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Abbaye Sainte-Marie des Deux-Montagnes, Qc           

 
Sainte-Marie des Deux-Montagnes Abbey, Qc 

 

 

 

 Bulletin Des Oblat



      Publié par Les Amis De Saint-Benoît-Du-Lac.
                         
Été 2005 - No 106 

 

 Ne rien préféreà l'amour dChrist  


Les lecteurs de l'Ami de Saint-Benoît-du-Lac savent tous que Saint Benoît avait une soeur. La belle statue de Lambert Rucki dans l'église abbatiale ne leur apprend-elle pas que sainte Scholastique présente leurs prières à Dieu, tout comme son frère Benoît?

Il paraît moins certain que les mêmes lecteurs connaissent tout l'existence d'une abbaye soeur de Saint-Benoît-du-Lac. Le Québec compte même trois abbayes de moniales. À la nôtre située à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, s'ajoutent celles de l'Abbaye Mont-de-la-Rédemption, à Mont-Laurier, et de l'Abbaye Notre Dame-de-la-Paix, à Joliette. Ces deux dernières seront heureuses de venir se présenter. D'ici là, voici une esquisse de leur ainées, Sainte-Marie des Deux-Montagnes.

Aperçu historique

Mgr Georges Gauthier, archevêque de Montréal, a donné son aval : tout commence pour de bon le 1er novembre 1931. Ce jour-là, Clotilde Mathys, soeur aînée de dom Jean Mathys, réunit dans une maison de Montréal sept jeunes filles partageant son désir de devenir bénédictines. Sous sa conduite, les aspirantes suivront désormais la Règle de saint Benoît dans la mesure du possible. Le projet est sérieux, Monseigneur Gauthier en est persuadé, mais un élément essentiel lui fait encore défaut : la présence de moniales professes grâce auxquelles le petit groupe pourrait recevoir la formation monastique indispensable.
L'archevêque adresse donc en ce sens une pressante requête au Père Abbé de Solesmes, dom Germain Cozien. Entre temps, M. Mathys, père de Clotilde, a cédé à celle-ci une partie de sa belle propriété de Saint-Eustache, sur la lac des Deux-Montagnes, pour y établir le futur monastère. C'est M. Edgar Courchesne, élève de dom Bellot « le poète de la brique », qui en fournit les plans.

L
a construction n'est pas encore achevée quand, le 3 septembre 1936, le Père Abbé de Solesmes en personne conduit à Montréal Mère Gertrude Adam, prieure, accompagnée de trois moniales de l'Abbaye Notre-Dame de Wisques (Pas-de-Calais). Quelques mois plus tard, le 22 janvier 1937, le groupe des moniales française et des aspirantes canadiennes se transporte à Saint-Eustache dans le monastère maintenant prêt à les accueillir.

Celui-ci devient rapidement trop exigu. Un premier agrandissement s'effectue en 1946, année de l'érection du monastère en abbaye. La vénérée fondatrice, Mère Gertrude Adam, en est élue première abesse. Au bout de dix autres années, elle voit son oeuvre couronnée par la dédicace de l'église nouvellement construite. Ses forces déclinant avec l'âge, elle s'adjoint bientôt une abesse coadjutrice en la personne de Mère Stéphanie Mathieu.

En 1981, Mère Agnès Goyer, qui a succédé à cette dernière, fonde à Westfield, dans le Vermont, une filiale de Sainte-Marie, le monastère du Coeur Immaculé de Marie, Notre abesse actuelle est R.M. Isabelle Thouin, élue en février 1995, et l'abbaye compte 41 moniales.


La vie des Moniales

Comme à St-Benoît-du-Lac, l'horaire quotidien se partage entre la célébration de la liturgie, la prière personnelle, la lectio divina et le travail. La messe et l'office divin sont chantés en grégorien et selon les normes de Vatican II. Nous chantons a capello : chaque pièce de chant est introduite et prolongée par quelques arpèges ou traits mélodiques exécutés à la harpe celtique, instrument antérieur à l'orgue. Celui-ci intervient cependant, en alternance avec la harpe, pour les pièces instrumentales : entrées, sorties, interludes, etc. Des cours d'Écriture Sainte et de philodophie, des informations de première main sur l'actualité mondiale et plusieurs conférences occasionnelles assurent la formation permanente des moniales.

Les séparation du monde, constitutive de la vie monastique chez les moines comme chez les moniales, acquiert cependant chez celles-ci la dimension particulière que lui confèrent les grilles. Survivance d'un passé révolu? Mais non : le secret de la grille se cache dans la tendresse d'amour intime qui lie le Seigneur et la moniale. La spiritualité féminine développe en effet le thème de l'Église-Épouse et de la moniale-image-de-l'Église. Loin d'être une fuite, la séparation du monde vécue par la moniale lui permet au contraire de rejoindre en Dieu toute la grande famille humaine au coeur d'un dialogue qui se veut continuel. Les portes de l'abbaye, du reste, s'ouvrent largement pour accueillir les hôtes qui ne manquent jamais au monastère comme l'affirme notre bienheureux Père. Les exigences de la clôture sont respectées grâce à nos soeurs externes préposées à l'accueil, aidées par des réceptionnistes qualifiées. Les hôtes s'y prennent à l'avance pour réserver une des neuf chambres disponibles, dont une suite. À deux pas du monastère, Saint-Raphaël compte aussi trois chambres doubles, éventuellement pour des couples, et une salle de conférence. On s'attarde volontiers au magasin : notre boutique fournit cartes, icônes, accessoires de reliure, cédéroms, etc,: vous y trouverez aussi un choix de beaux livres et serez sans doute tentés par nos friandises... Ce que nos hôtes apprécient davantage, c'est l'atmosphère de silence et la possibilité de s'unir à la liturgie monastique.

En outre, la possibilité d'une « escale au désert » est offerte aux jeunes filles et au dames désireuses de prendre un recul pour approfondir leur vie chrétienne selon l'esprit de notre Père saint Benoît. Durant un stage d'un à trois mois, elles peuvent profiter d'un accompagnement spirituel et partager certaines activités des moniales. Avant de réserver une chambre à l'hôtellerie, vous aimerez sans doute visiter notre site internet :
                      
www.sm2m.ca.

              Téléphone :   450-473-7278
 
              Télécopieur :  450-473-9833


U
ne abbaye soeur de St-Bent-du-Lac

 

 

Les liens fraternels qui unissent les deux monastères proviennent d'abord de l'observance de la Règle de saint Benoît. Ils acquièrent en outre un surcroît de force de par leur appartenance à la Congrégation de Solesmes. S'il y a plusieurs manières de vivre la règle bénédictine, dom Guéranger, son fondateur, a insufflé un même esprit à ses fils et à ses filles, un esprit qui se distingue par l'orientation contemplative de sa congrégation. Il faut ajouter que, malgré la distance qui les sépare, les deux monastères ont entretenu depuis toujours des relations cordiales et fraternelles. Vous l'avez remarqué : Clotilde Mathys, qui fut à l'origine de notre fondation, était la soeur aînée de dom jean Mathys, le prestigieux cellérier de St-Benoît. Durant les premières années de son existence, Sainte-Marie reçut de dom Georges Mercure, prieur, d'inoubliables leçons de chant grégorien. 

Si nos premiers chapelains furent des solesmiens venus de France, le Père Abbé dom Sylvain n'hésita jamais à déléguer ses moines pour effectuer des remplacements qui furent fréquentes et souvent de longue durée. Depuis 1977, cette fonction de chapelain est confiée à à un moine de Saint-Benoît-du-Lac. Dom Gustave Dargis l'exerça durant 18 ans et eut pour successeur dom Jean Rochon, décédé en décembre dernier. Depuis novembre 2003, notre chapelain est dom André Saint-Cyr.

Comme son prédécesseur, le Père Abbé dom Garneau nous procure la joie d'au moins deux visites annuelles. Celle du 10 février, fête de sainte Scholastique, a valeur de signe : signe souvenir de la rencontre annuelle du frère et de la soeur, signe du bon zèle dans la commune recherche de l'idéal tracé par saint Benoît : ne rien préférer à l'amour du Christ.


Soeur Jacqueline Y. Boire, o.s.b.

 

 

 

 Bulletin of Oblates 


P
ublished by
    "Les Amis De Saint-Benoît-Du Lac"        

    
Summer 2005- No 106 

 

 Nothing to prefer than the love of Christ 


The readers of " l'Ami de Saint-Benoît-du-Lac" know all that Saint Benoit had a sister. The beautiful statue of Rucki Lambert in the abbey church teach them that holy Scholastique presents their prayers to God, and her brother Benoît.
 
It appears less certain than the same readers know the existence of a sister abbey of Saint-Benoît-du-Lac. Quebec counts  three abbeys of moniales. To ours located at Sainte-Marthe-sur-le-Lac, those of the Abbey " Mont-de-la-Redemption " in Mont-Laurier, and of the Abbey " Notre-Dame-de-la-Paix ", in Joliette. These last two will be happy to present themself. By then, here is a draft of their eldest, " Sainte-Marie-des-Deux-Montagnes ".
 
Historic insight
 
Mgr George Gauthier, archbishop of Montreal, gave its downstream: all starts for good on November 1, 1931. This day, Clotilde Mathys, elder sister of dom Jean Mathys, brings together in a house of Montreal seven girls sharing her desire to become benedictines. Under its control, the novices will follow from now on the Rule of saint Benedict as far as possible. The project is serious, Monseigneur Gauthier is persuaded of it, but an essential element is still lacking to him: the presence of moniales profess to which the small group could receive the essential monastic formation. The archbishop thus addresses a pressing request to the Abbot of Solesmes, dom Germain Cozien. Meanwhile, Mr. Mathys, father of Clotilde, yielded to this one a part of his beautiful property of Saint-Eustache, on the lake of the Two-Mountains, to establish the future monastery there. It is Mr. Edgar Courchesne, raises by dom Bellot "the poet of the brick", which provides the plans of them.
 
Construction is not yet completed when, September 3, 1936, the Abbot of Solesmes led in person to Montreal Mother Gertrude Adam, prioress,accompanied by three moniales of the Abbey " Notre-dame de Wisques " (Pas-de-Calais). A few months later, January 22, 1937, the group of the French  moniales  and Canadian novices are transported to Saint-Eustache in the monastery now ready to accomodate them. This one quickly becomes too exiguous. A first enlarging is carried out in 1946, year of the erection of the monastery in abbey. The Venerated founder, Mother Gertrude Adam, is elected the first abess. At the end of ten other years, she sees her work crowned by the dedication of the lately built church. Its forces declining with the age, she associates soon an abess coadjutrice in the person of Mother Stéphanie Mathieu.
 
In 1981, Mère Agnes Goyer, who succeeded the latter, found in Westfield, in Vermont, a subsidiary company of Sainte-Marie, the monastery of the Immaculate Heart of Marie, Our current abess is R.M. Isabelle Thouin, elected in February 1995, and the abbey counts 41 moniales.
 
Life of Moniales
 
As with St-Benoit-du-Lac, the daily schedule is divided between the celebration of the liturgy, the personal prayer, the lectio divina and work. The mass and the divine office are sung into Gregorian and according to standards'of the Vatican II. We sing a capella : each part of song is introduced and prolonged by some arpeggios or melody features carried out with the Celtic harp, instrument former to the organ. This one intervenes however, in alternation with the harp, for the instrumental parts: entries, exits, interludes, etc. Courses of Scriptures and philodophie, first hand information on the world topicality and several occasional conferences ensure the continuing education of the moniales.
 
The separation of the world, constitutive of the monastic life in the monks and the moniales, however acquires at those the particular dimension which the grids confer to them. Survival of a completed past? But not: the secrecy of the grid hides in the intimate tenderness of love which binds the Lord and the moniale. The female spirituality indeed develops the topic of the Church-Wife and of moniale-image-with-the Church. Far from being an escape, the separation of the world lived by the moniale allows her contrary to joining in God all the great human family in the heart of a dialogue which wants to be continual. The doors of the abbey, of the remainder, largely open to accomodate the hosts who never miss with the monastery as our happy Father affirms it. The requirements of the cloister are respected thanks to our external sisters appointed with the reception, helped by qualified receptionists. The hosts are caught there in advance to reserve one of the nine rooms available, of which a continuation. With two steps of the monastery, Saint-Raphaël counts also three double rooms, possibly for couples, and a room of conference. One is delayed readily with the store: our shop provides charts, icons, accessories of binding, cédéroms, etc,: you will find there also a choice of beautiful books and will undoubtedly be attracted by our delicacies... What our hosts appreciate more, it is the atmosphere of silence and the possibility of linking itself with the monastic liturgy.
 
Moreover, the possibility of a "stopover to the desert" is offered to the girls and to the ladies to take a retreat to look further into their Christian life according to the spirit of our holy Father Benedict. During a training course of one to three months, they can benefit from a spiritual accompaniment and share certain activities with the moniales. Before reserving a room with hotel trade, you will undoubtedly like to visit our site to intern: www.sm2m.ca. 
        Téléphone: 450-473-7278 
        Télécopier: 450-473-9833
 
      A  sister abbey of St-Benoit-du-Lac
 
The fraternal bonds which link the two monasteries come initially from the observance of the Rule of st-Benedict. They acquire moreover an addition of force from their membership of the Congregation of Solesmes. If there are several manners of living the rule bénédictine, dom Guéranger, its founder, insufflated the same spirit with its sons and its daughters, a spirit which is characterized by the contemplative orientation from its congregation. It should be added that, in spite of the distance which separates them, the two monasteries maintained since always the cordial and fraternal relations. You note it: Clotilde Mathys, who was at the origin of our foundation, was the elder sister of dom Jean Mathys, the prestigious cellérier of St-Benoit. During the first years of its existence, Sainte-Marie accepted dom George Mercure, prior, unforgettable lessons of Gregorian chant.
 
If our first chaplains were solesmiens from France, the Abbot dom Sylvain never hesitated to delegate his monks to carry out replacements which were frequent and often of long duration. Since 1977, this function of chaplain is entrusted to a monk of Saint-Benoît-du-Lac. Dom Gustave Dargis exerted it during 18 years and had as a successor dom Jean Rochon, deceased last December. Since November 2003, our chaplain is dom André Saint-Cyr. Like his predecessor, the Abbot dom Garneau gets to us the joy of at least two annual visits. That of February 10, celebrates saint Scholastica, has value of sign: sign memory of the annual meeting of Saint Benedict and Saint Scholastica, good zeal in the common research of the ideal traced by saint Benedict : nothing to prefer than the love of Christ.
 
 Soeur Jacqueline Y. Boire, o.s.b.  

   

       
    
 
    



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Vidéo de L'Abbaye-Saint-Benoît-du-Lac

 

 

 

Saint du Jour   

 

 

 

  Visitez Le Site de

 

 

l'Abbaye
 De
 Saint-Benoît-du-Lac
   


 

 

 

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  Température à Saint-Benoît-du-Lac

 

 

 

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 23:43
 

 

 

 Les Abbayes Bénédictines du Canada 

The Benedictines Abbeys of Canada

 

 

   Présentation des Abbayes et des oblats affiliés

  Presentation of the Abbeys and their affiliated   
                          o
blates
    


 

Abbaye Notre-Dame-Paix, Joliette, Qc 
 

 

 

 Abbaye Saint Benoît, St-Benoît-Du-Lac, Qc 
  


 

 Abbaye  Ste-Marie Des Deux-Montagnes, Qc 
 

 

 

 Abbaye Mont-de-la-Rédemption, Mont Laurier, Qc 

 

 

House OBread Monastery, British Colombia


 

 St. Benedict's Monastery, Winnipeg, Manitoba
 



St. Peter's Abbey, Muenster, Saskatchewan

 


 

Westminster Abbey, Mission, British Colombia   

 


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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 00:17

 




    Chapitre X
 La Prière 
 
 Partout sous le regard de Dieu 

 

 

 

  La prière est au coeur même de la vie bénédictine ; elle tient tout ensemble, elle soutient les autres activités. Elle est en même temps racine et fruit, fondation et accomplissement. Le chapitre sur la prière vient à la fin de ce livre mais aurait aussi bien pu être placé au début, car c'est elle qui rend tout le reste possible. La prière ne peut jamais être séparée du reste de la vie, elle est la vie même. Saint Benoît n'a pas demandé à ses moines un voeu de prière car il comptait que la prière serait au centre de leur vie, pénétrant tout le reste. La prière est l'opus Dei, l'oeuvre de Dieu, et rien ne doit lui être préféré. Saint Benoît dit aux moines deux fois qu'il ne faut rien préférer à l'amour du Christ et il utilise exactement la même expression, ne rien préférer, quand il vient à parler de l'office divin, comme pour signifier qu'il est le meilleur témoin de l'amour de la communauté pour le Christ, l'occasion privilégiée d'exprimer cet amour.

    Saint Benoît ne perd jamais de vue le primat de l'amour ; la Règle pourrait presque être condidérée comme un manuel de la pratique de l'amour. Vivre l'amour dans ses aspects les plus concrets, cette lutte quotidienne, s'articule sur notre amour du Christ, clé de voûte de l'ensemble. Et cela, saint Benoît le sait bien, demande du temps et de l'attention, comme pour un amour humain : nous ne pouvons parvenir à aimer quelqu'un qu'en parvenant à le connaître. C'est pourquoi le Prologue nous a dit d'écouter ; c'est pourquoi, si la prière et l'amour ont un sens, ils signifient entrer dans un dialogue avec Dieu. Le point de départ essentiel de notre côté est d'être prêts à écouter, ouverts et attentifs à la Parole. « Il convient au disciple de se taire et d'écouter » (RB 6,6). Comment entendre la Parole avant d'être en silence ? « A tout instant, les moines doivent s'appliquer au silence » (RB 42,1). Quand saint Benoît consacre un chapitre au silence (en plus des nombreuses allusions éparpillées dans la Règle), il s'agit de beaucoup plus que d'une absence de parole. Il est aussi soucieux de faire cesser le bruit intérieur que le bavardage extérieur. Après tout la base de l'oeuvre de toute sa vie a été les années de silence et de solitude dans la grotte de Subiaco. La vie de silence constant, sans parler de la vie d'ermite, est certainement tout à fait impensable pour la plupart d'entre nous, pour qui réussir à trouver quelques moments de silence avant de commencer le travail de la journée est souvent un luxe. Pourtant je ne peux pas me permettre de négliger la signification profonde de cette valeur essentielle du silence. A moins d'être en silence je n'entendrai pas Dieu et , jusqu'à ce que je l'entende, je ne le connaîtrai pas. Le silence me demande de regarder, d'attendre et d'écouter, d'être comme Marie, prête à recevoir la Parole. Si j'ai du respect pour Dieu, j'essaierai de trouver un moment, même court, pour le silence. Sans cela je n'ai pas beaucoup d'espoir d'établir avec Dieu cette relation d'écoute et de réponse qui va m'aider à enraciner la totalité de ma vie dans la prière.

    Saint Benoît a été tout à fait clair depuis son invitation du Prologue : la Parole de Dieu exige notre réponse. La Règle a montré que ce n'est pas une fois pour toutes ; mais plutôt puisque la Parole est entendue chaque jour, elle offre au moine une rencontre quotidienne avec Dieu. Il l'entend dans la liturgie et les psaumes, en lecture publique aux repas et en privé par la lecture, l'étude et la méditation. La structure de sa journée est faite d'écoute et de réponses alternées, parfois en communauté, parfois personnellement. Une très grande proportion de son temps est ainsi consacrée à la lecture et la méditation de l'Écriture. La règle assigne environ quatre heures par jour à la lectio divina, la lecture priante, et la meditatio, la mémorisation, la répétition et l'approfondissement des textes bibliques. Le dimanche, la lecture remplace le travail manuel, et elle est intensifiée en Carême, le temps pendant lequel saint Benoît attend une croissance particulière de la vie spirituelle. Il donne un avertissement sévère au moine qui perd son temps et néglige sa lecture » et, par là, non seulement se rend inutile à lui-même, mais encore dissipe les autres. Si l'on en trouve un - à Dieu ne plaise - qu'il soit repris une première et une deuxième fois ; s'il ne s'amende pas qu'on le traite avec la rigueur prévue en pareil cas, de telle sorte que les autres en conçoivent de la crainte » (RB 48, 18-20). En récitant chaque jour les offices, qui prennent encore quatre heures environ, le moine entendra aussi la Parole, et écoutera, cette fois en compagnie de ses frères, l'histoire de la relation de Dieu avec son peuple, et se joindra à eux pour chanter les psaumes. A l'heure de l'office divin tout le reste doit être immédiatement abandonné : l'oeuvre de Dieu a la priorité. Ainsi la Règle garantit que chaque journée est marquée par des moments fréquents, réguliers, auxquels le moine entend la Parole de Dieu.

    Car saint Benoît, entièrement façonné par la mentalité de la Bible, veut la même chose pour ses moines. Sa foi dans la puissance de l'Écriture se voit dans les images qu'il utilise pour en parler. L'Évangile est notre fuide (Prologue 21) ; un remède (RB 28,3) ; la loi divine (RB 53,9) ; le rocher sur lequel construire (Prologue 33) ; le trésor où puiser (RB 64,9). Ces images font remarquer que la lecture ne doit pas s'arrêter à la simple acquisition de connaissances, par-dessus tout elle devrait former la base d'un dialogue continuel avec le Christ, colorant la qualité réelle et l'expérience de la vie quotidienne. Tout cela est si éloigné de l'art de la lecture tel que je le pratique aujourd'hui qu'il me faut un effort considérable d'imagination pour pouvoir retrouver le plein sens de ce que cela entraînait à l'époque de saint Benoît. La lecture est maintenant la plupart du temps un fait si fondamental de l'existence que je le considère comme allant de soi, que ce soit pour lire le mode d'emploi au dos d'une boîte, regarder l'heure des programmes de télévision dans le journal ou me tenir au courant du dernier roman de mon auteur préféré. Si je lis quelque chose d'éphémère, j'y fais à peine attention, et si je lis un ouvrage plus sérieux je me sers de mes facultés critiques et je le juge d'une manière détachée, intellectuelle. Mais pour saint Benoît le corps tout entier, et ainsi la personne tout entière, est engagé dans la lecture. Les mots sont goûtés pour en dégager toute la saveur, pesés pour sonder toute la profondeur de leur sens. Ce n'est pas seulement parce qu'il était habituel de prononcer les mots avec les lèvres, à voix basse, si bien qu'ils étaient entendus en même temps que lus, ils étaient aussi appris par coeur » au plein sens du terme, que nous avons là aussi perdu, mais qui signifie avec l'être tout entier, Ainsi l'Écriture est prononcée par les lèvres, comprise par l'intelligence, fixée par la mémoire et enfin la volonté entre en jeu et ce qui a été lu est aussi mis en pratique. L'acte de lire transforme le lecteur en une personne différente, la lecture ne peut pas être séparée de la vie.

    La toute première chose qui est demandée au novice au moment solennel de sa profession, après avoir signé sa charte et l'avoir déposée sur l'autel, est de commencer un verset des psaumes : « Accueille-moi, Seigneur, selon ta parole et je vivrai ; ne me déçois pas dans mon attente » (Ps 116,119 (118) ; RB 58,21). Les psaumes sont là pour chaque occasion et chaque besoin et saint Benoît leur donne une place centrale dans la vie de prière du monastère. Il est lui-même si imprégné de leur pensée et leur langage que la Règle contient plus de citations des psaumes que du Nouveau Testament. Il attend de ses disciples la même familiarité. Le nombre des psaumes n'est jamais réduit, même si à d'autres moments de l'année il faut écourter d'autres lectures (RB 10). Si le psautier entier est dit chaque semaine, alors le moine doit en arriver à avoir les psaumes écrits sur son coeur, gravés dans sa mémoire.

    Dans son désir que ses moines connaissent et aiment les psaumes, saint Benoît s'est montré un juge perspicace des besoins humains, car voilà un livre qui touche les profondeurs aussi bien que les sommets pour chacun de nous. Dans les psaumes je me retrouve dans ce que j'ai de meilleur et de pire. Je peux acclamer Dieu avec chaleur, confiance et espoir, mais je peux aussi laisser libre cours à ces idées noires qui pourraient sinon rester cachées dans les recoins sombres et douloureux de mon coeur. Par-dessus tout les psaumes expriment cette réalité de mon désir de Dieu et de ma joie et de mes souffrances dans les vicissitudes de ma quête de lui. Parfois Dieu est proche, parfois lointain. Je le cherche au désert et sur la montane, dans la pauvreté, le vide et l'attente. Aujourd'hui Dieu se préoccupe de moi, demain il ne me visitera peut-être pas. Aujourd'hui je suis transportée au sommet de la montagne, demain  j'appellerai des profondeurs. Aujourd'hui je suis rayonnante, demain j'affronterai les ténèbres. Aujourd'hui j'apprécie la vie, demain je sentirai la main de la mort.

    Bien qu'il veuille que ses moines prient sans cesse, comme il le faisait lui-même, saint Benoît sait que la spontanéité doit être soutenue par la structure et la liberté par les rites ; que la prière personnelle a aussi besoin d'être nourrie de temps à autre par des sources extérieures. Aussi impose-t-il un rythme et une forme à la vie de prière, comme il le fait pour d'autres aspects de la vie monastique, puisque cela fait partie de sa sagesse de reconnaître le besoin d'équilibre dans chaque jour, chaque semaine, chaque année. Il a beaucoup à dire sur l'organisation des sept offices quotidiens ; en fait onze chapitres sont consacrés à des indications extrêmement précises sur la célébration de la liturgie. Il ne commence pourtant pas par un traité sur la théologie de l'office, ni par des principes sur l'art de la prière ou l'analyse de l'état d'esprit et de l'attitude de l'âme devant son créateur. Au contraire il se lance résolument dans les détails les plus pratiques sur l'office de nuit.

    Que le repos occupe un peu plus de la moitié de la nuit, et que les frères se lèvent après la digestion [...] On calculera l'heure de telle sorte qu'après la célébration des vigiles et un court intervalle, pendant lequel les frères peuvent sortir pour les nécessités naturelles, commencent aussitôt les matines (RB 8, 2-4).  

      Au lieu de théorie (et nous n'en manquons pas depuis que la spiritualité est devenue un des genres les plus populaires de la littérature religieuse) saint Benoît semble nous dire simplement d'accomplir ce devoir de la prière et de ne pas négliger les exigences légitimes du corps pendant ce temps-là. La pensée que ma prière ne sera pas moins fructueuse si je ne suis pas mal à l'aise physiquement est un message consolant en face d'une idée puritaine tenace que d'une manière ou d'une autre la souffrance doit toujours être bonne pour l'âme. Si je peux m'asseoir ou m'allonger pour prier, et être bien avec moi-même sans me sentir coupable, c'est une bonne chose et ma prière ne sera pas moins efficace parce que je prends mon corps au sérieux.

    Dire sept offices quotidiens, si bien que chaque étape du travail de la journée puisse être offerte à Dieu comme il convient est, humainement parlant, à peu près impossible pour ceux qui ne vivent pas la vie monastique. Bien que la Règle ait été écrite en ayant la vie des paysans du V1e siècle à l'esprit, le principe qui sous-tend la sanctification du temps et du travail mérite encore réflexion en des termes qui ont un sens au XXe siècle. Comment pouvons-nous offrir notre journée à Dieu en répondant aux exigences incessantes de nos emplois du temps surchargés. Pour saint Benoît, c'était certainement une question de la plus grande importance :

    A l'heure de l'office divin, dès qu'on a entendu le signal, on doit laisser tout ce qu'on avait dans les mains et accourir en se hâtant, avec gravité cependant pour éviter la dissipation. Que rien ne soit donc préféré à l'oeuvre de Dieu (RB 43, 1-3).

 C'est bien sûr une activité communautaire et avant de voir comment je peux faire entrer les offices quotidiens dans ma vie, à la maison ou dans mon travail, il est important que je ne perde pas de vue le rôle que saint Benoît assigne à la prière partagée. La prière s'élève de mon centre profond et est si personnelle qu'elle pourrait facilement tourner à l'autosatisfaction individualiste à moins d'être ancrée dans la communauté locale à laquelle j'appartiens. Ma prière ne doit pas être si cachée et si secrète qu'elle devienne une affaire entièrement privée, n'étant plus soutenue par d'autres et par l'enrichissement mutuel qu'apporte le contact avec les autres.

    Dans le chapitre 16, en résumant le but de l'office quotidien, saint Benoît utilise le mot louer cinq fois, en autant de phrases. Il cite, comme si souvent, les psaumes. « Sept fois le jour je te loue » (Ps 119 (118) 164 ; RB 16,1). Alléluia, ou « Louange à toi, Seigneur », ou « Gloire au Père », ces refrains qui scandent la récitation des offices sont peut-être la clé qui montre en quel sens je pourrais les adapter à la scène très différente de ma vie quotidienne. Peut-être encore plus éclairants sont les exemples pratiques que donne saint Benoît des moments en dehors des heures consacrées à la prière, auxquels le moine présente à Dieu tel événement particulier, telle personne, avec une brève prière. Le début des tâches habituelles, le commencement et la fin des repas, l'accueil d'un hôte, peuvent être l'occasion d'une courte prière. Le lecteur de semaine demande à tous de prier pour lui, de même que le servant et le moine partant en voyage. Le portier répond à ceux qui frappent « Dieu vous bénisse » ou « Rendons grâce à Dieu ». Cela recentre notre attention sur Dieu à des moments spécifiques. Si nous prenons la peine de traduire cela dans notre vie, la prière avant les repas est vraisemblablement la seule circonstance évidente que nous ayons en commun avec la vie que décrit la Règle. Pourtant bien des cultures depuis l'époque de saint Benoît ont trouvé possible d'intégrer tout à fait naturellement la prière à la vie quotidienne et je crois que nous avons à y découvrir quelque chose. Dans les Hébrides par exemple, des hommes et des femmes ont réussi à accompagner chaque occasion de leur vie quotidienne d'une prière ou d'un poème célébrant Dieu, quel que soit le moment du jour ou la tâche à accomplir, Se lever, se laver, allumer le feu, traire la vache, conduire le troupeau et faire du beurre, tout est offert en prière. Il est certainement beaucoup moins romantique (mais, soyons honnête, beaucoup moins épuisant) de mettre l'eau à bouillir, sortir la voiture, m'occuper du courrier et ainsi de suite toute la journée. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas essayer de faire de chacune de ces occupations une occasion de prière, pas nécessairement maladroitement avec des mots (quoiqu'une prière comme « Rendons grâce à Dieu » puisse venir facilement à l'esprit) mais beaucoup plus simplement en étant présente au moment, à ce qu'il signifie et comment il peut être vu comme un don de Dieu. Souvent ce n'est guère plus qu'une conscience plus intense, ne pas considérer une chose comme allant de soi, être pleinement attentive à ce que je fais. Je peux brancher la bouilloire électrique machinalement ou je peux m'arrêter et remercier Dieu pour ces personnes invisibles grâce à qui le courant arrive chez moi. Au lieu de m'énerver et de maudire le conducteur exaspérant qui me précéde, je peux me servir de sa conduite déconcertante et hésitante pour m'inciter à faire une intercession pour quelqu'un qui a particulièrement besoin que Dieu se penche sur lui avec amour en ce moment. Faire des courses, l'activité que j'aime le moins, me donne d'innombrables occasions de trouver Dieu chez des gens et dans des situations qui seraient pénibles autrement. Car, même quand je prie avec des mots, finalement ils ne sont pas importants, et même pas nécessaires du tout. Le coeur, c'est mon attention totale à Dieu. C'est une prise de conscience étonnante et libérante, et bien sûr cela nécessite des rappels et un entraînement constants ; pourtant je découvre que chaque fois que j'y pense cela fait une grande différence dans la qualité de chaque journée et la joie que j'y prends. Car la Règle me dit qu'en fin de compte prier c'est vivre, travailler, aimer, accepter, refuser de considérer choses et gens comme faisant partie du décor mais essayer de trouver le Christ en eux et par eux tous. 

    « Nous croyons que la divine présence est partout et que les yeux du Seigneur observent en tout lieu » (Pr 15,3 ; RB 19,1). Le sens de la présence constante de Dieu est quelque chose que saint Benoît ne veut pas nous laisser oublier. Le regard de Dieu est fixé sur nous, nos pensées et nos actions lui sont totalement ouvertes, il nous voit toujours, nous sommes partout en sa présence (RB 7,10-13). Notre conscience de la présence de Dieu doit être la réalité toujours immédiate qui était tout le reste. Comme saint Benoît rend étonnamment simple le chemin qui mène à Dieu. Il exige tout mais il n'est pas hors d'atteinte.

    Ce que saint Benoît cherche c'est cette prière continuelle qui se poursuit sans cesse ; c'est le toujours de cette ligne des psaumes qu'il utilise au chapitre 7 « Qu'il garde la crainte de Dieu toujours devant les yeux » (Ps 36 (35) 2 ; RB 7,10). Ici nous sommes au-delà des mots. C'est l'attention totale à la présence de Dieu. C'est le fruit de la personne unifiée et équilibrée, que la vie bénédictine a essayé de développer, et du sens de l'Omniprésence du Christ que l'on retrouve dans toute la Règle. Car le Christ doit être trouvé dans les situations, les personnes, les choses de la vie quotidienne. Saint Benoît espère que si nous sommes continuellement conscients de cela nous élèverons nos coeurs vers lui et ainsi toute notre vie deviendra une prière en acte. Nous voyons ici que le but final de la vie monastique n'est pas l'opus Dei, l'oeuvre de Dieu telle qu'elle est célébrée dans l'office divin, mais l'oeuvre de Dieu dans la prière ininterrompue qui est la recherche de Dieu en tout. Et ce n'est pas si difficile si ce n'est pas limité  à  l'esprit mais engage l'être tout entier, la volonté, les émotions, les sens le corps, l'intelligence, tout ce qui nous constitue comme nous sommes, séparément et individuellement. Ainsi la prière n'entre pas en compétition avec d'autres activités et la croissance dans la prière ne sera pas encouragée par la suppression d'un autre travail, si notre but est que toute action soit dirigée vers Dieu. Nous prions d'où nous vivons. Notre prière reflète la manière dont nous répondons à la vie elle-même et ainsi elle sera aussi bonne que notre vie. Dieu ne se laissera pas plus prendre par de belles paroles que saint Benoît dans sa perspicacité ne se laissera prendre par le moine dont l'esprit n'est pas en harmonie avec la voix tandis qu'il chante les psaumes. Le Christ tout entier recherche l'homme tout entier.

    Tout cela serait bien sûr impossible si l'initiative et l'activité venaient de nous. Par bonheur ce n'est pas le cas. Tandis que nous cherchons Dieu il nous cherche aussi. L'oeuvre de Dieu a deux sens : notre offrande à Dieu et son oeuvre en nous. Cela ne nous demande pas tant de dire des prières que de vivre ouverts à la grâce. Si nous utilisons des mots ils seront ceux du publicain, debout les mains ouvertes attendant, confessant sa dépendance totale de Dieu. Peut-être que la meilleure manière de décrire comment saint Benoît priait est de dire que c'est le résultat naturel d'une vie librée à la grâce. Il traite le sujet avec modestie et brièveté et pourtant tout le contenu de la vie bénédictine émane de la prière, comprise dans son sens le plus large comme une relation avec Dieu ; une vie vécue en sa présence dans une conscience croissante, pénétrante de ce que cette présence signifie. Saint Benoît nous donne l'occasion de nous tenir là où, si nous cherchons vraiment Dieu, c'est lui qui nous trouvera.

 

 

 

 QUESTIONNAIRE 

 SUR LE CHAPITRE (10) 

 

      LA PRIÈRE 

 

 

 

(1) Comment la prière des heures peut-elle agir sur ma manière de voir les situations de tous les jours ?

(2) Quels liens peut-on établir entre lecture et prière ?

(3) Quels moyens puis-je mettre en œuvre pour entrer en relation avec Dieu dans les activités de la journée ?

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 00:10

 




 

 

Chapitre 1X
  L'Autorité  
  Avec la plus grande sollicitude  


 

  « Les conseils d'un père aimant », ces mots du début de la Règle suivent immédiatement la phrase d'introduction « Écoute, mon fils les paroles de sagesse du maître  et la précisent. Cette juxtaposition est significative ; elle situe les choses dès le début. L'autorité d'un maître est exercée avec la sollicitude aimante d'un père. Ce qui définit d'abord l'abbé, ce n'est pas sa position à la tête d'une institution mais sa relation avec des fils. Au Moyen Âge, l'abbé est devenu de moins en moins le père aimant et de plus en plus le prélat riche, industrieux, administrateur et personnage public ; la manière dont cela s'est produit peut nous aider à remarquer que ce rôle demande une attention constante pour ne pas devenir institutionnalisé, la structure l'emportant sur les personnes. Mais ce n'est pas le pater familias de la société romaine, le chef de famille qui avait le droit de vie et de mort sur ses exclaves et ses enfants. Voir l'abbé en termes de relation patriarcale, c'est passer à côté de l'aspect sensible, et nous qui, aujourd'hui, contestons la figure du père victorien, sans pouvoir cependant trouver une autre solution tout à fait satisfaisante, sommes bien placés pour nous en rendre compte. Mais le portrait ne peut émerger dans toute son ampleur qu'en ajoutant les autres titres que la Règle donne à l'abbé, maître et berger, et en voyant qu'il exerce aussi des fonctions de médecin et d'administrateur. Un rôle plein de douceur mais aussi de fermeté. Cet homme qui aura si souvent à témoigner de la miséricorde à ceux qui lui sont confiés doit savoir qu'il n'est pas toujours de l'intérêt de l'individu ou de la communauté de ne pas blâmer ou d'être incapable de dire que cela suffit. Ceux qui défient son autorité ont besoin de savoir jusqu'où ils peuvent aller ; sans cela il n'y a pas de sécurité, cette sécurité nécessaire, comme les parents le savent pour devenir un adulte responsable. Si je suis une mère trop tolérante, il arrive un moment où je peux rendre un mauvais service à mes enfants en n'adaptant pas une attitude ferme ou en ne donnant pas à notre vie familiale un cadre qui leur demandera de respecter certaines limites.

  Ce que saint Benoît attend de son abbé, comme de ses moines, c'est l'obéissance, l'écoute de la Parole, de la Règle, des frères. Ainsi, dès le départ, son pouvoir est restreint, car aucun dictateur ne peut émerger d'une personne enracinée dans l'obéissance vraie. Mais plus que cela, l'abbé reflète le Christ dont il tient la place, le Christ qui dans le Prologue offrait le chemin de la vie. L'amour qu'Il exprime est l'amour du Christ ; l'enseignement qu'il doit donner est celui du Christ lui-même. La Règle appelle l'abbé, maître et le monastère, école. Qu'est-ce que cela signifie ? La meilleure analogie est celle du père apprenant à ses enfants ou du maître à ses apprentis. Le terme d'école tel qu'il est utilisé dans « école du service du Seigneur » est trompeur s'il suggère une éducation scolaire. A l'origine, le mot désignait une pièce ou une salle où les gens se réunissaient dans un but commun et dans la Règle il est utilisé pour un groupe qui s'est rassemblé afin de chercher Dieu. C'est donc à la fois un lieu et un groupe humain. Mais la méthode s'apparente plus à celle de l'apprentissage par lequel une personne reçoit d'une autre un savoir-faire. Autrefois, les techniques se transmettaient de père en fils et l'apprentissage implique donc aussi une relation père-fils. Il requiert l'imitation, une observation longue et patiente, un savoir partagé qui doit beaucoup au fait de vivre ensemble.

  Saint Benoît ajoute alors une autre nuance subtile, montrant une sensibilité à l'éducation et à l'instruction beaucoup plus délicate que celle que l'on trouve aujourd'hui dans les écoles et les universités. Les conseils et l'enseignement de l'abbé doivent être introduits presque imperceptiblement dans les esprits des disciples, presque comme le levain si bien qu'ils penseront qu'ils ont appris eux-mêmes (RB 2,5). Il utilise un exemple parlant pour ceux qui font aujourd'hui leur propre pain, et sont ainsi familiarisés avec l'action mystérieuse de la levure, qui se met d'abord à vivre elle-même puis anime cette masse inerte de farine jusqu'à ce qu'elle soit transformée et devienne quelque chose de tout à fait différent, tout en restant essentiellement la même matière.

  Ce n'est pas une connaissance théorique, mais la connaissance pratique d'un art de vivre, non pas formaliste et structurée, mais donnée par un contact personnel et souvent de manière subtile. La première qualification de l'abbé n'est pas intellectuelle ou théorique mais « le témoignage de la vie et la sagesse de la doctrine » (RB 64,2). Il communique par sa parole et ses actes mais plus encore par l'exemple ; le message de sa propre vie a plus d'effet que ce qu'il dit. Saint Benoît n'a pas une haute opinion de la spéculation théologique aride ni des connaissances intellectuelles acquises dans les livres et en cela il révèle, comme si souvent, sa connaissance de la réalité. Demandez à quelqu'un ce qui l'a amené à la foi chrétienne et lui a permis d'en vivre. Il est peu probable qu'il vous réponde « une compréhension intellectuelle ». Il vous dira plus vraisemblablement que la manière de vivre d'une personne a été source d'inspiration ou que la mise en pratique de la foi avec toutes ses exigences l'a fait progresser.

  L'abbé est donc un homme qui a le souci d'encourager ses disciples à croître dans leur plénitude unique de créatures de Dieu et puisqu'il n'y en a pas deux semblables, la nourriture, le soutien, les réprimandes de chaque jour seront différents dans chaque cas. En disant qu'il doit aimer les frères « selon ce qui lui semblera convenir à chacun », la Règle s'exprime avec bonheur. C'est le bon pasteur qui connaît chacune de ses brebis et qui adapte ses soins aimants aux besoins de chacun. Saint Benoît utilise fréquemment le vocabulaire de l'amour, et on ne le rencontre nulle part avec plus de force que dans cette image de l'abbé comme bon pasteur, celui de l'Évangile de saint Jean qui s'occupe de ses brebis.
  Prendre soin est une expression dont il est peut-être difficile de retrouver la pleine signification. Le second chapitre l'utilise pour décrire le rôle de l'abbé et on le rencontre ailleurs quand la Règle expose la sollicitude de l'abbé pour le moine coupable (RB 2,7 et 28). L'image du bon pasteur est parlante, car c'est la marque du mercenaire de ne pas se soucier du troupeau, lui au contraire connaît ses brebis et ses brebis le connaissent, cette connaissance personnelle réciproque, sans laquelle il est impossible de prendre vraiment soin de quelqu'un. Les soins entraînent la guérison et le travail de l'abbé est aussi d'être un habile médecin. Saint Benoît établit une communauré aimante et lorsque dans ce grand chapitre de la fin de la Règle, le chapitre 72, il conclut en posant que ce qui compte vraiment c'est d'aimer, il donne un principe directeur à toute communauté attentive. Il sait que c'est difficile et que ce qui compte vraiment d'est d'aimer, il donne un principe directeur à toute communauté attentive. Il sait que c'est difficile et que ce sera un dur labeur pour les frères. Rien ne pouvait être moins vague ou romantique que la façon dont il expose à travers toute la Règle comment un amour vrai doit être encouragé entre les membres d'une communauté, et ce grand panégyrique à la fin ne doit pas être séparé de tous les endroits où il parle de l'amour dans ses expressions les plus concrètes (comme par exemple dans le chapitre sur l'hospitalité). L'abbé qui est le modèle des qualités que tous les frères devraient avoir, doit d'abord être vraiment bon et aimant, plutôt que capable d'en parler et il doit montrer un amour égal à tous. Ce n'est que dans ce climat d'amour que la guérison peut commencer, ce processus qui prend la vie entière et dont chacun a besoin. L'abbé doit savoir guérir ses propres blessures et celles des autres (RB 46,6). Il faut d'abord qu'il soit expert à diagnostiquer les maladies individuelles, afin de ne pas prendre la solution de facilité qui serait de donner le même traitement à tous. Au lieu de cela la Règle dit avec insistance que l'un a besoin de douceur, l'autre de sévérité, et que si l'un réagit au reproche, l'autre réagira à la persuasion. Il n'est pas facile de vivre avec d'autres gens ; c'est beaucoup plus simple d'être un saint tout seul. Dans une communauté, ou une famille, ou une paroisse, ou un groupe d'amis, il est inévitable que nous soyons souvent blessés par les autres, quelquefois si profondément que la douleur subsiste pendant des années. Nous faisons mal si vite et si facilement. La Règle sait que ces petites coupures et meurtrissures, ces coups et ces chocs, les choses étranges et méchantes que nous nous faisons mutuellement peuvent, si on ne les soigne pas, devenir des plaies suppurantes. C'est pourquoi saint Benoît établit que le Notre Père soit dit deux fois par jour afin que « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » rappelle constamment la nécessité vitale de pratiquer le pardon. Avoir comme Caïn de la haine pour notre frère mène au désastre. Le coeur de la communauté est donc le pardon. Nous ne pouvons être guéris que par le pardon et ce n'est que par lui que nous pouvons devenir libres. « Le pardon est le plus grand facteur de croissance pour tout être humain. » Mais c'est exigeant, c'est un exercice qui demande de l'amour et de l'honnêteté. Il nous met face à notre souffrance, nous force à l'affronter et à nous en occuper, et saint Benoît ajouterait, le plus tôt sera le mieux, car à moins d'être cautérisées les blessures s'infectent et suppurent. Il n'est que trop facile d'entretenir une conversation intérieure par laquelle je rumine telle remarque qui m'a peinée ou tel événement que je n'avais pas mérité, que je refuse d'oublier un affront, que je continue à me répéter «ce n'est pas juste ». Alors, ce qui étit au début une petite rancune est devenu par mes soins un gros nuage menaçant qui étouffe tout mon paysage intérieur ou un cancer qui me ronge de plus en plus. Saint Benoît est absolument inflexible sur ce point et dit clairement qu'il faut déraciner le murmure avant qu'il ne cause de terribles dégats. « Avant tout, que le mal du murmure n'apparaisse sous aucun prétexte, en quelque mot ou signe que ce soit » (RB 34,6). Car il sait que le murmure détruit la paix de l'esprit à fois individuellement et communautairement. La paix est un objectif primordial de la vie bénédictine et pax est devenu une devise. « Recherche la paix et poursuis-la » (Prologue 17). 

   Le manque de paix intérieure est une menace pour tout le tissu communautaire et c'est pourquoi saint Benoît commence ici, là où ce manque prend naissance, en nous, avec ce murmure qui nous divise et nous détruit. Alors qu'on se soucie tellement de la paix du monde aujourd'hui, que les mouvements se multiplient et les groupes prolifèrent, saint Benoît nous remène à ce principe tout simple et fondamental : c'est en moi que la paix doit commencer. Comment puis-je espérer contribuer à la paix du monde quand je ne peux résoudre mes conflits intérieurs ? quand je suis déchirée par ma tension personnelle ? Saint Benoît dit une fois de plus que je dois être responsable de moi-même et que, si j'espère réussir de grandes choses pour la paix, il me faut commencer à la maison, en moi. La chaîne de violence doit finir en moi, c'est là que la paix du monde doit commencer. 
  Quand les choses vont dans la communauté et qu'il y a une faute d'une sorte ou d'une autre, il faut alors reconnaître sa responsabilité avec le même empressement. Après la faute vient l'aveu, puis enfin le pardon. Saint Benoît choisit d'illustrer cela par un exemple très concret : des dégâts dans le cellier.
  Celui qui, dans n'importe que travail, à la cuisine, au cellier, à l'hôtellerie, à la boulangerie, au jardin, dans un atelier ou n'importe où, fait une faute quelconque, casse ou perd quelque chose, ou de quelque façon dépasse la mesure, doit venir aussitôt de lui-même, faire satisfaction spontanément devant l'abbé et la communauté, et avouerson délit (RB 46,1-4).

    Il insiste pour qu'on s'accuse sur le champ. Cela signifie reconnaître qu'il est vraiment important d'assumer la responsabilité de ses actes, d'être prêt à demander pardon, d'être disposé à accepter d'être pardonné. Nous savons que nous pouvons compter totalement sur l'accueil et le pardon de Dieu, qui que nous soyons et à tout moment de notre vie. » Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu » est un des conseils les plus importants de la Règle. Le moine n'est pas plus que nous un surhomme. L'icône du moine parfait est le plublicain qui ne cesse de répéter « Seigneur, je suis un pécheur » (Lc 18,13 ; RB 7,65). Le péché est pardonné et le pardon est librement accordé à tous ceux qui se repentent vraiment. Et avec le pardon vient cette libération « dont on dira un jour qu'elle est la seule thérapie efficace, parce que divine, pour les distorsions de nos psychologies et la dérive de nos sociétés », comme nous le rappelle l'abbé actuel du Mont-des-Cats.

  La façon dont saint Benoît traite la question de la faute et de la guérison en prenant l'exemple de difficultés à la boulangerie ou au jardin montre à nouveau combien la Règle ne voit jamais le spirituel et le matériel comme s'ils étaient séparés et distincts. Les tâches administratives de l'abbé sont présentées dans la même perspective. La bonne marche des affaires temporelles a toujours été une marque de la vie bénédictine et en pratique cela demande à l'abbé beaucoup d'organisation. Mais saint Benoît ne considère pas la chose en soi, séparée du reste de la vie, car cela serait contraire à tout ce à quoi il croit. Il s'agit de personnes. Le but de l'institution est de former des fils et tandis qu'il approuverait sans doute l'idée d'une gestion moderne, il s'inquiéterait si les objectifs cessaient de refléter sa vision unifiante.

  Le rôle de l'abbé n'est pas purement du domaine spirituel ; il est aussi responsable de la ligne de conduite et des décisions pour la vie temporelle de la communauté. On attend beaucoup de lui, et cela comporte des dangers de surmenage, de tension nerveuse, risques qui ne sont que trop familiers à tous ceux qui ont des postes de haute responsabilité aujourd'hui. Saint Benoît donne une description exacte de l'homme très tendu : nerveux, anxieux, autoritaire, obstiné, jaloux, soupçonneux à l'excès et par-dessus tout incapable de s'arrêter. « Un tel homme ne connaît jamais le repos ». (RB 64,16). Vivre cette sorte de tension exige l'impossible de soi, mais comporte aussi le danger d'imposer une pression similaire sur ceux qui nous entourent. « Si on le surmène un seul jour, tout le bétail va mourir » (Gn 33,13 ; RB 64,18), et donc saint Benoît insiste sur la modération et la discrétion qui sont à ses yeux des vertus fondamentales. La pénétration psycyhologique qu'il apporte à tout le domaine des affaires et de l'administration montre une saine compréhension des capacités et des besoins de l'homme.

  La délégation est un art. Saint Benoît reconnaît le rôle important qui doit être joué par « des hommes tels que l'abbé puisse en toute sécurité partager son fardeau » (RB 21,3), et la Règle prévoit toute une série d'officiers qui partagent sa charge et le soulagent du soin de certains groupes à l'intérieur de la communauté. Dans chaque cas les hommes sont choisis en fonction de la charge ; il n'y a rien d'automatique par le fait de l'ancienneté ou du rang. Beaucoup d'appointements sont permanents, pour d'autres il s'agit de répondre à un besoin plus immédiat. Saint Benoît prévoit que l'abbé pourra bien être la dernière personne que veuille voir un moine qui est sur le point de quitter le monastère et à ce moment extrêmement délicat il délègue son autorité à des hommes dont il respectera la discrétion, « des frères anciens et sages qui, comme en secret, consoleront le frère qui est dans le trouble » (RB 27,2-3). Ceci indique que l'abbé fait confiance et d'autres personnes en situation d'autorité pourraient trouver là matière à méditer : non seulement ce que signifie la possibilité d'un secret absolu dans les rapports avec les collègues, mais aussi le fait d'accepter qu'il y ait souvent un moment où il convient de s'effacer et de laisser la place à un autre. Les parents, par exemple, peuvent être les personnes les moins bien placées pour s'occuper d'adolescents en révolte. Mais le rejet de l'image du père (« le meurtre du père ») ne se passe pas seulement dans la famille, il doit être rejoué bien des fois plus tard dans la vie et cela exige de la discrétion et un empressement à partager l'autorité si l'on veut s'en occuper de manière positive.

  L'édification d'une communauté heureuse a un rapport avec l'entretien du moral. Cela ne se fait pas sans effort. On peut voir très clairement les idées de saint Benoît à ce sujet dans le cas du cellérier, celui qui a en fait le rôle de l'économe. C'est un excellent exemple des conséquences du service mutuel dans l'amour. La Règle précise qu'il doit fournir aux frères la part de nourriture qui leur est allouée « sans hauteur ni retard » (RB 31,16). Saint Benoît a observé avec précision une des tentations de la bureaucratie : exercer le pouvoir en rabaissant les autres, même par quelque chose d'aussi dérisoire qu'en les faisant attendre, « qu'il réponde par un mot de bonté », et quand un frère lui présentera une demande déraisonnable » qu'il ne le contriste pas par son mépris », mais qu'il refuse d'une manière raisonnable et humble qui ne l'attristera pas ou ne le fâchera pas. Faire attention à éviter de blesser les autres inutilement paraît assez simple, mais comme saint Benoît est sage de glisser un rappel. Quand je parle avec brusquerie ou qu'il y a une note cassante dans ma voix au téléphone et que je réponds sèchement à une question tout à fait innocente, je pourrais parfaitement m'arrêter un instant et penser à la peine que je peux faire à l'autre, et ce n'est vraiment pas grand chose de changer le ton de ma voix et de modérer mon langage. Bien sûr, c'est quelquefois à cause de la fatigue, je me sens à bout de patience parce qu'on semble empiéter sur mon temps précieux. Mais ici, saint Benoît n'admet aucune excuse. C'est au cellérier d'observer des heures régulières et qui conviennent, » on donnera et on demandera aux heures convenables ce qui doit être donné et demandé » (RB 31,18). Être sans cesse disponible à tous n'est finalement bon ni pour eux ni pour moi. Si saint Benoît dit au cellérier de se protéger, c'est une leçon dont je pourrais tirer profit. Je découvre que la Règle me demande à nouveau de m'aimer ! Les autres respecteront mon espace si je me prends au sérieux. Et cela signifie fondamentalement que je m'emploie à garder mon esprit en paix et à faire attention à mon moral ; animam suam custodiat, comme le dit la Règle en latin. Mais combien plus celui qui a un rôle exigeant dans une organisation a-t-il besoin de trouver un style de vie qui lui permettra de travailler avec et pour les autres et en même temps de garder assez de ressort pour ne pas se laisser épuiser par eux. Utiliser l'énergie pour en tirer le meilleur parti possible est une leçon urgente pour tous ceux qui détiennent une responsabilité aujourd'hui, dans les affaires, dans leur paroisse, dans une organisation ; c'est aussi vrai maintenant que ce l'étrait pour ceux qui exerçaient l'autorité dans la situation beaucoup moins complexe du temps de saint Benoît.

  « Ne fais rien sans conseil, et tu ne te repentiras pas de tes actes » (Si 32,19 ; RB 3,12) est une maxime qui protège à la fois l'abbé d'une tension excessive et les frères d'une tyrannie possible. La place centrale donnée à l'obéissance est bien sûr la clé. Obéir à tous les frères (comme eux à leur tour s'obéissent mutuellement) veut dire écouter ce qu'ils désirent et conseillent, et le résultat est qu'il n'y a rien d'arbitraire ou de despotique dans la prise des décisions. L'abbé prend conseil de tous, quel que soit leur âge ou leur rang. Pourtant ce ne sont pas des votes majoritaires qui doivent mener la communauté. Saint Benoît connaît aussi les pressions subtiles qui peuvent être exercées par les faibles et les fragiles et il met l'abbbé en garde contre leurs exigences car les faibles et les fragiles et il met l'abbé en garde contre leurs exigences car les faibles et les malheureux peuvent faire peser une tyrannie certaine sur toute la communauté. Ayant écouté chacun, considéré la Règle et toute autre façon par laquelle le Seigneur peut parler, l'abbé doit alors s'asseoir et arriver à sa propre décision dans chaque cas particulier. C'est affaire de discernement et de sensibilité, recherche de la volonté de Dieu, le fruit de cette sagesse que saint Benoît cherche chez le moine accompli et dans les circonstances très différentes des prises de décision aujourd'hui, il y a encore beaucoup à entendre. On remarque comment l'abbé et le cellérier ont constamment le souci de leurs frères, s'occupant de chacun dans ce qu'il a d'unique, plutôt que de la communauté en bloc, cet idéal qui semble hanter toute une partie de l'idéologie contemporaine. La vie commune ne devient jamais prétexte à un idéalisme abstrait. Saint Benoît aurait probablement apprécié cet aphorisme de Dietrich Bonhoeffer.

 Celui qui aime la communauté détruit la communauté ; celui qui aime les frères construit la communauté.

    Il commence donc par les frères, des personnes en tant que personnes, et il n'y a, pour lui, pas de distrinction entre les personnes. On prend cependant toujours en considération les besoins. La Règle, en distribuant les biens selon les besoins, met en garde contre le piège qui serait que tous reçoivent la même chose et demande au contraire quelque chose qui exige de la maturité et de la compréhension de la part des membres d'une communauté.

  Nous ne voulons pas dire qu'on fasse acception de personne, Dieu nous en préserve ! mais qu'on ait égard aux infirmités. Celui donc qui a besoin de moins, qu'il rende grâces à Dieu et ne s'attriste pas, celui qui a besoin de plus, qu'il s'humilie pour sa faiblesse, et ne tire pas vanité de la miséricorde qu'on a pour lui. Ainsi, tous les membres seront en paix (RB 34,25).

  Vouloir des parts égales est très naturel et ce n'est qu'en acquerrant plus de maturité, en reconnaissant mes forces et mes faiblesses et en acceptant celles des autres que je commence à progresser dans ce dont saint Benoît parle ici. Il savait que c'est essentiel dans toute communauté s'il doit y avoir cette unité que saint Paul envisage comme le corps du Christ, le tout qui ne détruit pas les parties. Car la qualité de la vie commune ne peut être que le reflet de la qualité des relations entre les individus qui la composent.

   La perspective bénédictine de la vie commune repose sur quatre principes qui montrent une compréhension extraordinairement humaine de la façon dont les gens coopérent le mieux. D'abord le principe de solidarité qui pose que dans chaque domaine de la vie, liturgique, social, économique, chaque membre est aussi concerné et responsable ; pas moyen de faire le difficile, de se dégager. Et pourtant ce n'est pas une soumission aveugle, car le principe suivant est celui de pluralisme qui reconnaît la valeur fondamentale de chaque individu et tient compte de la diversité des besoins et des dons. Le principe d'autorité exige que l'abbé, et ceux auxquels il a délégué son pouvoir, veille à ce qu'ils l'exercent sans le détourner en même temps du dernier principe, celui de subsidiarité. Cela veut dire que quelqu'un peut faire par lui-même ne devrait pas être confié à un autre au nom d'une autorité supérieure. Si bien qu'il y a finalement un équilibre entre l'interdépendance et la responsabilité qui permet à ce qui est bon pour l'individu et pour le groupe de se développer au maximum.  

 

 

 

 QUESTIONNAIRE 

 SUR LE CHAPITRE (9) 

 

    L'AUTORITÉ 

 

 

 

(1) Quelles images emploie saint Benoît pour décrire l'abbé ?

(2) Comment la Règle peut-elle vous aider dans l'exercice de vos responsabilités?

(3) De quelle manière le chapitre 64 diffère-t-il du chapitre 2 ?

(4) Dans le chapitre 63,3, il est écrit que l'abbé doit rendre des comptes. Chercher d'autres passages de la Règle qui traite du même sujet avec d'autres responsables ?

Prions:

  Tu as voulu, Seigneur que nous vivions avec nos semblables; fais que nous ne soyons pas carrés mais sphériques pour pouvoir nous tourner vers tous avec l'assistance de ton Fils Jésus le Christ notre Seigneur.

   

 

 

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 00:00

 




       Chapitre V111

 Les Personnes  

 Nous sommes tous un dans le Christ 



 

 

  Dans toute la Règle, on sent la présence du Christ, cette réalité immédiate et centrale de la vie bénédictine, comme le vitrail de la rédemption à Cantorbéry le rappelait sans cesse à la communauté monastique. Ils avaient toujours devant les yeux le Christ crucifié, ressuscité, élevé au ciel, maître de toute la création. La Règle ne présente pas de traité abstrait sur Dieu et ses mystères. Au lieu de cela elle est toute imprégnée de l'idée de la rencontre sacramentelle avec le Christ dans les détails de la vie quotidienne, dans les choses matérielles, mais surtout avec les autres personnes. Car saint Benoît était un homme du Christ : le Christ était pour lui tout le sens de la vie chrétienne du début à la fin. Sans le Christ rien n'a de sens ; avec le Christ tout est possible. La phrase qu'il aime tant : « pour l'amour du Christ », dit tout. Aussi rencontrons-nous le Christ partout dans le monastère, et dans le monastère nous retournons à Dieu en suivant l'Évangile, ce qui bien sûr veut dire le Christ.

    Saint Benoît trouve le Christ dans les autres : les frères, les hôtes, les malades si agaçants qu'ils soient, les inconnus et les voyageurs, mais par-dessus tout l'abbé qui reflète le Christ dont il tient la place comme père de ses moines. L'abbé n'est pas le Christ, mais il doit être considéré comme le Christ, autant que les voyageurs, le frère malade, l'hôte. Puisque le Christ est la clé, ce n'est qu'en lui et par lui que nous commençons à comprendre les questions de relations, d'autorité, de communauté. Il ne s'agit pas d'articles d'une loi morale abstraite mais plutôt de notre propre réponse aimante à l'amour du Christ pour nous. Puisque « nous sommes tous un dans le Christ », le Christ et la communauté sont liés. Qu'ils ne préfèrent absolument rien au Christ. Puisse-t-il nous conduire tous ensemble à la vie éternelle » (Ep 6,8 ; RB 2,20 - 72,11).

    La Règle part de la nature humaine telle qu'elle est et non pas d'un faux idéalisme. Quand saint Benoît mentionne en passant, au chapitre 2, les membres les plus gênants de la communauté, cela a quelque chose de bien réel. Certains sont têtus et ennuyeux, indisciplinés et agités, d'autres négligents et dédaigneux (il y a bien sûr les obéissants, les dociles et les patients). Il y a les stupides et les paresseux, les insouciants et les écervelés, et ceux qui sont toujours là où il ne faut pas. Ils sont familiers à tout groupe, organisation ou paroisse. Nous connaissons trop bien le tableau. Mais c'est ainsi que nous sommes, et nous sommes justement ceux que saint Benoît veut essayer de mener à Dieu. La Règle ne cesse de faire une place à chaque individu pour qu'il grandisse en sainteté à sa propre vitesse, à sa manière à lui. Elle est conçue pour des personnes, la communauté existe pour l'individu et pas le contraire. Cela se voit en fait le plus clairement dans les chapitres qui pourraient sembler dépassés au premier abord, les instructions aux servants, au cellérier, au portier. Nous y trouvons des directives précises sur les menus détails de la vie en communauté qui révèlent la fermeté, la discrétion et l'humanité de saint Benoît. Il montre comment une vie bien organisée permet la croissance de l'individu, sachant que l'ordre est plus à même d'encourager la sainteté que le désordre. Mais il ne confond jamais l'ordre public et la sainteté privée. Il insiste pour que les choses soient faites de manière à provoquer le minimun d'irritation ou de gêne pour les autres parce qu'il reconnaît les exigences de la vie privée, les droits de l'individu et, à un niveau théologique plus profond, que « le seul qui a des droits sur la vie intérieure d'une autre personne est Dieu lui-même...la croissance ne peut pas être manipulée par des règles ou des idéologies humaines ; la maturité ne peut pas être fabriquée en série ». La voie bénédictine dégage simplement de l'espace pour que l'individu qui cherche Dieu le trouve à sa manière. Le chapitre 40, « de la mesure du boire «, commence par une citation de la Première Épître aux Corinthiens : « Chacun reçoit de Dieu un don particulier, l'un celui-ci, l'autre celui-là. » Saint Benoît poursuit en disant qu'il conviendrait que des moines ne boivent pas de vin mais qu'il tiendra compte de ceux qui ne peuvent s'en abstenir. Cela en dit long sur sa délicatesse car il donne une base sur laquelle chacun peut croître et se développer. L'uniformité médiocre ne l'intéresse pas. Il aborde la vie ordinaire de la communauté en reconnaissant avec bienveillance le besoin personnel et les potentialités de l'individu. Il espère que tous auront de la patience pour les faiblesses des autres, il préfère la miséricorde à la justice, demande qu'on ait des prévenances les uns pour les autres et par-dessus tout il place l'amour avant le zèle.

    En conséquence, la Règle témoigne du respect à chacun, quel qu'il soit, sans tenir compte de sa classe sociale, de son milieu, de ses capacités professionnelles. Cela va à l'encontre des idées fausses selon lesquelles une personne est supérieure à une autre ou pourrait avoir plus de valeur qu'une autre. Sans être révolutionnaire ou subversit, sain Benoît conteste tranquillement les idées préconçues de son époque et remet en question bien des choses qui étaient généralement acceptées dans l'organisation de la société. Un homme né libre ne doit pas avoir un rang supérieur à un esclave (RB 2,18) ; on doit s'occuper spécialement des pauvres, parce qu'il sait que la tendance naturelle est de respecter les riches (RB 53,15) ; la dignité sacerdotale ne constitue pas en elle-même un droit à un statut spécial (RB 60) ; l'âge ne doit jamais déterminer automatiquement le rang et les frères plus jeunes doivent être écoutés avec attention car « c'est souvent au plus jeune que Dieu révéle ce qui est le meilleur » (RB 3,3). Il y a un beau chapitre sur l'accueil des moines étrangers (et après tout ce sont ceux qui font le même métier qui peuvent être le plus menaçants) qu'on encourage à rester afin que d'autres puissent profiter de leur présence « puisqu'en tous lieux on sert un seul Seigneur » (RB 6,10). 

    Le passage de la Règle qui traite de la façon de s'adresser aux autres est vraiment un petit traité de bonnes manières, cette vertu démodée qui accorde à chacun la courtoisie qui lui est due sous une forme appropriée. Les formules affectueuses par lesquelles on se salue montrent charité et estime ; elles ne sont rien de plus, comme souvent dans la Règle, que la mise en pratique d'une injonction biblique : « Rivalisez d'estime réciproque » ( Rm 12,10 ; RB 63,10-17).

    Les moines de saint Benoît vivent ensemble en égaux, portant le même habit, partageant la même nourriture, les mêmes biens et assurant chacun leur part du travail de la communauté. Il est peut-être un peu difficile de réaliser que cela constituait une réussite extraordinaire à l'époque de saint Benoît. Le travail, tenu en piètre estime, devenait un lien commun entre les moines, un pont entre les membres des classes éduquées et gouvernantes, qui l'auraient méprisé, et les exclaves qui l'auraient accompli en dehors des murs du monastère. Le respect pour les personnes et le respect pour le travail qu'ils font et les objets qu'ils manipulent sont étroitement liés et se renforcent l'un l'autre. Si la Règle dit que les outils du jardin méritent autant d'attention que les vases sacrés de l'autel, alors il devrait s'ensuivre que ceux qui les utilisent méritent le même respect. Les conséquences ont une portée considérable. Je préfère les livres à l'essence, c'est un exemple absurde et pour beaucoup ce serait le contraire. Et si je suis totalement honnête avec moi-même, cela veut dire que j'ai, tout à fait inconsciemment peut-être, un plus grand respect pour un écrivain ou un conférencier que pour le garagiste qui me vend de l'essence. Si je prends la Règle au sérieux, elle m'oblige à en prendre conscience et, si j'essaie de la vivre, elle me force à repenser mes attitudes.

     Ce n'est que parce que nous sommes acceptés par le Christ que nous pouvons accepter les autres et nous accepter nous-mêmes. L'amour de soi est important, fondamentalement. Le novice commence par se dépouiller, ou se laisser dépouiller du moi qu'il connaît, afin que le vrai moi puisse émerger dans la vie courante de la communauté qui est l'école de l'amour. A cette école, trois dimensions de l'amour se développent ensemble : amour de soi, amour des frères, amour de Dieu. Me connaître sans suffisance et sans autojustification signifie m'aimer vraiment, me connaître comme je suis en réalité, libérée d'une image idéale. Ce n'est qu'après, me tenant nue devant le Dieu qui aime, accepte et ne juge pas, que je peux me tourner et présenter la même image, dépouillée de ses fausses couleurs à tous ceux qui font partie de ma vie.

  Une fois encore les voeux sont éclairants. Si la stabilité signifie que je ne me fuis pas moi-même, elle m'aidera aussi à voir les autres comme ils sont vraiment et à leur permettre d'être eux-mêmes plutôt que ceux que je préférerais peut-être. La pratique de L'obéissance signifie que j'abandonne les idoles, et me vide en mon centre, afin de pouvoir me tourner vers les autres. Et par-dessus tout l'ouverture à la croissance signifie que j'apporte une qualité dynamique d'amour dans mes relations, si bien que je suis prête à changer, à renouveler notre vie de couple, à encourager mes enfants à la liberté, à travailler à une amitié pour l'empêcher de se fossiliser à une étape passée de ma vie.

    Saint Benoît est réaliste à propos de l'amour comme pour tant de points essentiels. Il sait que ce n'est pas facile et ne vient qu'avec de l'entraînement. Il ne décrit pas la vie commune en termes fulgurants et n'y trouve pas non plus l'attrait un peu romantique de saint Augustin :

 Qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter ensemble comme des frères. Cette parole du psaume, ce chant plein de douceur, cette ravissante mélodie [...] a excité les frères à demeurer ensemble ; ce verset a été pour eux une trompette éclatante.
 Saint Benoît donne un chapitre magnifique sur l'amour, le chapitre 72, tout à fait à la fin de la Règle, et ce n'est qu'alors qu'il donne comme idéal l'amour fervent, l'amour pur et l'amour humble. Il est fondé sur cette pratique quotidienne, ordinaire, de l'amour qui souligne toute la Règle. Voir le visage du Christ en tous ceux que nous rencontrons jour après jour n'est jamais facile. Cela nous demande souvent patience, imagination, bonne humeur. Saint Benoît n'aborde pas le sujet avec des principes abstraits, il donne plutôt des exemples pratiques de ce qu'aimer implique.

  Ses instructions au portier sont très terre à terre. « Dès que quelqu'un frappe ou qu'un pauvre appelle, il répondra, « Rendons grâce à Dieu » ou «Bénissez moi » ; et avec toute la douceur qu'inspire la crainte de Dieu il rendra réponse au plus tôt, pressé par la charité » (RB 66,3-4). Voilà un aperçu de la réalité de l'amour en action. Il n'est que trop facile d'épingler au-dessus de l'évier de la cuisine comme un idéal pieux et sympathique : « Que tous ceux qui surviennent soient reçus comme le Christ » ; il est bien plus difficile pour moi, quand on sonne à la porte, ou qu'on téléphone, ou que des personnes arrivent à l'improviste pour un repas, d'être vraiment présente et le mettre en pratique en les accueillant avec tout moi-même. C'est exigeant, la Règle le sait et donne des sages conseils pour l'hospitalité.

  Car cette phrase si familière de la Règle : « Que tous ceux qui surviennent soient reçus comme le Christ », dit que l'hospitalité signifie bien plus que la porte ouverte et la place à table ; elle signifie chaleur, consentement, joie d'accueillir celui qui se présente. Et pourtant, la Règle, dans sa sagesse, entoure cet idéal de garanties pour s'assurer que nous ne devenons pas comme Marthe, harcelée et tourmentée, et donc irritée, si épuisée que l'hospitalité en devient inefficace.

 Cela nous ramène au thème du consentement, nous accepter nous-mêmes et accepter les autres dans une situation immédiate et concrète à laquelle nous ne pouvons échapper. On frappe à la porte et je dois répondre ; en mettant quatre couverts supplémentaires pour le dîner je sais que bientôt quatre personnes seront assises à table et partageront notre repas. Si j'ai peur et suis sur la défensive (ou agressive ce qui revient au même), anxieuse et incertaine de l'effet que je vais produire, je peux offrir un verre d'apéritif ou une assiette de potage mais il manquera une réelle hospitalité du coeur ; j'aurai simplement répondu à ce qu'on attendait de moi sur le plan social. Je ne peux pas devenir une bonne hôtesse avant d'être chez moi dans ma propre maison, si enracinée en mon centre (comme la stabilité l'a enseigné) que je n'ai plus besoin d'imposer mes conditions aux autres mais que je peux à la place me permettre de leur offrir un accueil qui leur donne la possibilité d'être complétement eux-mêmes. C'est à nouveau ce paradoxe, en me vidant je peux non seulement donner, mais aussi recevoir...Remplie de préjugés, de soucis, de jalousie, je n'ai pas d'espace intérieur pour écouter, pour découvrir le don de l'autre, pour abaisser mes défenses et être ouverte à ce qu'il a à offrir.

    Mais il y a un autre danger, et c'est que je sois si accueillante et si prête à donner que je donne trop de moi-même. L'accueil joyeux est bon et saint Benoît insiste pour que le portier soit toujours prêt à répondre chaleureusement. Le rite du baiser de paix et du repas partagé a son équivalent moderne. Mais cette réception franche et aimante est équilibrée par l'attention très sérieuse que porte la Règle à la protection de la paix et du silence du monastère contre toute intrusion qui pourrait déranger l'ordre. Saint Benoît a soin d'imposer des limites afin que la vie et le travail puissent continuer et cela permettra bien sûr à l'hôte de faire l'expérience du monastère tel qu'il est vraiment. Un trop grand mélange des moines et des hôtes ne sera bon ni pour les uns ni pour les autres. La liturgie après tout indique le même principe. On doit toujours garder du temps et de l'espace pour que le moine puisse rencontrer Dieu. Je ne dois préserver à tout prix un soin et amour justes de moi-même, malgré les remarques subversives que j'entends si souvent de ceux qui disent qu'ils ne se ménagent jamais et qu'ils ne comptent jamais ce qu'ils font pour les autres. Des rencontres d'innombrables personnes, des réceptions en série, des allées et venues incessantes et au bout de toute cette activité, saint Benoît nous pose deux questions très simples : Avons-nous vu le Christ en eux ? Ont-ils vu le Christ en nous ?

  Car si nous devons vraiment recevoir chacun comme le Christ, cela signifie que nous devons respecter chacun parce qu'il est fait à l'image de Dieu et pas à notre propre image. Et cette forme précise d'idolâtrie est très facile. A moins d'être attentive, je suis tentée de manipuler ceux qui entrent dans ma vie (et là il ne s'agit plus seulement des hôtes mais de ma famille, de mes amis et collègues, même de simples connaissances). Je découvre que, soit je les martyrise par mes exigences, soit je leur impose mes idées, ou je les influence de telle sorte qu'ils se sentent obligés d'agir comme cela me fera plaisir. En fait, je n'ai pas réussi à les accepter comme ils sont vraiment. Je ne suis pas satisfaite d'être à côté d'eux dans leur petitesse et leur faiblesse, leur frustration et leur dépression. Je me suis peut-être beaucoup plus préoccupée de savoir où J'en suis moi-même au lieu de voir où ils en sont et de révéler leur importance, pour eux-mêmes et pour moi. Je les ai jugés et étouffés, et ce faisant, je les ai dévalués, les utilisant à mon propre avantage.

   Le moine doit pouvoir trouver dans sa communauté à la fois l'amour humain et l'amour divin. L'amour est la force dymnamique dans la vie d'un moine, et la communauté est là pour le soutenir dans son amour pour Dieu et pour lui donner la possibilité de le réaliser de manière effective en aimant et en étant aimé par ses frères. Il éprouve la certitude qu'on a besoin de lui, qu'il est accepté, pardonné ; c'est le terrain de l'amitié monastique. L'amitié est un art bien négligé, qui reçoit moins d'attention aujourd'hui que le couple ou la famille. Un des mots que l'Église préfère pour se décrire est celui de famille. On devrait pourtant admettre honnêtement que cette image évoque souvent de jeunes mariés avec de petits enfants, un modèle qui exclut et donc blesse la majeure partie de l'humanité. Ceux qui sont célibataires, ceux qui appartiennent à une famille brisée ou dispersée, dépendent de la chaleur et du soutien qui leur viennent de l'amitié. La vie monastique, en acceptant le célibat, n'exclut pas des relations aussi chaleureuses, elle les rend plus libres et plus ouvertes, simplement parce qu'elle n'assimile pas l'amour au sexe. Elle ne nie en aucune façon la composante sexuelle de l'affectivité, mais simplement ne l'identifie pas à l'intimité physique sexuelle.

  La pulsion sexuelle est donnée par Dieu. Elle donne dimension et force à tout ce que nous pensons et faisons, y compris notre prière. Elle me pousse à me donner aussi pleinement que je le peux. Elle fait partie intégrante du chemin commun, de l'amour et de la vie.

  C'est un moine d'aujourd'hui qui s'exprime ainsi. Mais notre culture occidentale a tendance à réduire notre attitude envers l'amour et l'affection à la seule dimension physique, particulièrement génitale. L'amitié est indispensable aux hommes et aux femmes. Il me faut des amis et des amies dans ma vie. J'ai besoin d'aimer et d'accepter l'amour en retour. C'est aussi vrai pour ceux qui sont mariés et ont des amitiés en dehors de leur couple que pour les célibataires. L'amour, la confiance, le consentement - voilà ce que je reçois du Christ.   

 

    

 

 QUESTIONNAIRE 

 SUR LE CHAPITRE (8)
 

 LES PERSONNES

 

 

 

(1) Quels sont les points qui vous ont le plus frappé dans ce chapitre ?

(2) Comment est-il possible de les faire passer dans votre vie ?

(3) Comparer

       Chap. 63,6 et 3,3;

       Chap. 63,8 et  2,16,22;

       Chap. 63,10 et 4,70-71;

       Chap. 63,13 et 2,2;

       Chap. 63,17 et 72,4.

Prions:

  Seigneur, tu as voulu que toute la loi consiste à t'aimer et à aimer son prochain : donne-nous de garder tes commandements, et de parvenir ainsi à la vie éternelle. Par Jésus le Christ notre Seigneur.

(25ième dimanche)

     

   

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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 23:52

 


  

           Chapitre V11

 Les Biens Matériels  

Afin qu'en tout Dieu soit glorifié


 

 

    Saint Benoît cherche Dieu dans l'expérience la plus simple et la plus ordinaire de la vie quotidienne. Il n'est pas en quête de pensées, d'idées ou de sentiments particuliers pour nourrir une vie religieuse. Son point de départ est simplement ce qu'un moine d'aujourd'hui appelle « la triste réalité du banal ». Le terreau de la vie bénédictine est sa normalité et sa petitesse. Le fruit de cette insistance sur l'équilibre de la vie et sur le don à Dieu de la totalité de l'être signifie que le corps a son rôle à jouer comme l'âme et l'esprit. Le physique est reconnu ; le matériel accepté. La division en naturel et surnaturel, ou en sacré et profane, est tout à fait étrangère à la perspective de la Règle. L'intégralité et la santé sont des buts simples et peu spectaculaires mais ils encouragent la croissance d'une vie chrétienne qui est pleinement et totalement humaine.

    Saint Benoît a dit au cellérier, celui qui est chargé d'une partie fondamentale de la vie de la communauté, qu'il considérera « tous les objets du monastère et tout son matériel comme s'ils étaient vases sacrés de l'autel » (RB 31,10). Celui qui perd ou brise quelque chose doit se reconnaître responsable, car les objets qui appartiennent à Dieu ne peuvent être traités à la légère et cela s'applique à ceux de la boulangerie, du cellier, de la cuisine, du jardin (RB 32,4-5) ; 46, 1-4). Ce même soin attentif aux biens du monastère se retrouve dans le chapitre consacré aux vêtements et aux chaussures. Ils doivent être modestes et solides et l'insistance de saint Benoît pour s'assurer que les vêtements doivent être à la bonne taille montre son sens pratique. Que les moines doivent utiliser « ce que l'on peut trouver dans la province où ils vivent et au plus bas prix possible » est un autre exemple du principe de modération en tout ; ni la pauvreté ni la richesse ne sont désirables. Il est clair aussi qu'il ne fallait pas porter les vêtements jusqu'à ce qu'ils soient en lambeaux car il y a cette disposition pleine de bon sens : « Quand ils recevront des vêtements neufs, les frères rendront aussitôt les vieux, que l'on rangera au vestiaire pour les pauvres. » L'idéal bénédictin est celui d'un niveau de vie modeste. Il doit y avoir assez mais pas plus.

    Il suffit à un moine d'avoir deux tuniques et deux coules, pour en changer la nuit, et pour les laver. En avoir davantage serait du superflu, on ne doit pas le tolérer. Qu'ils rendent aussi les chaussures, et d'une manière générale tout ce qui est vieux quand ils reçoivent du neuf. 

    La liste des possessions données par l'abbé à chaque moine est minutieuse jusqu'aux petits détails comme l'aiguille et le mouchoir. Chaque moine doit recevoir « tout ce qui est nécessaire ». Mais, comme si souvent, les faiblesses et les besoins individuels sont admis et on fera des exceptions. « L'abbé doit toujours penser à cette sentence des Actes des Apôtres : « On donnait à chacun selon ses besoins » (Ac 4,35) ; RB 55,20). Se priver pour se priver n'apporte rien.

    Une des rares choses qui poussent saint Benoît à une véhémence peu caractéristique est la question de la propriété privée. Il veut la supprimer de sa communauté à tout prix et la décrit comme un vice qui « doit être retranché radicalement du monastère » (RB 33, 1-2).

    Que personne n'ose donner, recevoir ou posséder quelque chose en propre, pas le moindre objet, ni livre, ni tablette, ni poinçon, en un mot absolument rien. 

    Il est même prêt à organiser une visite des lits au cas où on y cacherait quelque chose.

    Et si l'on trouve quelque chose que le moine n'a pas reçu de l'abbé, il sera soumis à une pénitence très sévère. Pour que ce vice de la propriété personnelle soit coupé à la racine (RB 55,17).

    Un des nombreux titres donnés à l'abbé est celui de serviteur fidèle (RB 64,21-22), et saint Benoît espère que chaque moine adoptera la même attitude envers les biens matériels qui entrent dans sa vie. La gérance est un mot honorable dont on a tellement abusé dans les milieux d'église qu'il est difficile de le voir avec des yeux neufs et de ne pas l'associer avec une collecte de fonds. Avant tout, le mot devrait signifier l'administration responsable de ce qui nous est prêté temporairement pour en faire bon usage, et dont nous devons répondre devant le Christ, le seul maître de tous biens, possessions et talents. Après tout, quand nous mourrons, nous n'emporterons rien avec nous, rien ne nous appartient de droit, notre situation est celle de gardiens.

    Saint Benoît équipe ainsi son moine de tout ce qui est nécessaire pour un niveau de vie convenable mais il lui rappelle aussi constamment que ces choses entraînent des responsabilités, qu'elles ne lui appartiennent pas, qu'il ne faut pas en tirer profit. La pauvreté n'est pas un des voeux bénédictins et on ne trouve rien dans la Règle de l'idéal de pauvreté absolue tel que les ordres mendiants le présentent. Nous trouvons à la place une attitude envers les biens matériels qui nous parle de façon plus réaliste, à nous qui essayons de faire face au problème de la pauvreté et de la misère dans le monde d'aujourd'hui. Pour la plupart d'entre nous, la voie franciscaine n'est pas un point de départ praticable. La pauvreté du tiers monde et de plus en plus celle de notre propre pays remet en question notre style de vie conventionnel et sans risques. Cependant, donner sa maison et son travail, ses livres et ses disques, ses vêtements et ses meubles causerait sans aucun doute plus de problèmes en définitive, même si le geste lui-même était merveilleusement libérant. Une communauté bénédictine aujourd'hui présente autre chose. On y voit des bâtiments et des terres, une bibliothèque, une cuisine équipée de façon moderne, un congélateur, une machine à laver ; La communauté se préoccupe de l'entretien et de l'équilibre du budget, elle est prête à accepter les techniques récentes, à évoluer avec son temps. Rien ne dit que les possessions sont nécessairement mauvaises en elles-mêmes ou, le corollaire, que l'absence de biens présente une valeur morale. Pourtant, en demandant que le moine ne considère rien comme sien, la Règle essaie d'établir l'attitude d'esprit qui admet que s'il faut accepter les biens matériels, il fut aussi les considérer avec détachement. Cela ne veut absolument pas dire que c'est mal de les apprécier et d'en jouir.Ce serait nier la sainteté des choses. La mesquinerie et la médiocrité ne font que gêner nos sentiments. Le détachement n'exclut pas le plaisir, car alors nous pourrions être tentés de considérer comme normal tout ce que Dieu nous a donné et d'oublier de remercier, de remercier sans cesse, pour son étonnante générosité. Ironiquement ce plaisir et cette reconnaissance s'accroissent plutôt en sachant que telle ou telle chose ne nous appartient finalement pas, mais qu'elle nous est prêtée par Dieu.

    Vivre en chrétiens dans le monde sans qu'il nous absorbe est un thème qui revient constamment dans le Nouveau Testament. Être absorbé par le monde c'est être esclave des biens, ce que saint Benoît craint tant. La liberté chrétienne se trouve précisément dans la libération de l'influence excessive qu'ils peuvent avoir. La vie monastique, parce qu'elle renonce au pouvoir et aux possessions et remet délibérément les choses à Dieu, doit avoir un message très particulier à annoncer dans notre société contemporaine où l'attitude courante est à l'opposé. Voilà une pierre de touche à laquelle nous référer devant l'échelle de valeur qui juge les hommes et les femmes d'après la taille de leur salaire ou de leur compte en banque, leur quartier, ou le genre de vacances qu'ils prennent. La Règle dit clairement et avec insistance que non seulement le moine doit témoigner du respect à tous ceux qu'il rencontre, mais cette même attitude ( qui a bien sûr beaucoup de points communs avec la chasteté prise dans son sens le plus large comme le refus de posséder, de manipuler, d'exploiter) doit s'appliquer aux bâtiments, au temps, à la nourriture, aux outils. Toutes les choses créés sont données par Dieu. C'est sans doute la raison pour laquelle saint Benoît était végétarien (bien que là encore il soit prêt à faire des exceptions en cas de besoin, et que la viande soit autorisée pour les malades très faibles ; RB 39-11). Il essaie de favoriser une attitude qui voit les gens, le temps et les biens matériels comme devant être consacrés et offerts à Dieu.

    Afin qu'en tout Dieu soit glorifié n'est pas la dernière phrase d'un commentaire de saint Benoît sur la prière mais d'un chapitre consacré aux artisans qui vendent leur ouvrage et à la façon de fixer des prix réalistes (1 P 4,11 ; RB 57,8). Ceux qui fabriquent des images et des calendriers pieux encouragent l'idée que Dieu peut être trouvé très facilement dans la nature, dans un beau jardin ou dans une prairie remplie de fleurs. Thomas Merton était tout à fait présent à ce qui l'entourait, connaissait et aimait les collines bleutées du Kentucky qu'il pouvait voir de sa fenêtre et les bois qui entouraient son ermitage. Mais les photographies dans lesquelles il a traduit le caractère sacré de son cadre de vie ne se sont pas arrêtées à la pile de bois devant sa porte ou à l'arbre se détachant sur un ciel d'hiver. Il a aussi rendu hommage à sa lampe de bureau, sa machine à écrire, son évier plein de vaisselle. Le titre de ce recueil est révélateur de ce qu'il dit des choses de la vie quotidienne :  The Hidden Wholeness. Il ne croyait pas que les hommes et les femmes vont à Dieu en mutilant leur humanité, mais en s'humanisant totalement.
 En cela rien ne devrait être caché ou rejeté, rien n'était inférieur à autre chose. Tout était pris et intégré à l'ensemble.

    Lorsqu'il était père maître il disait à ses novices de faire participer tous leurs sens à la vie monastique ; « Votre corps est bon - Écoutez ce qu'il vous dit. » Regarder, toucher, écouter, sont cependant des talents qui ne sont plus naturels à l'adulte. Le regard de l'enfant, obscurci ou détruit par les exigences intellectuelles de la plupart des écoles (et des parents) modernes doit être redécouvert consciemment. Merton savait que nos sens ont besoin d'être éduqués s'il nous faut voir, entendre et apprécier ce qui nous entoure. Peut-être est-ce encore quelque chose que l'Orient peut nous apprendre. La cérémonie du thé au Japon montre un sens du respect envers les gens et les choses qui s'apparente à la prise de conscience bénédictine. Chaque personne est accueillie avec courtoisie, chaque objet (le petit foyer, le feu de charbon de bois, les ustensiles pour le thé disposés en ordre, par-dessus tout les bols de faïence spécialement choisis) sera manipulé de manière à rendre hommage à sa matière, sa forme et à la contribution spécifique qu'il apporte à l'événement. Chaque invité, avant de boire, prend le bol dans ses mains, le fait tourner et l'élève, par respect et reconnaissance envers tout ce qui est entré dans la fabrication du bol et du thé : la terre, l'argile, l'art du potier, le soleil, l'eau, le thé. L'action la plus ordinaire et la substance la plus prosaïque sont devenues à ce moment un acte révérence. Dans cette cérémonie si simple et pourtant profonde, on prend le temps de regarder les choses, de les apprécier et de leur permettre de se révéler comme elles sont vraiment - juste comme Merton voulait que les choses qu'il photographiait puissent rester fidèles à elles-mêmes.

    Saint Benoît dit que les biens matériels sont des sacramenta, des symboles qui révèlent la beauté et la bonté de leur créateur, et nous sommes ainsi ramenés à cette simple phrase « qu'il considère tous les objets du monastère et tout son matériel comme s'ils étaient vases sacrés de l'autel ». Il ne nous laisse jamais oublier que l'ordre temporel ne doit être ni méprisé ni négligé. Sa spiritualité est très réaliste. Il n'y a pas de fuite dans une vie spirituelle intérieure déconnectée du monde. Dieu n'est ni une idée ni un idéal, il est une réalité extrêmement concrète et ce n'est que dans la réalité concrète de ma vie quotidienne que je vais le rencontrer. La difficulté c'est que la plupart du temps je suis si occupée et si dispersée que je n'ai pas le temps (ni de bonnes raisons) de voir ma vie et mon travail quotidien de cette manière. Pourtant cette perspective profondément sacramentelle qui insiste sur l'unité de la création, qui minimise la division entre le sacré et le profane, qui fait prendre conscience que tout vient de Dieu, me parle immédiatement dans ma situation présente et je serais stupide de ne pas l'entendre. Car cela me permet de chercher Dieu en ce moment, comme je suis, empêtrée dans les corvées et les exigences terre à terre dans lesquelles je me sens prise au piège jour après jour. Peut-être qu'après tout elles ne sont pas nécessairement un piège : il y a quelque chose de très libérant dans le regard honnête que la Règle porte sur le côté prosaïque et banal de la vie monastique.

    Saint Grégoire décrit une vision dans laquelle saint Benoît vit toute la création rassemblée comme en un seul rayon comme en un seul rayon de soleil, toutes choses dans la lumière du Verbe sans qui « rien de ce qui a été fait n'a été fait ».Ces moments de vision sont rares mais ils sont là comme un rappel que nous devons apprendre à voir et respecter la création visible qui reflète la gloire et la perfection du Dieu invisible. Puisque la vie bénédictine a toujours été enracinée en un lieu, tenue par le bâtiment et ses environs, la communauté monastique n'a jamais pu échapper à tous les problèmes d'administration et d'organisation de ces biens. Comment agrandir une construction ? Que faire pour l'exploitation du domaine ? Comment s'occuper de la bibliothèque ? de l'éducation des jeunes ? Ces questions pratiques appellent des réponses. On ne peut fuir la responsabilité d'une certaine efficacité en s'occupant d'une communauté complexe. Si saint Benoît a vu le monde comme la création de Dieu, il savait aussi que cela devait se réaliser dans la vie de tous les jours. La Règle nous apprend que le travail quotidien peut être médiateur de ce sens de la présence de Dieu au milieu de nous. Avant d'essayer de m'imposer à moi-même une « vie chrétienne » idéalisée ou d'entreprendre un marathon spirituel exigeant (et probablement culpabilisant), je devrais regarder autour de moi et voir que la quête de Dieu ne requiert pas l'inhabituel, le spectaculaire, l'héroïque. Elle me demande en tant qu'épouse, mère, ménagère de faire les choses les plus ordinaires, souvent monotones et lassantes qui me sont proposées chaque jour avec une disponibilité aimante qui leur permettra de devenir mon chemin immédiat vers Dieu. « Le travail est l'amour rendu visible », dit Khalil Gibran, et aimer ce n'est pas faire des choses extraordinaires, mais savoir comment faire les choses ordinaires de la vie « avec tendresse et compétence ». J'aime ces mots de Jean Vanier (1) parce qu'ils placent tout dans une juste perspective. Il n'y a là rien d'idéaliste. Mais ils me demandent une attention chaleureuse et aimante qui m'empêche de fuir en rêve dans une activité plus noble et par ailleurs me fait échapper à la frénésie impatiente d'hyperactivité qui menace de me submerger tandis que je passe précipitamment d'une occupation à une autre. Il est possible, bien que ce ne soit pas facile, de faire des objets dont je me sers dans ma vie quotidienne les moyens de me remettre continuellement en présence de Dieu. Mais je ne peux le faire sans aide. J'ai besoin de m'entraîner sans cesse car cette prise de conscience ne vient pas facilement ou automatiquement. C'est pourquoi je suis reconnaissante à la Règle de saint Benoît. Non seulement elle dit : « Veiller à toute heure sur les actes de sa vie - en tous lieux tenir pour certain que Dieu nous regarde » (RB 4,49), mais elle me montre que c'est à ma portée. Il est cependant bien trop facile d'être un peu changeant en parlant du travail manuel, de le décrire en termes légérement archaïques et romantiques. « L'émotion vibrante que me procure le travail de mes mains » n'a rien à voir avec ce que je ressens dans la cuisine en préparant le dîner à la fin d'une journée fatigante. « Bâtir et créer avec Dieu, labourer, cultiver », cela a peu de rapports avec les corvées éreintantes avec ledquelles je suis aux prises dans la maison ou le jardin. Il y a un grand danger de sentimentalisme dans tout ce discours sur le travail manuel et Dieu. Dieu n'est pas nécessairement plus proche quand je fais du pain avec de la farine biologique moulue à la meule de pierre (même si j'y prends plus de plaisir) que lorsque j'ouvre une boîte de conserve ou que je branche mon mixer. Et pourtant, mise à part cette idéalisation agaçante et exagérée du travail manuel, c'est tout de même vrai que le travail des mains peut apporter quelque chose qu'on ne trouve pas en s'occupant de paperasses, en faisant des plans, en siègeant à des comités. L'acte même de toucher, de manipuler, de sentir des objets matériels, aide à construire une petite barrière contre le torrent de mots, écrits et parlés, qui menacent de nous accaparer en nous faisant croire qu'eux seuls constituent la réalité. Le travail manuel, particulièrement s'il est solitaire - jardinage, artisanat, par exemple - nous aide à nous connaître car il laisse le rythme du corps opérer et sonne à l'inconscient le temps et l'espace de remonter naturellement à la surface. C'est de ce rôle que parlait Joseph Conrad en écrivant dans Le Coeur des ténèbres :

    J'aime ce qu'il y a dans ce travail - la possibilité de se trouver soi-même. Sa propre réalité - la sienne et pas celle des autres - ce qu'aucun autre homme ne pourra jamais savoir. 

    Le genre de travail manuel qui implique la présence des autres apporte des avantages différents, des occasions de combattre l'impersonnalité par le soin pris à accueillir, partager et de se tourner vers les autres. Mais le rôle le plus fondamental de toute forme de travail manuel est probablement d'être un rappel constant de la réalité de l'Incarnation. Le Dieu qui a choisi de se révéler dans notre chair utilisait un des matériaux les plus courants, bien qu'il soit un des plus sacrés ; le pain et le vin sur l'autel sont aussi utilisés très couramment dans la vie ordinaire. A moins de nous donner le temps de manipuler des choses banales et ordinaires, nous pouvons facilement perdre le contact avec cette réalité vitale.


  Les activités que la Règle décrit sont non seulement toutes aussi valables, mais tous les membres de la communauté doivent y participer. Aucun travail monastique n'est plus important qu'un autre ; tout doit être fait avec autant de soin, Ainsi, le sacristain préparant l'autel, le cuisinier s'occupant des repas, les servants de table, les infirmiers, prennent également part à l'oeuvre de Dieu. Personne par exemple, ne doit être dispensé du service de la cuisine, bien qu'il y ait des dispositions pleines de bon sens pour qu'une aide supplémentaire soit donnée quand c'est nécessaire - ce n'est pas méritoire d'être surmené.

    A ceux qui sont faibles, on donnera des aides, pour qu'ils fassent leur travail sans tristesse ; que tous aient des aides, selon l'importance de la communauté et la situation locale (RB 35,3-4). 

    Il faut faire avec soin même les corvées les moins gratifiantes. Le semainier, avant de quitter son office le samedi, fera les nettoyages ; qu'il lave les linges avec lesquels les frêres s'essuient les mains et les pieds...Les ustensiles de l'office seront remis propres et en bon état par le semainier sortant au cellérier (RB 35, 7-8-10).

    Ici, comme toujours, il n'y a ni extrêmes, ni idéalisation. Saint Benoît propose un temps fixé pour le travail parce qu'il se méfie de l'oisiveté. Mais le travail doit être fait seulement aux heures déterminées et il doit être maintenu dans de justes proportions par la prière et l'étude. Cela ne laisse aucune chance au travail de se développer, ou de dégénérer en activisme. Bien qu'il ne parle pas de loisirs, on peut remarquer que les dimanches sont libres de tout travail manuel. En s'arrêtant pour prier, saint Benoît s'assure que le travail ne devient pas une fin en lui-même, une idole dominant tout le reste, Il est également sur ses gardes contre un danger similaire, le travail étant entièrement en référence à la personne, un accomplissement de soi. Le travail est toujours considéré dans un contexte communautaire. Dès que l'artisan « s'enorgueillit pour la connaissance qu'il a de son métier, parce qu'il semble apporter quelque chose au monastère » (RB 57,2), la pratique de son métier lui est retirée. L'expert doit exercer son art pour le bien de tous ; il doit travailler dans le respect du matériau qu'il utilise et de ses semblables. La satisfaction se trouve dans le travail lui-même et pas dans la reconnaissance personnelle qu'il apporte à son créateur. Les bâtisseurs de cathédrales, les maîtres verriers les moines qui ont enluminé les manuscrits sont respectés pour ce qu'ils ont accompli de leurs mains mais ils restent anonymes. Ainsi pour saint Benoît le travail n'est ni simplement un moyen en vue d'une fin ni quelque chose qui a une valeur intrinsèque absolue. Il y a dans la Règle toutes sortes de garanties, les membres de la communauté monastique ne seront ni broyés ni enflés par ce qu'on leur demande de faire.

    Pourtant, ironiquement, l'insistance de saint Benoît a eu un effet considérable sur la culture occidentale pendant les quinze derniers siècles. Le monachiste bénédictin est presque inévitablement associé avec des bâtiments magnifiques, des exploitations agricoles modèles, des traditions d'érudition et d'éducation. Une énorme réussite économique a marqué l'ordre bénédictin du moyen Âge. Arnold J. Toynbee y voit en fait « la graine de moutarde dont a surgi le grand arbre de la civilisation occidentale », et il trouve difficile de surestimer son importance. Ce serait trahir l'idéal de saint Benoît (et de l'Évangile qui sous-tend la Règle) que d'énumérer ces réussites extérieures pour justifier l'idéal du travail. Il a sa place dans la Règle, comme faisant part d'une vie bien réglée. Que le résultat ait bénéficié à la culture et à la civilisation de l'Europe a été accidentel, illustrant ce qui peut arriver à ceux qui cherchent d'abord le Royaume de Dieu. Saint Benoît voulait que ses moines travaillent parce qu'il savait que l'individu normal ne peut être toujours en train de prier ou d'étudier. A son époque le travail manuel impliquait l'usage des mains et la vie équilibrée qu'il voulait établir demandait une participation à la fois physique, mentale et spirituelle. C'est ainsi que le travail a autant de dignité que l'adoration à l'oratoire ou la lecture à la bibliothèque. Il a une même perspective : il est en relation à la fois avec Dieu et avec les autres. Il fait partie de toute la pratique de la louange de Dieu qui se trouve au coeur de la vie chrétienne.

  Nous croyons que la divine présence est partout, et que les yeux du Seigneur observent en tout lieu (RB 19,1)

    Le travail ne doit pas être isolé de la vie tout entière en quête de Dieu. A son premier séjour à l'Abbaye de Genesee, Henri Nouwen eut l'impression que le temps passé au tapis roulant à la boulangerie était comme une intrusion, une activité nécessaire qu'il fallait faire pour gagner deux heures de liberté pour son travail intellectuel personnel. Il découvrit qu'il n'avait pas encore appris à faire une prière de l'ouvrage de ses mains. Le jour suivant, ce qui le frappa le plus dans ce que dit l'abbé fut « la simple idée que la louange de Dieu est la caractéristique de la vie bénédictine ». Il dit : « même le prix de nos produits et l'utilisation de notre argent devraient être déterminés par la louange de la présence mystérieuse de Dieu dans notre vie...» Ce fut cependant dans le contexte de toute sa vie au monastère qu'Henri Nouwen commença soudain à accepter le tapis roulant et la machine à couper le pain.

    Afin qu'en tout Dieu soit glorifié est le but commun à tout ce qui est fait au monastère. Si le seul point de référence est soi-même, le travail peut alors tout absorber, tantôt enrichissant, tantôt destructeur, mais de toute manière une barrière qui sépare de Dieu. La seconde garantie que saint Benoît édifie est que tout doit être fait dans un contexte communautaire « parce que nous sommes tous un dans le Christ ». C'est un contrôle contre l'orgueil inconscient et contre le surmenage. Il y a le danger insidieux de nous créer des exigences impossibles, de nous sacrifier sans que ce soit nécessaire, alors qu'il vaudrait bien mieux ravaler notre orgueil et demander de l'aide. On peut facilement donner une certaine mystique au travail exigeant ; des phrases comme « j'ai été retenu au bureau », « oh non ! impossible de prendre un jour cette semaine », suggèrent une petite autosatisfaction quand notre travail empiète sur toutes nos autres activités. Aussi saint Benoît nous avertit à nouveau : le travail doit être vu en perspective avec le reste de la vie. Il faut l'abandonner au bon moment. Quand le signal de la liturgie est donné, on doit laisser toute autre activité. Le bon ordre et tout ce qui en découle demandent que l'heure de repas et l'heure de la prière soient prises au sérieux. L'importance de l'obéissance à l'horaire monastique est d'empêcher la tyrannie d'un élément sur les autres.

    Le travail est-il dégradant ou exaltant ? Est-il soumis à la malédiction d'Adam ou permet-il de se réaliser ? Ce sont peut-être des questions difficiles. Saint Benoît ne se retrouverait certainement pas dans ces catégories. Pourtant ce sont des questions d'une très grande urgence dans un monde où il y a tant de chômage et dans lequel une partie du travail est abrutissant, où bien des personnes se sentent piégées par le poids d'une administration bureaucratique, où certains métiers sont jugés préférables à d'autres. D'une certaine manière, nous dit saint Benoît, nous pouvons trouver Dieu dans tout cela, même si ce n'est pas facile ; on attend du novice des choses dures et âpres, et persévérer signifie continuer à faire un effort. Mais c'est ici et maintenant, dans l'immédiat, les situations ennuyeuses et ordinaires de la vie quotidienne, que nous devons chercher Dieu et qu'il nous trouvera. Si notre travail ne nous apporte pas toujours autant de joie que nous l'aimerions, alors l'exemple de la vie du Christ (et la Règle essaie d'assurer que le Christ est toujours le centre pour nous) peut nous rappeler que sa part a été faite d'une douleur écrasante dans son oeuvre créatrice et aussi de joie. L'une ou l'autre peuvent être notre lot à différentes époques de notre vie. Ce qui est essentiel c'est d'avoir la même approche pour notre travail que pour ce que nous possédons. Nous sommes des intendants et pas des esclaves, ce que nous avons et ce que nous faisons appartiennent à la vie que Dieu nous a prêtée, et c'est à travers cette vie en entier, avec toutes ses exigences peu spectaculaires, que nous irons à lui.

1. Jean Vanier, La Communauté, lieu du pardon et de la fête, Paris, Fleurus, 1979.

 

 

 

 

 QUESTIONNAIRE 

 SUR LE CHAPITRE (7)

 

 LES BIENS MATÉRIELS 

 

 

(1) Lire les chapitres 31 à 34 et les chapitres 48 et 57 de la Règle.

(2) Est-ce que je me suis fait un programme de vie simple et souple en y insérant quelques valeurs spirituelles : prière liturgique, prière personnelle, temps de lecture à travers mes occupations quotidiennes ?

Prions:

  Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi; sans toi rien n'est fort et rien n'est saint : multiplie pour nous tes gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent. Par Jésus le Christ notre Seigneur.

   

 
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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 23:44

 



 

Chapitre V1

L'Équilibre

 Rien qui soit dur, rien qui soit pesant. 



 

    L'équilibre, la mesure, l'harmonie, sont des éléments centraux, ils étayent tellement tout le reste de la Règle que sans eux l'approche bénédictine de l'individu et de la communauté perd sa clé de voûte. Cela nous parle de manière très immédiate en cette fin du XXe siècle. La recherche de l'épanouissement personnel est devenue une obsession dans notre société aujourd'hui et nous compliquons encore notre recherche en admirant en même temps la compétence, la spécialisation, la professio-nalisation. La réussite totale dans un domaine impose un grand respect. Nous demandons très tôt à nos enfants de faire un choix parmi les sujets qu'ils ont l'intention de maîtriser. Nous reconnaissons la supériorité d'une vie consacrée à une seule forme hautement ésotérique de recherche. Il est peut-être irréaliste à notre époque d'aborder le monde comme Léonard de Vinci avec cet esprit de la Renaissance qui portait une égale attention à l'art et à la compétence humaine. Il y a maintenant trop à connaître et à faire. Et pourtant  cela vaudrait peut-être la peine de nous demander ce que nous perdons et de nous fixer pour tâche de découvrir si nous ne pourrions pas, sans être follement romantiques ou nous complaire dans l'évasion, essayer de devenir plus pleinement, plus totalement humains en reconnaissant que tous les éléments qui nous composent sont un don de Dieu et également dignes de respect. Bien sûr nous admirons chacun des composants spécialisés de l'éventail social : champions de football ou marathoniens, savants et chercheurs d'exception, saints ou gourous. C'est la relation réciproque des trois éléments qu'ils représentent, le corps, l'esprit et l'âme, qui nous échappe maintenant. Pourtant saint Benoît a tenu à ce que, comme le corps, l'esprit et l'âme ensemble font l'être tout entier, l'horaire de chaque jour au monastère comprend du temps pour la prière, du temps pour l'étude et du temps pour le travail manuel. Tous trois méritent le respect et deviennent également un chemin vers Dieu.

    Les journées des moines de saint Benoît étaient équilibrées par la succession rythmée de la prière, de l'étude et du travail. Quatre heures chaque jour étaient consacrées à la prière liturgique, quatre à la lecture spirituelle et six au travail manuel. La journée était structurée par l'opus Dei, la récitation des offices, le culte rendu à Dieu, qui était au centre de la vie monastique. Mais puisqu'il faut nourrir l'esprit et le nourrir par l'étude, il y a du temps pour la lectio divina, cette lecture priée des Écritures et des Pères, et puisque le travail des mains a aussi sa place, il y a du travail manuel dans les tâches domestiques et l'entretien du domaine.

    C'était cela que devait être l'école du service du Seigneur : une vie équilibrée reconnaissant qu'il faut tenir compte de chacun de ces trois éléments si la personne humaine doit être vraiment prise en considération dans sa totalité. Le bon ordre du monastère assure que chaque élément reçoit la place qui convient si bien que cela améliorera la vie quotidienne de toute la communauté : il deviendra clair que la relation juste entre les différentes parties assure le bien du corps tout entier.

    C'est ainsi que l'idée d'ordre et d'équilibre parcourt l'organisation du monastère. « Pour que tout se fasse aux heures régulières » (RB 47,1) : « que chacun garde sa place » (RB 2,19). La sainteté ne doit pas devenir un prétexte pour    le désordre ni la dévotion une fuite du travail. La bonne d'une institution, le bon usage de ses biens, le temps bien employé, le juste respect de ses membres, sont profondément signifiants car ils sont la base solide sur laquelle repose la structure. La Règle doit créer cet environnement favorable dans lequel cette vie équilibrée peut se développer.

    La stabilité, telle que la Règle la décrit, est fondamentale. Elle va beaucoup plus loin que de ne pas fuir l'endroit où nous nous trouvons. Elle signifie ne pas se fuir soi-même. Il ne s'agit pas d'examen de conscience ou d'introspection complaisante, mais de l'acceptation de la totalité de chaque homme et de femme comme une personne entière, comprenant corps, esprit et âme, chacun des composants méritant le respect et réclamant l'attention qui lui revient. L'insistance bénédictine sur la stabilité n'est pas un discours idéaliste abstrait, elle est typiquement réaliste. Elle reconnaît le lien entre l'extérieur et l'intérieur : la stabilité des relations avec ceux qui nous entourent (communauté, famille, couple, entreprise) dépend de la stabilité et de la juste mise en place des éléments disparates qui sont en nous, l'acceptation et pas le rejet ou la négation.

    Beaucoup de laïcs font trop facilement deux parts dans leurs vies, le mondain et le religieux le matériel et le spirituel, et pensent que ce dernier même s'il n'occupe qu'une petite partie du temps est pourtant en quelque sorte supérieur et à garder à part. Cette habitude aurait indigné celui qui, pour parler du chemin qui mène à Dieu, a utilisé des mots simples et concrets. Il n'est pas question d'ascension des âmes, avec cette image visuelle d'êtres spirituels désincarnés qui, même si ce n'est pas ce que leurs auteurs ont voulu, ont si souvent provoqué un grand malaise chez bien des lecteurs de ce genre précis de traité spirituel. Car dès le début, dans cette invitation stimulante du Prologue, saint Benoît nous parle de courir, de préparer nos coeurs et nos corps, comme si les jambes, les sensations comptent vraiment. Un être spirituel désincarné ne l'intéresse pas. Et pourtant nous semblons avoir oublié son message et le peu d'attention portée au corps a été une carence sérieuse dans la vie religieuse en Occident. Nous recom-mençons à peine maintenant à découvrir que notre corps est un temple dans lequel nous pouvons rencontrer Dieu, qu'il mérite le respect et a de l'importance, et que nier cela c'est nous couper d'une de nos plus puissantes sources d'énergie et de force sur notre route vers Dieu.

    Quand, au chapitre 7, saint Benoît emploie l'image d'une échelle, il s'en sert comme de l'ancien symbole classique de l'unité et de l'intégration. Elle unit ici la terre et le ciel, posée fermement sur le sol (qui est la communauté) et donnant accès à Dieu. Les montants de l'échelle sont le corps et l'âme, en reconnaissant la place des deux, en les utilisant ensemble. Car une image absurde d'échelons de guingois vient à l'esprit si les deux côtés ne sont pas parallèles et en harmonie !

    C'est une intégration que bien des sociétés plus anciennes connaissaient et qu'elles expriment d'une manière vivante et naturelle dans leur poésie et leur prière. Un Culte des communautés de pêcheurs ou de fermiers des Hébrides, ces îles à l'ouest de l'Écosse, priait ainsi : « ô Dieu, bénis-moi tout entier », car demander une bénédiction de l'âme sans demander aussi celle du corps ne leur serait jamais venu à l'esprit. Les deux sont inséparablement liés. Donne-nous, ô Dieu, ce qui est nécessaire à l'âme. Accepter ainsi le corps et l'âme ensemble signifie qu'une prière du matin est pour l'être tout entier, y compris le travail des mains, d'une manière qui semble très proche de la sagesse bénédictine.

               Bénis, ô mon Dieu

               Mon âme et mon corps ;

               Bénis, ô mon Dieu,

               Ma foi et ma condition.

        

               Bénis, ô Dieu,

               Mon coeur et ma parole,

               Et bénis, ô Dieu,

               Le travail de ma main.

    A la fin de ce grand chapitre, saint Benoît dit que quand le moine aura fini cette ascension laborieuse et que le processus de désencombrement de l'humilité, qui est ce qu'il décrit, sera achevé, ce sera apparent pour tous simplement par l'attitude. « Le moine manifeste constamment aux yeux de tous, dans son maintien même, l'humilité qu'il vit en son coeur, c'est-à-dire qu'à l'oeuvre de Dieu, dans l'oratoire, au monastère, au jardin, en route, dans les champs, bref où que ce soit, assis, en marche ou debout », son maintien reflète son attitude intérieure. Cette description conviendrait bien pour le langage du corps que l'on explore timidement aujourd'hui, cette prise de conscience que je révèle beaucoup de moi-même par la façon dont je marche, je m'assieds, je me sers de mes mains. C'est simplement l'unité de la personne tout entière dont saint Benoît savait qu'elle joue un rôle essentiel dans la vie bénédictine, pas seulement pour l'individu, mais pour ses relations avec ceux qui l'entourent dans la communauté. 
« Que notre être intérieur soit en accord avec notre voix  », cette petite phrase toute simple vient à la fin d'un commentaire sur la manière de psalmodier (RB 19,7). Elle dit en fait : comment puis-je rendre un culte à Dieu s'il n'y a pas d'unité en moi ? Mais on peut pousser plus loin : comment jouer mon rôle dans la communauté ? ou travailler à l'unité de l'Église ? ou espérer promouvoir la paix du monde ? Le schéma que la Règle présente apporte une réponse précise. La vie bénédictine peut conduire à l'unification personnelle et à la fin à la transformation de l'être tout entier dans le Christ.

    La vie monastique utilise trois disciplines ou exercices qui proviennent de cette triple division en corps, esprit et âme sur laquelle repose la vision bénédictine. L'intégration de la dimension physique se fait à travers un style de vie qui recommande la stabilité, le travail manuel, la pauvreté et les bonnes oeuvres, les observances qui amènent qui amènent à un service joyeux dans « l'atelier qui nous permet de travailler avec le soin désirable à toutes ces oeuvres » (RB 4, 78). L'intégration de la dimension spirituelle vient  par la pratique de l'humilité et conduit à la pureté du coeur, résultat de l'obéissance, du bon zèle, du silence intérieur et « tout ce que le moine observait auparavant non sans angoisse, il commence à le réaliser sans aucun effort, comme par coutume et pour ainsi dire spontanément, non plus par crainte de la géhenne, mais grâce à l'amour du Christ qui l'entraîne à l'habitude même du bien et à la joie de l'accomplir » (RB 7,68-69). L'intégration de la dimension intellectuelle vient par l'étude, l'écoute de la Bible et aboutit à la prière pure et continuelle.

    Tout cela cependant doit être recherché dans la modération. En présentant dans le Prologue son école du service du Seigneur, saint Benoît avait immédiatement ajouté « nous espérons ne rien établir qui soit âpre, rien qui soit pesant » (Prologue 46). Le principe de modération en toutes choses envahit chaque aspect de la vie monastique. Il est en contraste frappant avec les moines du désert ; leur capacité à rester assis sur une colonne ou à se passer de nourriture pendant des jours avait peu de chose en commun avec une Règle qui interdisait même d'entreprendre un exercice ascétique sans permission. Peut-être saint Benoît en savait-il long sur les rivalités en sainteté. En tout cas les membres de son monastère recevaient largement assez de nourriture, et même du vin, et en ne prenant pas le premier repas de la journée avant l'après-midi, ils ne faisaient que se conformer à l'usage courant des paysans du voisinage. Même le Carême ne signifiait qu'une petite réduction de nourriture et de boisson, un peu de temps en plus pour la prière, la lecture d'un livre spécial

    Cette façon modeste d'aborder le mode de vie est très rassurante. Elle est accordée à cette recherche d'une vie plus simple que beaucoup d'entre nous entreprennent depuis que Schumacher et d'autres nous ont forcés à jeter un regard critique sur la façon dont le monde occidental utilise ses ressources. Elle attire l'attention sur les tensions entre le tiers monde et nous et sur les inégalités choquantes dans notre société. elle fait aussi ressortir combien la société de consommation avec le soutien des media nous encourage d'une part à manger plus que nécessaire, à boire, à nous occuper exclusivement de nous-mêmes et d'autre part nous pousse à surveiller notre poids, à maigrir, à suivre un régime, autre extrême.

    Cette même modération marque chaque aspect de la vie dans la communauté. Si l'abbé doit reprendre ses moines, la Règle lui recommande de le faire avec prudence et amour « de peur qu'en enlevant la rouille avec trop de zèle il en brise le vase », et elle lui rappelle qu'on peut tuer les brebis en les surmenant et briser les vases en les frottant avec trop d'énergie. Saint Grégoire en qualifiant la Règle de « remarquable par sa discrétion » pensait sans aucun doute à cette sage adaptation des moyens aux buts recherchés, si bien qu'en gardant un idéal très élevé elle montre aussi une patience pleine de tendresse et même d'humour pour la faiblesse humaine.

    Quand vous vous rassemblez pour la prière, dit saint Benoît à ses moines et que vous commencez par le Gloria, il faut le prier très lentement à cause des retardataires ; bien qu'il y ait une sanction pour les retards, essayez de donner à chacun une chance d'y échapper. 

    Voilà la modération qui tient compte de la fragilité humaine d'une manière touchante. Elle se résume dans cette phrase célèbre : l'abbé doit « tempérer toutes choses en sorte que les forts désirent aller de l'avant, et que les faibles ne soient pas tentés de se dérober » (RB 64,19), un niveau d'exigence qui ne découragera pas les faibles mais sera néanmoins stimulant pour les forts.

    Le climat bénédictin n'attire pas et ne développe pas un type particulier de sainteté ; il n'encourage pas le martyr ou le prophète, ou toute forme d'extrémisme. Dom Columba Cary-Elwes raconte l'histoire d'un moine de son monastère qui était convaincu qu'il ne menait pas une vie assez austère et les quitta pour une autre communauté où la vie était extérieurement beaucoup plus rude : les moines se levaient plus tôt et se nourrissaient de façon plus frugale, le travail manuel était plus fatigant et le silence plus complet. On le perdit de vue, mais il reparut quelques mois plus tard convaincu que ces austérités n'étaient pas faites pour lui. Elles ne le rapprochaient pas de Dieu, mais l'épuisaient tellement qu'il ne s'intéressait plus à rien, encore moins à Dieu. Il revint en paix et la communauté tira la leçon de cette expérience.

    On n'exige pas de la communauté bénédictine dans son ensemble ni de ses membres pris séparément qu'ils travaillent fébrilement, brûlés par une énergie frénétique qui nuit à la santé et aux forces, ce qu'on appelle le phénomène d'usure qui est le résultat d'un travail trop dur sans rythme ni détente. Ce n'est pas une vertu bénédictine. Il faut plutôt se contenter du familier, de l'ordinaire, du monotone, Dom Rembert Weakland a récemment fait remarquer que les bénédictins pourraient parfois être tentés de minimiser combien leur vie est moyenne, équilibrée, normale, en ajoutant un peu de déséquilibre, en essayant de la faire paraître un peu plus héroïque et ainsi plus attirante pour les jeunes. Pourtant c'est précisément là sa force : être témoin de la normalité. Mais assimiler ce mode de vie normal et modéré à une voie moyenne facile qui ne laisserait pas de place à la richesse et à la diversité, étendant seulement une grisaille identique et sans risques sur nous et ce qui nous entoure, c'est déformer l'intention de la Règle. Elle insiste sur l'acceptation de chaque élément de la personne, chaque membre de la communauté, chaque occupation de la journée comme ayant une valeur et un sens en eux-mêmes, sans encourager l'extrémisme, la compétition, l'hyperactivité. Cela relie les parties en un tout harmonieux. Nous sommes ramenés une fois de plus à l'idée bénédictine d'équilibre. On peut le voir tout particulièrement dans l'organisation de l'activité quotidienne, le rythme alternant qui tient ensemble les principaux éléments de la journée monastique. Le moine passe de la prière à l'étude ou au travail  manuel, allant tour à tour de l'oratoire à la bibliothèque, la cuisine ou la ferme. La Règle impose des arrêts tandis qu'une activité succède à l'autre.  


  Quand cela m'arrive, je me borne à penser que ma vie est sous le signe des interruptions et je grogne et l'accepte de mauvaise grâce. Je me sens désorganisée et perdue, déchirée entre ma famille, mon travail et mon temps de loisir, et les exigences de la communauté locale, les organisations auxquelles j'appartiens, épuisée par les déplacements et la précipitation, par le fait de passer d'une chose à une autre. Puis-je, dans la perspective de la Règle, essayer de reconnaître que chacun de ces éléments joue un rôle positif dans ma vie ? que chacun est bon ? qu'avec un tout petit peu de place, d'attention et par-dessus tout une disponibilité totale aux exigences du moment, celles-ci pourraient me nourrir au lieu de m'épuiser ? Il serait tout à fait ridicule de prétendre que cela pourrait être comparable à la vie simple que saint Benoît décrit. Mais je peux tout de même tirer une leçon de cette approche et de son insistance sur le rôle essentiel que peut jouer une tension maintenue dans une activité diversifiée dans une vie signifiante et créatrice.

  Car nous avons besoin de nous rappeler ce fait fondamental et très modeste que nous sommes des créatures soumises à un rythme et que la vie nécessite ce rythme et cet équilibre pour être bonne et régulière et ne pas nous priver en nous épuisant de la précieuse possibilité d'être ou de devenir pleinement nous-même. A moins de prendre cela au sérieux nous allons réduire ce qui en nous est vraiment là et disponible. Nous vivrons de moins en moins avec nous-mêmes. Dans la vie monastique bien sûr, le cadre, les bâtiments et leurs relations reflètent et encouragent à la fois les liens entre les activités. Un bénédictin contemporain fait cette remarque, voyant la vie au monastère comme un vêtement sans coutures, trouvant une analogie dans les bâtiments eux-mêmes, groupés autour des cloîtres qui deviennent une sorte de fil central reliant sur un pied d'égalité l'oratoire et le réfectoire, la bibliothèque, et de dortoir, et le chapitre, indiquant ainsi la continuité entre la prière et l'étude, les repas, et le travail, et le sommeil. La prière et l'oratoire reçoivent évidemment une ceraine priorité car, comme dit la Règle, rien ne doit être préféré à l'opus Dei. Mais ils ne sont pas mis à part comme intrinsèquement différents. Car le concept de la journée monastique telle que l'expose la Règle ne repose pas sur une alternance d'événements supérieurs et inférieurs mais sur un rythme continu d'événements ayant même valeur. Il n'y a pas de différenciation entre les choses qui ont de l'importance et celles qui n'en ont pas. Au lieu de cela toutes les activités sont vues comme ayant un sens et autant que possible tous y prennent part. La relation du divin à l'humain est fondamentale dans la pensée qui sous-tend la Règle. Pour saint Benoît c'était une réalité pratique enracinée dans l'Incarnation. Il peut donc dire au cellérier que l'humble matériel dont il se sert mérite le même respect que les vases sacrés de l'autel. Il faut reprendre celui qui traite les biens du monastère avec négligence ou inattention, puisque toutes les possessions doivent être traitées comme si elles étaient sacrées. Il n'y a aucune zone de la vie qui ne soit pas touchée par Dieu. Car Dieu est présent et atteignable à tout instant et  dans toute activité.

  Alors que ce cadre physique des bâtiments monastiques n'est pas accessible à la plupart d'entre nous, l'attention qu'il attire symboliquement sur la relation entre les différentes parties de nos vies reste d'une importance vitale et il faut nous en souvenir, peut-être dans une maison minuscule ou un studio, nous sommes obligés d'avoir des espaces distincts dans lesquels nous faisons la cuisine, prenons nos repas, dormons. Ne pouvons-nous pas étendre ce principe, prenant au sérieux ce qui se fait couramment en Orient, et garder un espace, si petit soit-il, qui peut marquer le fait que tous les domaines de notre vie gardent une place pour le Christ. Simplement y placer une icône, une image, une bougie, un texte enluminé, peut affirmer que le Christ sollicite une place parmi les différents espaces de notre journée.

  Car les divers éléments de la vie chrétienne deviennent bien trop facilement isolés et se développent donc isolément - prière commune, prière privée, travail quotidien, silence, étude, temps libre et tout le reste. L'idéal de l'équilibre bénédictin n'est pas une fin en lui-même. Il est un moyen d'unification totale, la transformation de l'être tout entier afin qu'une expérience plus complète de Dieu devienne possible. Et tandis que cette expérience s'achèvera à la fin du voyage quand nous entrerons dans la plénitude de la joie de Pâques, la réalité est aussi que Dieu est présent et accessible ici et maintenant, à cet instant, dans cette activité. Il n'y a pas de dualisme du sacré d'un côté et du séculier de l'autre. Chacun des éléments qui nous constituent et toute la vie qui en découle est digne de respect, a son rôle à jouer, conduit à Dieu. Cela devient une grande affirmation. L'unité de la personne et l'équilibre de la vie quotidienne qui en jaillit est une dimension cruciale de la vision bénédictine, de l'équilibre et de la modération qui étayent la Règle.

  Je pense cependant que nous devrions réaliser après cette réflexion sur la modération et l'équilibre de la vie bénédictine que ce n'est pas une voie médiane facile. Cela ne veut pas dire éviter les risques, ce n'est pas une recette de médiocrité. Au contraire, c'est extrêmement exigeant. L'équilibre bénédictin ne signifie pas le compromis, mais plutôt le maintien ensemble en un centre des valeurs fondamentales dont nous devons accepter l'importance. Ce que la vie bénédictine peut  nous montrer, c'est la possibilité de garder un équilibre au milieu de la polarité. Le moine vit constamment au point de tension entre la stabilité et le changement ; entre la tradition et l'avenir ; entre la personne et la communauté ; entre l'obéissance et l'initiative ; entre le désert et la place publique ; entre l'action et la contemplation. En fait, ce n'est rien de plus que le paradoxe de la vie chrétienne. C'est quelque chose que la Bible connaît et que la Règle exprime comme faisant partie de sa dépendance à l'égard de la Bible. Nous découvrons que les choses ne sont pas comme nous le pensons. Quand saint Benoît montrait à ses moines comment monter à l'échelle vers Dieu, c'était en même temps une descente dans l'humilité et l'abandon. Nous trouvons le même paradoxe dans les Évangiles et les Psaumes, que dans les ténèbres nous voyons la lumière, dans la mort nous trouvons la vie, nous sommes comblés en nous vidant de nous-même, que nous sommes le plus heureux non pas quand nous recevons mais quand nous donnons. Ce qui aurait pu être déchirement, division et éparpillement peut devenir un moyen d'établir l'unité et l'équilibre. 

 

 

 QUESTIONNAIRE 

 SUR LE CHAPITRE (6) 

  L'ÉQUILIBRE 


 

 

(1) La vie bénédictine offre un équilibre lequel doit tenir compte de deux oppositions à concilier.


  Donner le terme opposé des mots suivants. Exemple: jeunesse/vieillesse.


    Divin

    Solitude

    Tradition

    Liberté

    Obéissance

    Stabilité

    Action

    Temporel

    Faiblesse

    Intimité

    Effort

    Sacré

    Accueil

    Matériel

    Jeune

(2) Cet équilibre est-il facile à trouver et surtout à appliquer ?

(3) Composer une prière pour demander l'équilibre.


 

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  • : Définir l'oblature bénédictine. celle-ci désigne le regroupement d'un groupe d'oblats et oblates à un monastère particulier. C'est ainsi que l'on parle de l'oblature de Saint-Benoît-du-Lac.
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