qui elle-même passe par une expérience d'intériorité.

En outre, chaque moine au coeur de la cité devient, par son témoignage et par sa prière, un catalyseur de l'expérience de Dieu, un poumon bénédictin par delà la clôture monastique. Sa vie est invitation à creuser en soi pour y chercher le trésor caché qui y a enfoui Dieu.

Il y a donc entre les moines de l'Abbaye et le moines au coeur du monde des différences importantes - en témoigne le petit nombre de moines -, mais elles sont dans l'ordre des moyens. La même quête de l'unité en Dieu et le même zèle pour le frère et la soeur font de nous des personnes solidaires.

_______________________________________

1. Pierre Miquel, o.s.b., La voie monastique, Abbaye de Bellefontaine, 1986, p. 21.

2. Denis Huerre, o.s.b., » L'anthropologie de la Règle de saint Benoît : une proposition pour un début de siècle », dans Collectanea Cisterciensia, no 64, 2002, p. 181.

3. Raimundo Panikkar, Éloge du simple : le moine comme archétype universel, Albin Michel, 1995.

4. Emanuele Bargellini, o.s.b., « Oblati e monaci, quale cammino per il futuro? » dabs Nibacu e ibkatu : Camminare insiene, Edizioni scritti monastici, Abbazia di Praglia, 1997, p. 70.

5. Anselm Grün, o.s.b., Le trésor intérieur, Éditions Fidélité, 2004, p. 63.  

 

   

 Yvan Cloutier oblat o.s.b.

  

 

Click for Sherbrooke, Quebec Forecast

Température à Saint-Benoît-du-Lac    

Suivant Précédent Nouveautés Informations

Le référenceur des meilleurs sites catholiques francophones

Repost 0
Published by Oblat_sbl@hotmail.com - dans Sélecteur Principal
commenter cet article
15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 16:44

 

 

Logo-Oblats-Abbaye-St-Beno-t-du-Lac--bleu-.jpg 


      
 QUÉBEC      CANADA 

 

 

 

 

 

 Ce Site a pour but de faire connaître 
l'Oblature Bénédictine
 de l'Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac,
 Province dQuébec, Canada 

  

     Le mot "oblature" désigne, d'une façon générale, l'institution des oblates et des oblats bénédictins. Il s'agit d'oblat(e)s séculiers, c'est-à-dire qu'ils vivent en dehors du monastère, dans leur milieu habituel. Ils peuvent être célibataires ou mariés, ou membres du clergé séculier.

 

   "Une personne déjà associée à une autre  

      communauté religieuse ne peut se présenter,

      car on ne peut appartenir simultanément à

      deux communautés différentes."

  

 Le mot "oblature" s'applique aussi, de manière plus précise, à l'oblature d'un monastère particulier, c'est-à-dire à l'ensemble des oblates et oblats de ce monastère. C'est ainsi que l'on parle de l'oblature de l'Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac.

 

 La candidate ou le candidat qui s'engage dans notre communauté fait partie de l'oblature de l'Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac.

 

 L'oblature de l'Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac comprend au 1 décembre 2010 quelque 200 profès oblates et oblats et 10 novices femmes et hommes en formation. 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Oblat_sbl@hotmail.com - dans Accueil
commenter cet article
15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 00:45

 

 

 

 

 

 

 L'abbé selon la règle de saint Benoît 
Par 

        Dom Raymond Carette, o.s.b. 

  

 

 

 

    On a essayé de caractériser la vie monastique selon la règle de saint Benoît d'après bien des critères. Des auteurs y voient un genre de vie dans l'obéissance et l'humilité. D'autres mettent une insistance sur la stabilité comme caractéristique propre. D'autres soutiennent que sans la liturgie on ne peut pas se dire bénédictin. Fut un temps où l'ascèse prit le dessus et la vie monastique s'identifia à une vie pénitente. Le travail manuel prit aussi une place de choix quand ce ne fut pas le travail intellectuel. Des auteurs plus subtils ont soutenu que sans un équilibre entre toutes ces activités, la règle de saint Benoît ne se comprendrait pas. Au dessus de ces notes ne se trouverait-il pas un fil conducteur pour lier toutes ces perles. Bien sûr, vous savez tous que saint Benoît caractérise la vie monastique par la recherche de Dieu. Mais ne faut-il pas constater que c'est une idée vague. Je l'admets. Mais plus une caractéristique est large et indéfinissable, plus elle est un commun dénominateur, plus elle peut convenir à coiffer tous les aspects de la règle bénédictine et cela sans froisser qui que se soit.

    En plus de cette note plutôt intellectuelle n'y aurait-il pas une caractéristique plus concrète de l'institution bénédictine et qui donnerait satisfaction à tous. Je crois que oui et selon moi ce serait l'abbé. Je ne parle pas ici d'un abbé passé ou à venir mais de la manière dont le voit saint Benoît.

 

 

 

 Sous une règle et un abbé 

 

 

 

    Dès le chapitre premier, sur les espèces de moines, saint Benoît décrit les cénobites comme ceux qui vivent dans un monastère et combattent sous une règle et un abbé. On peut toujours se demander qui est premier : la règle ou l'abbé. La question trouve facilement une réponse. La règle ne vaut rien aussi longtemps qu'elle n'informe pas l'agir des personnes. Ce qui est premier ce sont les personnes. D'ailleurs ces mêmes personnes peuvent suivre d'autres règles. Ce fut longtemps le cas où dans les monastères on suivait plusieurs règles en même temps. Dans les monastères d'Orient encore aujourd'hui cette coutume se poursuit toujours. Mais on ne peut pas vivre plusieurs ensemble sans une personne qui organise, qui dicte une ligne de conduite. Une règle reste une mesure externe, qui en soi, n'a pas de vie sinon quand elle influence la conduite d'un groupe de personnes. Donc retenons que les personnes concrètes passent avant les institutions. Les institutions, les lois existent pour permettre une meilleure vie en groupe. On ne vit pas en communauté pour suivre une règle mais pour accomplir le salut apporté par Jésus, pour chercher à mettre en agir le plus possible la vie divine apportée par le Fils de Dieu. Dans l'ordre du salut nous avons besoin d'intermé-diaires. Dieu se sert d'hommes pour donner le salut au monde parce que lui-même s'est incarné. Il a laissé les apôtres pour continuer cette oeuvre jusqu'à son retour dans la gloire.

    La vie monastique toutefois ne se situe pas dans l'ordre hiérarchique de l'Église mais bien charisma-tique."En outre l'Esprit Saint non seulement sanctifie le Peuple de Dieu, le conduit et l'orne de vertus au moyen des sacrements et des ministères mais, "en distribuant à chacun ses dons comme il lui plaît" (I Cor 12,11), il dispose également, parmi les fidèles de tout ordre, des grâces spéciales qui les habilitent à assumer des activités et des services divers, utiles au renouvel-lement et à l'expansion de l'Église...Ces charismes qu'ils soient extraordinaires ou plus simples et plus répandus, sont ordonnés et adaptés d'abord aux besoins de l'Église" (Lumen Gentium 12). Dans une telle variété de dons, se situe la vie monastique avec un pouvoir non hiérarchique mais charismatique. J'ai fait ce détour pour montrer où se situe la place d'un abbé. Il ne fait pas partie de la hiérarchie, mais du domaine charismatique de l'Église comme toute la vie monastique elle-même.

 

 

 

 

 Évolution du charisme abbatial 

 

 

    Pour mieux comprendre le rôle d'un abbé, voyons un peu l'origine de ce charisme. Au début du phénomène monastique, on rencontre des hommes et des femmes poussés par l'Esprit qui éprouvèrent le désir d'une union plus grande avec Dieu sans se soucier des affaires du monde. Un homme de Dieu - l'expression sera reprise par saint Grégoire dans la biographie de saint Benoît - par sa vie vertueuse attire l'attention. On vient à lui pour lui demander conseil puisqu'on constate qu'il vit près de Dieu. Poussés par le désir d'une vie semblable et pour être plus proches pour le consulter, des disciples se forment autour de lui. On vivait sans règlement, mais on s'efforçait de copier le genre de vie de l'ancien expérimenté dans l'ascèse et la vie de prière. L'expérience de cet homme de Dieu fondait une paternité spirituelle qui ne s'exerçait pas sur une manière de vivre, mais sur des besoins spirituels, la lutte contre l'esprit du mal et les vices, l'acquisition de la vertu. Cet enseignement était très circonstancié. On donnait le nom d'abba à cet ancien.

    Petit à petit, autour d'un maître, on venait vivre et on exigeait même des pratiques concrètes pour que tous se mettent en harmonie. En plus de guider sur le plan spirituel, l'homme de Dieu devenait progressivement responsable d'une communauté. Or qui dit communauté, dit organisation, horaire, disposition pour régler les relations entre égaux, avec le responsable, l'obéissance, la pauvreté, des sources de revenus, le soins des malades, etc. Dans cette évolution, l'abbé perd son aspect purement charismatique pour en acquérir d'autres. C'est ce que nous verrons à présent dans la règle de saint Benoît. Ce bref aperçu de l'évolution de la vie monastique aide à donner la solution au sujet de la concurrence entre la règle et l'abbé. Le premier serait l'abbé; ensuite je mettrais la communauté et enfin la règle. Ce sont les trois éléments de la vie monastique telle que veut la décrire l'auteur de la règle. Le charisme est premier et principal. Comment saint Benoît va-t-il fonctionner avec cela.

    O
r saint Benoît avait été lui-même au début de sa conversion ermite, ancien, père spirituel qu'on venait consulter. Dans sa règle vous verrez chevaucher les deux aspects de l'abbé : le charismatique et l'organisation

    A
partir de cette grille de lecture, nous pouvons étudier l'abbé dans la règle. Mon intention ne visera personne, ni les défunts ni les vivants. Je n'ai pas reçu cette mission de l'Esprit pour faire la leçon à un abbé ou une abbesse. Cependant je crois qu'il est bon de se pencher sur cette matière pour changer notre attitude face à toute autorité. En contexte chrétien, le père de famille est celui qui pourvoit aussi bien aux besoins matériels que spirituels de ses enfants. Il n'y avait que le Christ qui était maître parfait avec ses disciples et le succès ne fut pas bien apparent avant la résurrection. En appliquant l'expression vie apostolique à la vie religieuse, on ne veut que montrer un modèle à suivre : Jésus et ses apôtres vivant ensemble. Saint Benoît n'utilise pas l'expression vie apostolique. Il se base sur un principe au sujet de l'abbé : il est vicaire du Christ, "il tient la place du Christ dans le monastère" Christi agere vices in monasterio.Vice-Christ ou vicaire du Christ. Le vicaire prend la place du curé en son absence. Or le Christ n'est plus présent visiblement. L'abbé sera donc son vicaire.  

 

 

 Vicaire du Christ  

 

 

  La direction dernière du monastère est dans les mains de l'abbé comme celle d'un diocèse revient à l'évêque. Saint Benoît consacre deux longs chapitres à l'abbé et il le nomme 130 fois dans la règle. Ce serait pourtant une erreur de croire que dans le monastère tout tourne autour de l'abbé. Le monastère n'en reste pas moins une communauté dont chacun recherche Dieu (58,7) et reçoit de Dieu des dons propres (40,1, citant I Cor 7,7) pour le bien de tous comme dans l'Église. La vie n'en reste pas moins toute centrée sur le Christ. Au milieu de cette communauté, le Christ est représenté par l'abbé comme il est aussi présent dans le malade, le pauvre, l'hôte. Au milieu de la commu-nauté, l'abbé représente le Christ, comme tête, docteur et pasteur. "Quant à l'abbé, étant regardé comme tenant la place du Christ, il sera appelé "dom" et "abbé", non à titre personnel, mais en honneur et par amour du Christ" (63,13). Si les moines doivent le considérer ainsi, lui-même doit sans cesse se détacher de soi pour s'orienter vers le Christ, qui est père de tous et chacun. C'est précisément parce que pour saint Benoît le Christ est lui-même le père des moines que l'abbé doit s'efforcer lui-même de le représenter dans la communauté.

    Trois métaphores évangéliques illustrent dans la règle sa position. L'abbé est présenté comme un maître à l'égard de ses serviteurs : "Quand il aura bien servi, il entendra du Seigneur ce qu'a entendu le bon serviteur qui, en son temps, a distribué le froment à ses compagnons: "En vérité je vous le dis, il l'a établi sur tous ses biens" (64,21-22, citant Mt 24,47). Puis intendant d'un propriétaire à l'égard de ses débiteurs : "L'abbé pensera toujours à la nature du fardeau qu'il a reçu et à celui à qui il devra rendre compte" (64,7, citant Lc 16,2). Enfin pasteur du père de famille pour ses brebis. "Qu'il sache qu'il incombera à la faute du pasteur tout ce que le père de famille trouvera de mécompte dans ses brebis." (2,7).

    Saint Benoît qualifie l'abbé vicaire du Christ. "L'abbé digne de gouverner un monastère doit toujours se souvenir du nom qu'il porte et réaliser par ses actes son titre de supérieur. Il est en effet considéré comme tenant dans le monastère la place du Christ..." (2,1-2). Je n'oserais dire que c'est la tâche de l'abbé mais plutôt une convention, une règle du jeu de la vie monastique. Il tient la place du Christ. Ceci ne s'identifie  pas à : il est le Christ.

 

 

 

 Une vision de foi  

 

 

 

 

    De telles expressions font choc aujourd'hui. Il ne s'agit pas d'entendre ces termes dans leur acception profane ou moyenâgeuse. Le Christ, appelé Seigneur dans l'Évangile en signe de respect et appelé père en raison de la vie qu'il donna, n'est supérieur que pour servir. L'abbé doit, comme lui se savoir "en service plutôt qu'en préséance" (64,8). "On croit que l'abbé tient la place du Christ" (63,13). La foi est nécessaire pour dépasser la personne humaine pour aller au Christ, comme dans le prêtre, il faut dépasser l'homme pour y voir le Christ. L'abbé n'est pas le Christ, mais il tient sa place. Les moines n'ont pas à l'idolâtrer, mais à reconnaître en lui le Christ. On dirait que saint Benoît insiste sur cette réalité. Serait-il conscient que son rôle dans le domaine temporel étant trop grand, il redore la fonction en lui attribuant un grand titre.

 

 

   Dans le monachisme oriental on remet à deux moines différents le temporel et le spirituel. L'abbé organise matériellement le monastère, prend les décisions pour les orientations, administre, préside, voit à l'observance, aux relations extérieures. Un autre moine, un ancien ne s'occupe que de la vie spirituelle des moines. Saint Benoît laisse tout entre les mains d'un seul. Ceci aide à comprendre son insistance sur l'abbé qui tient la place du Christ. L'abbé doit croire à cette suppléance du Christ pour lui-même et aussi pour les moines. À ceux-ci il recommande d'aimer leur abbé d'un amour humble et sincère (72,10). En retour l'abbé doit montrer à tous de la charité (64,22), surtout quand il s'agit de corriger (64,14). "Il cherchera plus à être aimé qu'à être redouté (64,15). Il ne faut pas oublier que l'abbé vient de la communauté. Un temps il fut un moine parmi d'autres. "C'est ensemble qu'ils vont à la vie éternelle" (72,12). Mais l'abbé devient responsable de cette marche. Que de fois saint Benoît lui rappelle qu'il a reçu des âmes à conduire, justement pour lui éviter de trop s'occuper des choses passagères, terrestres et caduques. "Chercher d'abord le royaume de Dieu et sa justice et le reste sera ajouté (2,34, citant Mt 6,33).

  Nous examinerons maintenant trois aspects de cette suppléance du Christ exercée par l'abbé : l'abbé docteur, l'abbé pasteur et la discrétion de l'abbé. Ces qualités de l'abbé ne lui sont pas propres. Tous les moines prennent part à ce charisme non pas tant pour compétionner la charge abbatiale que parce qu'elles sont fondamentales dans la vie monastique. Tous les moines sont appelés à la connaissance de Dieu par la lectio divina. Dès qu'il exerce une fonction, le moine partage la responsabilité de pasteur non pas à plein temps et sur toute la communauté mais sur un domaine et sur des personnes. La mesure et l'harmonie de vie que l'abbé doit mettre en oeuvre se rapporte aussi à tout moine qui doit tendre à la pratique de la vertu qui fait justement éviter les excès.

 

 

 

 

 L'abbé docteur  

 

 

 

 

 "Qui vous écoute, m'écoute" tel est le fondement biblique de la mission abbatiale d'enseigner (5,6 citant Lc 10,16). C'est une conception audacieuse car l'abbé est identifié à l'évêque comme successeur des apôtres. "Qui vous écoute, m'écoute," ne veut pas dire que toute parole de l'abbé soit parole divine. Dieu parle par l'abbé quand il distribue la parole divine. "Rien par conséquent dans les enseignements de l'abbé, dans ses règlements ou dans ses ordres ne doit s'écarter de la loi du Seigneur" (2,4). "Ses paroles et ses oeuvres manifesteront la loi divine" (2,12). L'enseignement de l'abbé ne peut rien dire d'autre que l'Évangile du Christ. Il devra donner une nouvelle expression de l'ancienneté de l'Évangile. Cela suppose "qu'il soit docte dans la loi divine"(64,9). L'abbé doit donc s'identifier sans cesse aux enseignements du Christ par la lectio divina pour les transmettre. Si on dit de tout moine qu'il doit garder la parole de Dieu dans son coeur à l'image de Notre -Dame, encore davantage l'abbé pour la redire à ses frères.

      

 Science de l'Écriture? Pas nécessairement. Mais une connaissance qui s'applique à chaque cas. C'est sous cet aspect que l'on peut appeler l'abbé médecin, comme on le voit au chapitre 28 où il doit utiliser les "remèdes des divines Écritures" (28,3).

 

 

 Tenant le rôle du Christ dans la communauté, l'abbé doit aussi être le pasteur car le Christ s'il a accepté d'être appelé Seigneur et Maître, s'est présenté lui-même sous les traits du pasteur. Le chapitre 2 emploie le mot 4 fois (2,7-9; 39) et, au chapitre 27 l'abbé à l'exemple du bon pasteur doit partir à la recherche de la brebis perdue. A la science et au savoir dire du docteur, l'abbé doit joindre le savoir faire du pasteur. S'il doit connaître ses brebis et leur faire entendre sa voix, c'est pour les mener au pâturage ou au bercail, au prix de ses efforts et même de sa vie.


  L'image évangélique des brebis sous la houlette de leur berger ne doit pas faire illusion. Il n'est pas question dans la règle d'un troupeau idyllique de brebis toujours dociles. L'abbé se trouve aux prises avec des moines "indisciplinés et turbulents, mauvais, durs, orgueilleux," des moines "négligents et désinvoltes," à côté de ceux qui sont "obéissants, faciles, patients" (2,25; 28). L'abbé ne doit pas laisser s'installer au monastère des abus; il doit "extirper les vices à la racine dès leur apparition" (2,26). Un abbé dans son enseignement ne doit-il pas rappeler les recommandations de la règle en disant :"Participons par la patience aux souffrances du Christ pour que nous méritions d'avoir part à son royaume" (Prol. 50).


  Dans la conduite des âmes, saint Benoît est parfaitement conscient que l'homme n'est pas pur esprit. La manière dont il parle des nécessités de chacun pour ce qui regarde la nourriture, la boisson, le vêtement, la literie, les métiers, la garde des outils, montre assez nettement que la direction spirituelle implique tout l'homme, son corps aussi bien que ses occupations matérielles. Aussi l'abbé est-il invité à s'en soucier attentivement.


  Dans "l'école du service du Seigneur" (Prol. 45), l'abbé est responsable de tout, mais il peut se choisir des auxiliaires; la règle considère comme cela allant de soi. Chacun recevra la part de responsabilité pour son propre bien et celui de tous. Un supérieur qui se fait aider, s'assure par là une plus grande liberté pour vaquer à ses tâches propres. Chargé de superviser, s'il s'occupe de tout, il perdra le contrôle de l'ensemble et faillira à sa mission.


  Dans la règle, il est intéressant de noter que l'image du pasteur intervient lorsqu'il s'agit de faiblesse spirituelle, morale, psychique ou physique des moines. L'attention aux malades, le souci de ceux qui sont surchargés, etc., sont ses sollicitudes pastorales aussi bien que la correction d'une conduite défaillante ou de "prévenir l'infection du corps par les membres corrompus" (28,6-8). La règle propose en tous ces cas, l'exemple du bon pasteur, plein de tendresse. Il donne à chacun selon ses besoins pour que tous les mem-bres soient en paix. Il revient à l'abbé d'entretenir la paix dans le monastère. Cette paix sera possible s'il sait garder la discrétion.

 

 

 Tenant le rôle du Christ dans la communauté, l'abbé doit aussi être le pasteur car le Christ s'il a accepté d'être appelé Seigneur et Maître, s'est présenté lui-même sous les traits du pasteur. Le chapitre 2 emploie le mot 4 fois (2,7-9; 39) et, au chapitre 27 l'abbé à l'exemple du bon pasteur doit partir à la recherche de la brebis perdue. A la science et au savoir dire du docteur, l'abbé doit joindre le savoir faire du pasteur. S'il doit connaître ses brebis et leur faire entendre sa voix, c'est pour les mener au pâturage ou au bercail, au prix de ses efforts et même de sa vie.


  L'image évangélique des brebis sous la houlette de leur berger ne doit pas faire illusion. Il n'est pas question dans la règle d'un troupeau idyllique de brebis toujours dociles. L'abbé se trouve aux prises avec des moines "indisciplinés et turbulents, mauvais, durs, orgueilleux," des moines "négligents et désinvoltes," à côté de ceux qui sont "obéissants, faciles, patients" (2,25; 28). L'abbé ne doit pas laisser s'installer au monastère des abus; il doit "extirper les vices à la racine dès leur apparition" (2,26). Un abbé dans son enseignement ne doit-il pas rappeler les recommandations de la règle en disant :"Participons par la patience aux souffrances du Christ pour que nous méritions d'avoir part à son royaume" (Prol. 50).


  Dans la conduite des âmes, saint Benoît est parfaitement conscient que l'homme n'est pas pur esprit. La manière dont il parle des nécessités de chacun pour ce qui regarde la nourriture, la boisson, le vêtement, la literie, les métiers, la garde des outils, montre assez nettement que la direction spirituelle implique tout l'homme, son corps aussi bien que ses occupations matérielles. Aussi l'abbé est-il invité à s'en soucier attentivement.


  Dans "l'école du service du Seigneur" (Prol. 45), l'abbé est responsable de tout, mais il peut se choisir des auxiliaires; la règle considère comme cela allant de soi. Chacun recevra la part de responsabilité pour son propre bien et celui de tous. Un supérieur qui se fait aider, s'assure par là une plus grande liberté pour vaquer à ses tâches propres. Chargé de superviser, s'il s'occupe de tout, il perdra le contrôle de l'ensemble et faillira à sa mission.


  Dans la règle, il est intéressant de noter que l'image du pasteur intervient lorsqu'il s'agit de faiblesse spirituelle, morale, psychique ou physique des moines. L'attention aux malades, le souci de ceux qui sont surchargés, etc., sont ses sollicitudes pastorales aussi bien que la correction d'une conduite défaillante ou de "prévenir l'infection du corps par les membres corrompus" (28,6-8). La règle propose en tous ces cas, l'exemple du bon pasteur, plein de tendresse. Il donne à chacun selon ses besoins pour que tous les mem-bres soient en paix. Il revient à l'abbé d'entretenir la paix dans le monastère. Cette paix sera possible s'il sait garder la discrétion.

 

 

 

 L'abbé selon la règle de saint Benoît

 

 La discrétion et la bonté 

    Une cinquantaine d'années après la mort de saint Benoît, saint Grégoire-le-Grand qualifie la règle comme "célèbre par sa discrétion". On s'attendrait à trouver ce terme plusieurs fois. Mais il ne revient que 3 fois dans toute la règle et 2 fois dans le chapitre 64 sur le choix de l'abbé.


   "Dans les ordres qu'il donne (l'abbé) sera prévoyant et circonspect; et dans ce qu'il prescrit, qu'il s'agisse des choses de Dieu ou des choses du monde, il usera de discernement et de mesure, pensant à la discrétion du saint patriarche Jacob qui disait : "Si je faisais peiner davantage mes troupeaux à marcher, ils périraient tous en un jour." Attentif à ces témoignages et à d'autres encore sur la discrétion, mère des vertus, il équilibrera si bien toutes choses que les forts aient à désirer et que les faibles n'aient pas à s'enfuir" (64,17-19).


    Que devons-nous entendre par "discrétion" ? C'est l'art surnaturel de discerner et de mesurer toutes choses en vue de la fin; d'adapter tous les moyens, chacun selon leur nature et d'après les circonstances, à l'obtention du but. Quel est ce but ? "Mener les âmes à Dieu" (41,5). Et les mener, non d'une façon quelconque, mais de manière que les moines accomplissent leur tâche de bon coeur. C'est pourquoi, il faut, que l'abbé "tempère toute chose" (64,19). Il explique mieux sa pensée dans une formule très précise et très significative : "s'accommoder aux caractères d'un grand nombre" (2,31).


    Telle est la règle d'or fixée à la conduite pratique de l'abbé envers ses frères; telle est la noble devise qui, bien observée, le fera réussir dans "l'art si délicat et si ardu" que saint Grégoire appelle "l'art des arts", "celui de conduire les âmes." 


    En ce domaine, saint Benoît réclame de l'abbé un ensemble, et un ensemble très bien équilibré de qualités très différentes : la force alliée à la douceur, l'autorité tempérée par l'amour. Voyez avec quel tact parfait il choisit les termes destinés à caractériser l'exercice de la dite vertu de discrétion; il veut l'abbé "zélé sans anxiété, prudent sans timidité; "cherchant sans cesse le Royaume de Dieu et sa justice", et pourtant "ne négligeant aucunement le soin matériel du monastère, qu'il doit "administrer sagement"; "aimant les frères mais haïssant les vices"; "usant de prudence dans la correction même, de crainte qu'en voulant trop racler la rouille, il ne brise le vase"; l'abbé doit varier sa conduite avec une grande souplesse, suivant les circonstances et les dispositions de chacun : celui-ci est d'un caractère ouvert, celui-là renfermé; chez l'un l'intelligence prédomine, chez l'autre le sentiment; ici, il rencontrera de la docilité; là, de la raideur; il devra "se plier à tous les tempéraments"; "montrant au disciple indocile le visage sévère du maître"; "à l'âme droite qui cherche Dieu, la tendresse du Père". "Aux âmes bien douées, avides de trouver Dieu, il suffira que l'abbé propose la doctrine céleste" "aux esprits plus simples ou d'un tempérament moins facile, le pasteur devra indiquer la voie par son exemple". "A celui-ci l'attrait des caresses, à celui-là le frein des réprimandes, à cet autre la persuasion des raisonnements". Qu'il se conforme, qu'il s'adapte au tempérament, aux facultés de chacun : c'est à ce prix que, "loin d'avoir à déplorer quelque détriment dans les âmes confiées à ses soins, il pourra au contraire se réjouir de l'augmentation de son troupeau et de son progrès dans le bien".


    Nous trouvons ici successivement nommées les qualités qui accompagnent la discrétion : circonspection, prévoyance, afin de discerner les divers aspects de l'affaire - tant au temporel qu'au spirituel - pour les tempérer selon la juste mesure. Le verset 19 du chapitre 64 donne une synthèse très équilibrée et pénétrante qui implique une bonne psychologie de l'auteur. La discrétion, la mesure est dite "mère de toutes les vertus". On peut en effet dévier par défaut ou par excès. On ne peut choisir l'un de peur de tomber dans l'autre. C'est précisément là que gît la grande difficulté du juste milieu, qui n'est pas une médiocrité plus ou moins camouflée, mais une finesse subtile qui exige un effort inlassable de toutes les énergies de la raison et de la volonté. Donner des directives qui soient adaptées aux plus faibles, c'est aider à cultiver cette faiblesse; donner des directives qui demandent le maximum, c'est décourager les faibles. La solution équitable est toujours entre les deux, dit saint Benoît; les normes morales ou monastiques sont à appliquer en sorte que chacun, en faisant tout son possible puisse les suivre, tandis qu'en même temps elles laissent une grande marge pour progresser de plus en plus dans la pleine réalisation de la fin envisagée. Cette fin qui est en dernie ressort la charité, est une fin à poursuivre sans cesse plutôt qu'un but à réaliser par un seul acte pour mettre en pratique cette discrétion. Je crois que saint Benoît a laissé à l'abbé de la corde pour que la règle ne deviennent pas un joug difficile à porter.



 

 L'abbé législateur 

  Puisqu'une règle ne peut jamais être que générale, tandis que les cas pour lesquels elle vaut sont particuliers, il serait incompréhensible que la règle ne contienne pas des indices qui correspondent à cet aspect. De fait à plusieurs reprises elle déclare que l'abbé doit fixer de façon plus précise ce que l'auteur ne peut pas et ne veut pas fixer, concernant les détails de la vie et de la discipline qui dépendent de choses impondérables telles que le milieu régional, la pauvreté du monastère, le temps, le climat, les événements politiques, les malheurs des temps et surtout, je crois, la diversité des personnes qui se rencontrent dans un monastère. On parlerait aujourd'hui de l'inculturation.

 

   C'est ainsi que saint Benoît conçoit la manière dont les décisions doivent être prises; l'abbé, homme limité comme tous les autres, doit demander conseil de tous les frères dans les affaires importantes. La décision dernière lui revient pour le salut de tous. La modération s'exprime dans les changements concrets. A quelques reprises l'expression "avec mesure" revient. L'abbé pourra fixer la mesure de la nourriture et de la boisson, des vêtements, de la prière, des châtiments et peines à infliger. Dans son gouvernement, l'abbé doit se plier à chacun mais sans faire acception des personnes. Saint Benoît est réaliste; il sait que l'héroïsme n'est jamais le fait du grand nombre. Je dirais que la règle stabilise. Elle laisse cependant à l'abbé la possibilité de remettre en question quand la fixation de l'institution va contre le bien commun concret.


 

 Conclusion 

   Comme conclusion, je rappellerais que l'abbé vient de la communauté. Il est élu par elle. En retour c'est l'abbé qui forme la communauté. Il reçoit les novices à la profession et il construit la communauté. Bon gré mauvais gré, il influence sa communauté. Même si un abbé affirme ne pas vouloir donner des orientations à sa communauté, il en donne en laissant faire et en laissant prendre des initiatives qu'il approuve indirectement en laissant faire. A la différence des parents, l'abbé s'adresse et il est en présence d'hommes matures. Il doit garder la mesure - la discrétion - et ne pas vouloir tout contrôler, car il ne serait jamais en paix. Toutefois s'il ne contrôle rien, il prépare la désagrégation de sa communauté.


    On parle souvent de la charge abbatiale à vie. Oui et non. L'abbé est nommé pour servir la communauté. Quand il ne rend plus service à cause de la maladie ou d'incapacités de tout genre, il convient de céder la place. Cependant, à cause de la stabilité d'une communauté monastique, il ne convient pas de mettre la charge abbatiale à terme. D'ailleurs à cause de phénomènes inconnus il y a 50 ans, (comme le vieillissement généralisé de la société) il peut arriver rarement qu'un abbé puisse conduire encore efficacement une communauté quand il a atteint un certain âge. Il est aussi dangereux de ne pas vouloir changer un abbé diminué dans ses capacités que de le changer tous les 5-6 ans, par exemple.

 



 

 

 

 

Repost 0
Published by Oblat_sbl@hotmail.com - dans Conférences
commenter cet article
10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 17:42

Bienvenue Sur le Site :
Secrétariat des Oblatures Bénédictines

 
Cliquez sur l'image pour visiter le site


 Lumen Gentium
Consacre un chapitre à la sainteté pour tous.

Les laïcs retrouvent toute leur place dans la vie de l’Église et l’engagement spirituel reste un élément essentiel dans la vie du chrétien.

Aujourd’hui, ne sommes nous pas attendus sur le terrain d’une pastorale spirituelle pour laquelle les Oblats de nos Monastères peuvent être de véritables acteurs ?

 (cf.texte d'un moine de Ligugé)

 


"Cliquez sur le logo"

   
 

Vous y trouverez les Lettres transmisent périodiquement. 

 




 

   

Repost 0
Published by Oblat_sbl@hotmail.com - dans Lettres du S.O.B.
commenter cet article
8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 18:30

 

     
ABBAYE SAINT-BENOÎT-DU-LA



M
atthew Farfan

"Dans une civilisation de plus en plus mobile, bruyante et à la voix sonore, les zones de silence deviennent une nécessité vitale. Plus que jamais, les monastères sont appelés à demeurer des lieux de prédilection de paix et d'intériorité. Ne laissez jamais les pressions internes ou externes porter atteinte à vos traditions et vos moyens de recueillement. Efforcez-vous plutôt d'éduquer vos hôtes et vos retraitants à la vertu du silence. Aimez votre séparation du monde tout à fait comparable au désert biblique. Paradoxalement, ce désert n'est pas le vide. C'est là que le Seigneur parle à votre cœur et vous associe étroitement à son œuvre de Sauveur." 
                               Pape Jean-Paul II, 1980

                                     
                                   
Un édifice imposant domine la rive ouest du lac Memphrémagog près du village d'Austin, le monastère bénédictin de Saint-Benoît-du-Lac. Visible de l'autre côté du lac, l'abbaye de Saint-Benoît rappelle un château français. Avec ses tourelles, son toit de cuivre verdi et ses murs en pierre, elle se dresse de manière impressionnante au-dessus des vertes collines qui ondulent doucement vers le lac. Le mont Owl's Head se dessine majestueusement au loin. Les moines n'auraient pu choisir un emplacement plus saisissant!
                   St-Benoît-du-Lac (Photo: Matthew Farfan)


PERSÉVÉRANCE


L'histoire de Saint-Benoît-du-Lac repose sur la persévérance. Le monastère date de 1912 alors qu'une poignée de moines français exilés arrivèrent au Canada en provenance de la Belgique. Leur abbé fondateur, Dom Paul Vannier, avait trouvé un endroit magnifique dans les Cantons-de-l'Est. Avec la bénédiction de l'évêque de Sherbrooke, il acheta une vieille ferme sur les bords du lac Memphrémagog. Curieusement, l'endroit élu se trouvait sur le site même choisi par le pionnier Quaker du Canton de Bolton, Nicholas Austin, 120 ans auparavant. Les grands hommes se ressemblent!

Au cours des premières années, la minuscule communauté monastique rencontra beaucoup de difficultés. La pauvreté, l'isolement et le dur labeur sapa ses forces à plus d'une reprise. Et pour aggraver encore la situation, Dom Vannier se noya lors un accident de bateau. À un moment donné, le monastère (une modeste "cella") qui occupait une simple maison de ferme fut menacé de fermeture. Lorsque deux moines canadiens se rendirent en Europe pour demander du support, le groupe reçut un répit.

       Vue depuis l'abbaye.
    (Photo : Matthew Farfan)


QUIÉTUDE

D
ans les années qui suivirent, la situation s'améliora et la communauté commença à croître. En 1935, Saint-Benoît reçut le statut de monastère autonome. À cette époque, Saint-Benoît était devenu un simple édifice en bois de trois étages; en 1938, les moines décidèrent de construire un monastère plus solide et plus imposant. Ils s'adjoignirent l'aide d'un architecte français bénédictin, Dom Paul Bellot. Le nouveau monastère fut inauguré en 1941. En 1952, Saint-Benoît devint une abbaye. Depuis, plusieurs annexes se sont greffées au monastère, entre autres une hôtellerie pour les visiteurs; suivit en 1994, une magnifique nouvelle église.


Aujourd'hui, Saint-Benoît-du-Lac est reconnue non seulement pour son architecture impressionnante et son environnement spectaculaire, mais aussi comme un lieu de répit pour les pèlerins de partout dans le monde. Les visiteurs peuvent s'y rendre pour la journée ou, avec une réservation, y passer la nuit dans une des deux hôtelleries de l'abbaye, qui peuvent accueillir jusqu'à 50 hommes et 15 femmes. Réflexion, prière et quiétude y sont la règle.

                                       
                          Intérieur de la nouvelle église abbatiale.
                         (Photo : Matthew Farfan)

TOURISME

Saint-Benoît constitue un site touristique majeur; il attire entre 100 000 et 200 000 visiteurs par année, selon Dom Jacques Bolduc. Dom Bolduc, Père cellérier, est responsable des questions administratives. Il déclare que l'abbaye constitue un attrait énorme pour l'industrie touristique dans la région. Il évalue 1 000 à 2 000 par semaine le nombre de personnes qui visitent l'endroit en haute saison estivale. Certaines personnes demeurent dans les hôtelleries, dit-il, mais plusieurs viennent seulement pour assister aux messes qui sont célébrées à 11 h tous les jours et chantées en grégorien dans l'église, qui compte 500 places habituellement toutes occupées les dimanches. D'autres visiteurs viennent goûter le fameux fromage Saint-Benoît, fait par les moines à l'abbaye même. D'autres viennent pour le cidre de pommes, tiré des pommes cueillies dans les vergers monastiques. Une boutique offre fièrement toute une gamme de produits ainsi que des enregistrements musicaux, des livres et des articles religieux.

Par miracle, l'abbaye réussit à préserver sa vocation première de méditation et de prière, tout en accueillant beaucoup de gens. Cela vient en partie du fait que certains secteurs sont ouverts au public alors que d'autres sont strictement inaccessibles. La population de Saint-Benoît-du-Lac varie entre cinquante et soixante citoyens selon le nombre d'aspirants en cours de noviciat. Les moines partagent leur temps entre leurs devoirs religieux et leurs tâches agricoles, explique Dom Bolduc.


MUNICIPALITÉ PARTICULIÈRE


Saint-Benoît-du-Lac présente une particularité curieuse. L'abbaye ainsi que ses 225 ha. (560 acres) de terre constitue une entité municipale par elle-même, une sorte de Cité du Vatican en miniature. "En effet, c'est exact," s'exclame en riant un représentant de la Fédération québécoise des municipalités (FQM). "C'est certainement la seule que nous connaissons dans la province!"

Dom Bolduc plaisante avec son collègue Dom Langlois. Agé de 74 ans, Dom Bolduc demeure à St-Benoît depuis 53 ans. (Photo : Matthew Farfan)

Sculptée dans la municipalité d'Austin en 1939, Saint-Benoît fut créée en partie parce qu'Austin, également sculptée dans Bolton-Est l'année précédente, craignait devoir fournir les services habituels (eau, électricité, etc.) aux moines qui, légalement, n'étaient pas tenus de payer de taxes municipales. Les gens d'Austin et les moines s'entendirent que ce serait dans le meilleur intérêt de tous que le monastère forme sa propre municipalité. Dom Bolduc rapporte que ce genre de situation était rare au Québec à cette époque mais non inconnu. Il existait bien d'autres institutions qui constituaient un municipalité dont un hôpital à Québec.

Aujourd'hui, Saint-Benoît conserve encore son autonomie. Dom Bolduc remplit le rôle de maire-suppléant et assiste régulièrement aux réunions de la MRC Memphrémagog. Cependant, Saint-Benoît renonce à l'organisation municipale traditionnelle et est administrée par une corporation composée de moines bénédictins.
                                   St-Benoît en 1913 : une simple ferme.
                                          (Photo : St-Benoît-du-Lac)

Quand on lui demande si les moines s'inquiètent des fusions municipales forcées par le gouvernement, Dom Bolduc explique que, depuis sa création, la petite enclave a rarement, si jamais demandé, quoi que ce soit à la province. "En 1958, nous avons été les premiers à construire une usine de traitement des eaux. Nous avons procédé ainsi car, à cause de notre fromagerie, nous ne voulions pas causer de la pollution. Non, nous ne sommes pas inquiets. Nous ne demandons rien, alors on nous laisse tranquilles," lance-t-il.



TOUR ST-BENOÎT


Pourtout renseignement, les visiteurs peuvent joindre Saint-Benoît-du-Lac par téléphone au (819) 843-4080, par télécopieur au (819) 868-1861 ou par courriel à
abbaye@st-benoit-du-lac.com. Les gens qui veulent demeurer dans l'hôtellerie pour hommes doivent réserver par téléphone. Pour réserver à l'hôtellerie des femmes, Villa Saint-Scholastique, téléphonez au (819) 843-2340. Vous pouvez visiter le site Web de l'Abbaye Saint-Benoît-du-Lac à http://www.st-benoit-du-lac.com


                             La tour St-Benoît. (Photo : Matthew Farfan)

Vidéo de l'Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac

 

Repost 0
Published by Oblat_sbl@hotmail.com - dans Oblature
commenter cet article
6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 18:25

 

 

 


A
bbaye De
  Saint Benoît-Du-Lac

Québec, Canada.


h
ttp://www.st-benoit-du-lac.com/

 

 LOblature bénédictine permet de s’unir d’une manière plus intime et plus durable à la famille monastique par un lien tout spirituel.

 

 Grâce à une structure de vie évangélique, les Oblats peuvent plus facilement – pour reprendre les termes de Saint Benoît - « chercher Dieu vraiment », lui être plus unis et ainsi plus rayonner leur foi par :

 

-         une communion à la vie spirituelle de l’Abbaye, - une suite de réflexions pour la conduite de la vie : la Règle de Saint Benoît,

 

-         une participation à la vie liturgique : communion à la prière de l’Église célébrée au Monastère, ou, à défaut, récitation d’une partie de l’Office Divin en privée;

 

-        un apprentissage de la prière personnelle : l’oraison, 
  qui fera découvrir les chemins de l’intériorité;

 

-         un approfondissement de la foi par les lectures
  spirituelles : la lectio divina.

 


L
a Règle de Saint Benoît et les Oblats

 

  « La règle de Saint Benoît est une sagesse chrétienne qui déborde les frontières entre moines et séculiers, clercs et laïcs, hommes et femmes»


  L
a Règle de Saint Benoît, bien qu’ayant été écrite pour des moines vivant à une époque fort éloignée de la nôtre, fournit aux oblats un chemin de vie intérieure et, s’ils savent la lire avec attention et sans préjugés, de précieux principes de doctrine sociale chrétienne.

 

  Vivre dans le monde en observant la Règle de Saint Benoît? Pourquoi pas si l’on se met dans » l’esprit d’écoute accueillante qui reçoit la parole sacrée » Les points fondamentaux de la Règle de Saint Benoît sont : l’écoute, premier mot du prologue de la Règle :

« Écoute mon fils les préceptes du Maître…»;

l’obéissance, le silence, l’humilité.

 

Le Statut des Oblats

 

  LOblature bénédictine implique le rattachement personnel à une abbaye déterminée, pour un partage de vie spirituelle à la lumière de la Règle de Saint Benoît. Ce rattachement se concrétise par des journées ou des séjours fréquents, selon les possibilités de chacun, à l’hôtellerie du monastère, avec participation à la liturgie monastique, au silence et au recueillement des moines.

 

  LOblature n’est pas un tiers-ordre, elle ne constitue pas un groupe autonome ayant ses activités propres, ni une fraternité distincte de la communauté monastique. Mais comme il est souhaitable que les oblats du monastère se connaissent entre eux et tissent des liens fraternels, des rencontres sont organisés à l’abbaye, leur permettant ainsi de se retrouver, voire de rencontrer les moines ou les oblats d’autres monastères, s’ils le désirent. Les journées en question comportent toujours un enseignement et un temps de silence et de prière personnelle. Afin, comme le dit Saint Benoît, qu’en toutes choses Dieu soit glorifié…

 

  Si vous désirez une information plus complète, vous pouvez adresse votre demande par courrier ou courriel à :

 

Dom  Raymond  Carette,  Maître des Oblats


oblaturesbl@yahoo.ca
 

 

  Un certain nombre d’ouvrages traitant de la vie monastique, de la Règle de Saint Benoît et de l’Oblature, sont en vente au magasin de l’Abbaye.  

 



Repost 0
Published by Oblat_sbl@hotmail.com - dans Oblature
commenter cet article

Présentation

  • : Oblature de l'Abbaye de Saint Benoît-du-Lac
  • Oblature de l'Abbaye de Saint Benoît-du-Lac
  • : Définir l'oblature bénédictine. celle-ci désigne le regroupement d'un groupe d'oblats et oblates à un monastère particulier. C'est ainsi que l'on parle de l'oblature de Saint-Benoît-du-Lac.
  • Contact

Rechercher