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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 02:31

 

Conf-rences-aux-Oblats--rouge-et-Bleu-.j

   

  Commentaire du prologue

de la règle de saint Benoît

Juin 2010  

 

«Écoute, mon fils, les préceptes du maître / et prête l’oreille de ton coeur./ Reçois volontiers l’enseignement d’un si bon père / et mets-le en pratique.»

 

Les quatre attitudes décrites ici résument l’ensemble du parcours spirituel que l’on retrouvera tout au long de la règle.

 

En effet, l’enseignement ne doit pas seulement toucher nos oreilles, mais le coeur devra s’ouvrir à cette parole pour qu'elle puisse prendre racine. Avant sa mise en pratique, la parole doit être accueillie si on veut qu'elle porte fruit.

 

Cette écoute, dès les premiers mots de sa règle, saint Benoît la veut aussi au début de chaque jour en faisant chanter le psaume 94 : «Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre coeur comme au désert.» Dans le schéma que

nous utilisons, le samedi, nous avons comme invitatoire le psaume 80. L’écoute est encore un thème majeur. «Écoute, je t’adjure, ô mon peuple; vas-tu m’écouter, Israël? ... «Ah! Si mon peuple m’écoutait, Israël, s’il allait sur mes chemins! »

(9.14) Dans le Livre des Proverbes, à plusieurs reprises on trouve l’invitation d’un père à son fils.« Écoute, mon fils, l’instruction de ton père.» (1,8) «Mon fils, n’oublie pas mon enseignement, et que ton coeur garde mes préceptes. (3,1) «Écoute, mon fils, accueille mes paroles.» (4,10) «Mon fils, sois attentif à mes paroles, à mes discours, prête l’oreille.» (4,20)

 

Ce cheminement ressemble à la parabole du grain que sème le semeur. On peut refuser d’écouter la parole soit en se fermant volontairement, soit par indolence. Le coeur peut être aussi trop occupé ailleurs par des bruits extérieurs. Dieu, en effet, ne s’impose pas à nous, mais il s’expose comme tout ce qui existe dans la nature. Comme l’écrit si bien le psalmiste: «Les cieux racontent la gloire de Dieu.»  (Ps 18,1) Il reste plus difficile d’entendre Dieu dans le bruit de notre civilisation où tout grouille sur la terre, dans les airs et même sous terre! Le silence intérieur, n’est-ce pas celui de notre sanctuaire intime, celui où le bruit est saisi par les oreilles mais qu’il ne peut pas toucher. Est-ce le sens que saint Benoît veut dire quand il écrit de prêter l’oreille de son coeur? Dieu peut se faire entendre de bien des manières. Il a façonné l’homme, il sait de quoi nous sommes pétri. Il peut nous toucher par des moyens que nous n’utilisons pas entre nous car il a bien des trucs dans son sac. Il peut nous rejoindre dans la peine, l’épreuve, la maladie, la joie comme dans le calme plat. Encore faut-il écouter avec l’oreille de son coeur les signes envoyés d’en haut. Il est possible de devenir insensible pour ne plus écouter, ou pour s’évader. Il reste possible de trop s’attacher à la manière que Dieu parle mais pas assez à son message.

 

Même si elle est vraiment écoutée la parole doit descendre et prendre racine en nous. Comme dans la parabole du semeur citée plus haut, les passions de la chair, le souci des richesses risquent d’étouffer cette semence. En outre, en plus d’être écouté il faut franchir une autre étape: accueillir la Parole. Que de résistances peuvent s’opposer à la croissance d’une semence. Celui qui éprouve la crainte de laisser enfouir la parole, faute de profondeur, en vient à la faire mourir.

 

La parole ressemble à la lumière. Comme elle, elle rend les choses présentes. La parole n’ajoute rien à l’existence des choses mais elle les fait comprendre. Elle est comme la lumière discrète et insaisissable. Elle n’encombre pas mais elle révèle tout.

 

Si la parole a réussi à déjouer tous ces pièges, elle a besoin que la terre soit travaillée autour d’elle pour que l’eau et le soleil fasse mieux leur oeuvre. Saint Benoît résume cette démarche par l’expression:  «Mets-la en pratique.» Bien des personnes savent exactement ce qu’il faut faire, mais ne se rendent pas à la dernière étape: l’accomplissement.

 

Comment se produit cet accomplissement? Par l’obéissance qui se présente comme le chemin du retour à Dieu. D’où vient ce thème? De la Genèse. Par la désobéissance, Adam s’est éloigné de Dieu. Le retour se fera par l’obéissance, selon ce que constate saint Paul: «Comme par la désobéissance d’un seul homme la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l’obéissance d’un seul (sous entendu le Christ) la multitude sera-t-elle constituée juste.» (Rm 5,19)

  

Si Dieu exige notre obéissance c’est qu’il a un plan à accomplir, un univers nouveau à construire. Il exige notre collaboration, notre adhésion par la foi. Foi et obéisance se compètent comme son signe et son fruit. Si Adam désobéit, c’est, qu’oubliant la Parole de Dieu, il a écouté la voix de sa femme Ève et celle-ci, la voix du serpent. (Gn 3, 4 ss) Adam et Ève ont préféré leur lumière à celle de Dieu. Ils ont cru tout voir, tout comprendre, mais ils ont tout perdu, hélas!

 

Ici il faudra prendre le mot obéissance au sens le plus large, non restreint à une soumission à des ordres précis d’un supérieur, ce à quoi on pense spontanément. Obéissance avant tout à notre nature humaine telle que voulue par Dieu. Celui qui agit ainsi manifeste du respect pour le Créateur, envers lui et les autres. Soumission à des limitations ce qui est sagesse. Nous ne pouvons pas nous jeter d’une hauteur en croyant que nous allons pouvoir voler comme un oiseau. Jésus a été tenté après son jeûne au désert: «si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas» (Luc 4,9). Pour vivre en société, l'homme doit vivre des contraintes - si je puis utiliser ce mot - pour fonctionner dans le respect des autres. Sur la route, il doit se soumettre au code concernant la vitesse, les feux de circulation. Sans cela c'est l'anarchie, le règne de l'individualisme.  Je dois me laisser mesurer et non devenir la mesure, ce qui se nomme jouer à Dieu.

  

L’utilisation de l’expression: «l’oreille de ton coeur» peut signifier, selon moi, obéir par amour pas seulement par peur ou contrainte d’une amende ou punition. Quand je vis dans une société, je me plie à ses lois et coutumes. Si je vais ailleurs, je me plie à d’autres lois qui ne sont pas nécessairement celles de mon milieu. Par exemple: si vous conduisez une voiture en Angleterre, vous aurez à rouler à gauche. Qui a raison? Nous ou eux. Ni l’un ni l’autre mais chacun dans son pays a raison s’il se plie à ce jeux.

 

Pour tous les hommes, il y a des actions objec-tivement mauvaises comme tuer, voler, frauder, mentir, tandis que d’autres viennent simplement de décisions légales. Par exemple: défense de chasser hors des temps permis. L’obéissance, comme vous le constatez, s’étend à beaucoup de domaines. Même ceux qui soutiennent ne pas obéir, se plient malgré tout aux impératifs de leur corps: manger, boire et dormir.

 

L’expression le labeur de l’obéissance ou le travail de l’obéissance exprime une valeur plus restreinte, celle de renoncer à sa volonté propre. L’expression «volonté propre» se rattache davantage au voca-bulaire monastique. Pour combattre cette volonté propre, il faut «prendre les fortes et nobles armes de l’obéissance, afin de combattre pour le Seigneur

Christ, notre roi véritable.» En entendant cette manière de s’exprimer vous pensez tout de suite à la vie militaire, moins à la vie monastique. Au chapitre premier, saint Benoît en parlant des ermites s’expri-mera encore avec des termes militaires: «Bien exercés, ils passent de cette armée fraternelle au combat solitaire du désert; et, sûrs désormais d’eux-mêmes, sans le secours d’autrui, ils peuvent soutenir, Dieu aidant, avec leur seule main et leur seul bras, la guerre contre les vices de la chair et des pensées» (ch. 1, 4-5). Encore au chapitre premier, la condition des moines gyrovagues est pire que celle des sarabaïtes. Pourquoi ? «Parce qu’ils sont toujours en route, jamais stables, esclaves de leur volonté propre et des plaisirs de la bouche» (ch. 1,11). Parmi les recommandations du chapitre quatrième, au soixantième instrument des bonnes oeuvres, on lit: «Haïr sa volonté propre.» Vous ne serez pas surpris de rencontrer le renoncement à sa volonté propre au chapitre de l’obéissance: «Le moine obéissant renonce aussitôt à sa volonté propre.» (ch. 5, 7) Au chapitre septième sur l’humilité, au premier degré, saint Benoît énonce une série de fautes à éviter: «Se garder à toute heure des péchés et des vices, des pensées, de la langue, des mains, des pieds et de la volonté propre.» (ch. 7,12) L’auteur développe cette énumération au verset 19 en com-mentant ainsi: «Quant à notre volonté propre, il nous est défendu de la faire par ces termes de l’Écriture: «Renonce à tes volontés», et, de plus, nous demandons à Dieu dans l’oraison dominicale que sa volonté se fasse en nous.» Au deuxième degré : «Ne pas aimer sa volonté propre, ne pas se complaire dans l’accomplissement de ses désirs, mais bien plutôt imiter dans sa conduite cette parole du Seigneur: «Je ne suis pas venu faire ma volonté mais celle

de celui qui m’a envoyé.» (Jn 6,38) (ch. 7, 31) En citant saint Jean, l’auteur apporte ici une appro-bation scripturaire: l’exemple du Seigneur.

 

Un dernier chapitre parle encore de l’obéissance: le soixante et onzième qui a pour titre: «Que les frères s’obéissent mutuellement.» Je vous cite le début: «Ce n’est pas seulement à l’abbé que tous les frères doivent rendre le bien de l’obéissance; il faut encore qu’ils s’obéissent les uns aux autres. Ils sauront que c’est par cette voie de l’obéissance qu’ils iront à Dieu.» Constatons que l’obéissance ne restera pas le but de la vie chrétienne ou monastique, mais un chemin, un moyen. Pourquoi? Parce que la volonté propre referme sur soi et elle devient comme une mesure. Les commandements doivent me mesurer et je ne dois pas devenir la mesure de mes actes.

 

Dans la première section du prologue, le rédacteur, après avoir parlé de l’obéissance comme un combat, passe à la prière. «Avant tout, demande-lui par une très instante prière qu’il mène à bonne fin tout bien que tu entreprennes; ainsi, après avoir daigné nous admettre au nombre de ses enfants, il n’aura pas sujet, un jour, de s’affliger de notre mauvaise conduite.» (4-5) Une remarque de style: l’auteur passe souvent du «nous» au «tu». Une formule dans la même style revient à la fin du prologue aux versets 46-48.

 

Je vous ai dit plus haut que saint Benoît présentait la vie monastique avec des expressions militaires. Déjà saint Paul avait présenté la vie en Christ comme un combat. Voici comment il s’exprime dans la lettre aux Éphésiens: «Revêtez l’équipement de Dieu pour le combat, afin de pouvoir tenir contre les manoeuvres du démon.... Pour cela prenez l’équipement de Dieu pour le combat... Tenez donc, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui nous permette d’arrêter toutes les flèches enflammées du mauvais. Prenez le casque du salut et l’épée de l’Esprit, c’est-à-dire, la Parole de Dieu. En toute circonstance, que l’Esprit vous donne de prier et supplier.Restez éveillés afin de per-sévérer dans la prière pour les fidèles.» (6,10-18). 

 

Vous avez constaté que l’apôtre Paul lui aussi après la description des armes du chrétien, fait appel à la prière et à la supplication. Ceci a peut-être influencé saint Benoît. Plus loin, dans la prologue, il passera cette recommandation: «Ceignons donc nos reins de la foi et de la pratique des bonnes oeuvres» (21) comme dans la lettre aux Éphésiens.

 

Avant de partir au combat, avant d’obéir, une condition est indispensable et il ne faut pas l’oublier: bien écouter ce qui est demandé. Avant d’accomplir un travail demandé, celui qui n’a pas bien écouté commettra des erreurs de deux manières: il en fera trop ou pas assez. Dans l’évangile, Jésus présente son disciple de cette manière. «Pourquoi m’appelez-vous en disant: Seigneur! Seigneur! et vous ne faites pas ce que je dis. Tout homme qui vient à moi, qui écoute mes paroles et qui les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble. Il ressemble à un homme qui bâtit sa maison. Il a creusé très profond, et il a posé les fondations sur le roc.»  (Lc 6,47-48)

 

Le verset 9 du prologue: «Ayons les oreilles attentives» se présente comme un prolongement du verset premier: «Prête l’oreille de ton coeur.» Au verset 12, il est encore question des oreilles: «Qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises. Et que dit-il? Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur.» Au verset 24: «Après cette demande, mes frères, écoutons la réponse du Seigneur.» À une question, une réponse. «Pour achever, le Seigneur

attend de nous que nous répondions chaque jour par nos oeuvres à ses saintes leçons.» (35)

 

On identifie souvent la vie spirituelle à la recherche de Dieu, le retour vers Dieu comme nous l’avons constaté pour l’obéissance: retourner à lui par le labeur de l’obéissance. Au verset 14, nous rencontrons le contraire: «Le Seigneur qui

cherche son ouvrier dans la foule du peuple» comme si Dieu avait besoin de nous. En écoutant ce verset vous avez eu tout de suite à l’esprit la parabole des ouvriers envoyés à la vigne. Le propriétaire d’une vigne sort pour embaucher des

ouvriers à différents moments de la journée. À la fin de la journée, tous reçoivent le même salaire tel que convenu au moment de l’embauche. Le propriétaire ne force aucun ouvrier mais il invite seulement. (Mt 20,1-16)

 

Pour notre propos, le maître de la vigne, le Seigneur, s’adresse à la foule, à tous. Cependant pour inviter un ouvrier, il crie. Pourquoi crier? Pour être bien assuré que son message sera entendu. Crier signifie plus que dire, ou parler. Pourquoi

crier? Parce que l’auditeur peut endurcir l’oreille de son coeur à la voix de Dieu. En effet le même verbe crier revient quelques versets auparavant: «Ayons les oreilles attentives à la voix de Dieu qui nous crie chaque jour: Aujourd’hui, si  vous entendez sa voix n’endurcissez pas vos coeurs, et ailleurs: «Qui a des oreilles qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises. Et que dit-il? Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur.» (Ap 2,7) Dieu appelle toujours mais rares sont ceux qui tendent vraiment l’oreille.

 

Dans un dialogue basé sur des citations d’Écriture, saint Benoît invite au dépassement et ceci dans le but de voir  des jours heureux. «Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, interdis le mal à ta langue et à tes lèvres toute parole trompeuse;

détourne-toi du mal et fais le bien; cherche la paix avec ardeur et persévérance.» Dans cette phrase nous avons le grand principe de la morale: Éviter le mal et faire le bien.

 

Le Seigneur crie à deux reprises et finalement l’auteur fait cette constatation: «Quoi de plus doux, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite?» Cette invitation même si elle semble criarde garde de la douceur, si ce n’est

pas dans le ton du moins dans la manière de faire l’invitation. C’est ce que l’on constate ensuite: «Le Seigneur lui-même, dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie.» (19) Le mot chemin revient souvent dans le prologue et dans la règle. Il est important de se demander pourquoi. On emprunte un chemin pour aller à un endroit. Saint Benoît semble dire: Ne cherchez pas le chemin pour lui-même mais pour conduire à un but. Quel serait-il ce but alors que le chemin serait un moyen? «Éviter le mal et faire le bien» se présente comme un moyen pour aboutir à un lieu plus vaste que le chemin: la vie éternelle. Cette vérité devient plus évidente si nous voyons les versets suivants. «Sous la conduite de l’Évangile, avançons  dans ses chemins, afin de mériter de voir celui qui nous a appelés dans son royaume.» (21) Il ne faut pas se perdre en route ou bien rechercher le chemin pour lui-même. «Il faut combattre pour le Seigneur Christ, notre véritable Roi» (3) si on veut arriver au royaume. L’auteur décrit la manière d’avancer vers ce royaume. Sans armes défensives et offensives, le démon peut nous entraîner hors du chemin du salut. Il parle d’avancer alors que par trois fois, il indique comment avancer: en courant. «On habite dans la demeure du royaume si on court par les bonnes oeuvres.» (22) Le début de la course commence au verset treizième: «Courez pendant que vous avez la lumière de la vie.» Saint Benoît a changé le texte de saint Jean qui a «marchez». Plus la fin du prologue approche, plus l’auteur parle de la course. Au verset 44: «Courons et faisons, dès ce moment, ce qui nous profitera pour toute l’éternité.» Le sprint final arrive au verset 49: «À mesure que l’on progresse dans la vie religieuse et la dans la foi, le coeur se dilate, et l’on court dans la voie des commandements de Dieu.» N’ayez pas peur; cette course se passe intérieurement. Saint Benoît veut seulement nous inviter à ne pas nous traîner les pieds dans les choses de Dieu.

 

Dans la vie courante, la course ne semble pas de mise dans le monastère. Vous avez déjà lu le début du chapitre 43  qui commence ainsi: «À l’heure de l’office divin, aussitôt le signal entendu, on quittera tout ce qu’on a dans les mains et on se hâtera de courir, avec gravité néanmoins. » Dans la hâte il ne faut pas devenir ridicule. Comme l’écrivait Boileau dans son art poétique: «Hâtez-vous lentement...»Quand on veut être à l’heure rien ne sert de courir, il faut partir en temps, nous rappelait Lafontaine dans la fable du «Lièvre et de la tortue». Une règle monastique ou une loi civile a pour but de conduire à une meilleure vie ensemble. On ne promulgue pas des lois pour le plaisir mais comme des moyens pour que la vie en société soit plus agréable. Parfois une loi aide à  aller plus loin; parfois elle ne conduit à rien. Ceci veut dire qu’il y a des lois positives et des lois négatives.

 

Dans la course, saint Benoît propose des pistes où courir: la foi, les bonnes oeuvres, les comman-dements. Pour mieux courir dans les bonnes oeuvres, il fait une proposition: «Ceignons nos reins de la foi et de la pratique des bonnes oeuvres.» La foi et les bonnes oeuvres deviennent comme une ceinture qui retient le vêtement pour mieux courir.

 

 Courir dans la foi signifie, je pense, mettre une motivation surnaturelle dans ce qui nous arrive comme aussi dans ce qui dépend de nous. Car dans la vie nous subissons des événements, des situations qui nous dépassent ou que nous ne pouvons pas contrôler. Je cite comme exemple la maladie ou la mort d’une personne chère. Dans de pareils situations, on peut avancer dans la foi si on se soumet non pas avec une froideur stoïcienne mais en acceptant que Dieu qui conduit tout, veut notre bien et celui du monde. On ne peut bien comprendre cela qu'avec la foi..

 

 Des situations dépendent de notre volonté. Quand un moine fait profession, il répond aux questions du P. Abbé, en disant: «Oui, je le veux.» Ce sont des actes de foi. Quand je fais une génuflexion devant le SS. Sacrement, je fais encore un acte de foi. En posant des actes de foi, on peut se traîner les pieds, on peut hésiter. Quand je choisis d’aller à la messe le dimanche au lieu de rester couché prétextant la fatigue, je fais un acte de foi; je cours alors sur le chemin de la foi.

 

 Dans la vie spirituelle, il faut distinguer la route, un moyen et l’endroit où conduit la route, une fin. Saint Benoît manifeste bien ce double point de vue quand il écrit: «Seigneur, qui habitera dans ta demeure? Qui reposera sur ta montagne sainte?» en citant le psaume quatorze, verset premier. Puis «Après cette demande, écoutons la réponse du Seigneur; il nous montre la route de cette demeure en disant » (23-24) Il cite encore le psaume 14. Je passe par dessus deux versets du psaume pour que saint Benoît devienne plus personnel. «C’est celui qui rejette loin des regards de son coeur, l’esprit malin qui le tente...» L’expression: «les regards de son coeur» rejoint bien l’image qui ouvre le prologue: l’oreille du coeur.Comme le mot coeur revient souvent dans la prologue et dans la règle (31 fois) il serait bon de chercher quel sens lui donner. Constatons que pour saint Benoît le coeur serait le lieu de la rencontre avec Dieu. Avant d’être le lieu de la connaissance intellectuelle, le coeur serait le lieu de la connaissance expérimentale.

 

 Pour ceux qui habiteront dans la demeure du tabernacle, l’auteur donne une série de conditions. 1) C’est celui qui marche (pas la course!) sans tache et accomplit la justice. La justice signifie ici la perfection car nous sommes en présence d’une citation du psaume 14. 2) Celui qui dit la vérité du fond du coeur (encore le mot coeur). 3) Celui qui rejette loin des regards de son coeur l’esprit malin qui le tente. 4) Ce sont ceux qui ne s’enorgueil-lissent pas de leur bonne observance.Suit un développement sur l’humilité. Celui qui écoute mes paroles et les accomplit. (Mt 7,24-25) 5) Une réponse par nos oeuvres à ses saintes leçons. Au verset 39, l’auteur revient sur la demande faite au verset 23 sous forme de souhait.

 

 Des versets 40 à 44, la pensée de l’auteur se porte sur les fins dernières. Comme je l’ai noté plus haut, la notion de combat revient encore dans l’obéissance. Ce combat se passe dans tout l’être: le coeur et le corps. Un résumé de notre nature humaine: l’intérieur et l’extérieur. C’est pourquoi au verset suivant, une autre dimension est annoncée: l’aide de la grâce par la prière.

 

Par notre propre force nous ne pouvons pas obtenir notre salut. Sous cette affirmation l’auteur ne tombe pas dans le pélagianisme ou le semi-pélagianisme. Cette erreur soutenue par Pélage, un prêtre d’Alexandrie, affirmait que l’homme

pouvait parvenir à la vie éternelle par ses propres forces. À côté de cela il faut collaborer en courant et en faisant ce qui nous profitera pour toute l’éternité. Si on peut faire son salut soi-même on n’a plus besoin de l’Incarnation. On rencontre encore de semblables propositions quand des fidèles mettent Dieu de côté comme s’ils étaient capables d’accomplir leur salut par eux-mêmes.

 

Mais que lit-on au verset suivant? «Nous voulons fonder une école où l’on serve le Seigneur. On a constaté plus haut que deux vertus, l’humilité et l’obéissance seront comme les deux fondations sur lesquelles s’appuieront tout l’édifice

spirituel bénédictin.

 

La conclusion du prologue mérite une attention particulière car elle comporte des points qui justifient ce sur quoi va reposer les fondements de la règle. Dans l’organisation de cette institution, c’est-à-dire l’école du service du Seigneur,

«rien de rude, rien de pesant,» souhaite l’auteur. Mais il constate qu’il peut y avoir un peu de rigueur car cela est juste pour corriger les vices et sauvegarder la charité. En effet plus on corrige ses vices, plus on pratique la vertu et plus aussi la charité augmente. Quand on a un vice, on produit des actions mauvaises. Quand on possède la charité, on produit des bonnes actions, des bonnes oeuvres ce qui sera le sujet du chapitre 4. C’est ce que décrivait encore le verset 35: «Le Seigneur attend que nous répondions chaque jour par nos oeuvres».

 

Ce programme peut emballer comme aussi il peut engendrer la crainte, la peur. Vous savez que la peur paralyse et elle empêche le travail sur soi en collaborant avec la grâce. La peur de l’effort met de côté ce qui est exigé pour habiter dans le tabernacle, dans la demeure. L’auteur constate que les débuts dans la voie du salut sont toujours difficiles. Il décrit un principe qui peut s’appliquer à tout chrétien qui aspire à une vie spirituelle. Pourquoi? Parce que c’est un travail. «Le labeur de l’obéissance» a-t-on déjà constaté au verset 2. Mais le progrès dans la foi et la conversion assouplit la raideur, la difficulté des débuts du travail sur soi.

 

Qu’arrive-t-il alors ? Le coeur de dilate, il s’élargit. Encore une fois, la course et ici l’endroit de la course est précis; la voie des commandements de Dieu comme nous l’avons vu au verset 40. Cette course se fait dans la douceur ineffable de l’amour. Vous avez constaté le passage de la crainte à l’amour.

 

Avant de terminer je vous cite un autre passage de la règle, la conclusion du chapitre 7. «Après avoir gravi tous ces degrés d’humilité, le moine parviendra bientôt à cet amour de Dieu, qui, devenu parfait, bannit la crainte. Grâce à cet

amour, il accomplira sans peine, comme naturel-lement et par habitude, ce qu’auparavant il n’observait qu’avec frayeur. Il n’agira plus sous la menace de l’enfer, mais par amour du Christ, par l’accoutumance même du bien et par l’attrait des

vertus. (67-69) Vous constatez la même doctrine.

 

 

Que tirer comme doctrine spirituelle

du Prologue ?

 

 

Quand on veut surévaluer la règle de saint Benoît, on ne se gêne pas pour citer le prologue. C’est vrai car il est la partie la plus intéressante de l’héritage bénédictin. Cependant il ne faudrait pas oublier d’autres chapitres comme les 4e,5e,6e et 7e et les derniers chapitres, 71-73.

 

Pourquoi insister sur la richesse du prologue? Constatons qu’il est très différent des chapitres de la règle. Il a un genre littéraire propre. Il a le style d’une exhortation ou d’une invitation, alors que la majorité des chapitres s’attarde à décrire des pratiques de la vie communautaire. On cons-tate que le prologue est plus chaleureux dans le ton et présente une allocution adressée à un individu. 

 

Vous avez constaté le ton de confidence, de tendresse et de gravité qu’un père adresse à un fils ou à celui qui désire le devenir. Dans quel but? Il veut lui partager une manière de chercher Dieu, un art de retourner vers lui. Il lui propose encore un itinéraire spirituel qui n’est rien moins qu’une conversation continue avec le Seigneur. Ce qui frappe en premier c’est cette invitation sous la forme d’un dialogue filial avec Dieu. L’organisaion de la matière met bien en évidence

cette relation.

   

Nous avons vu l’importance de l’écoute. Elle devra se poursuivre tout au long du cheminement spirituel de celui qui accepte de suivre le Verbe de Dieu, la Parole vivante. Quand Dieu s’est adressé à Israël son peuple, que lui a-t-il dit :-«Écoute, Israël, les décrets et les règles que j’énonce à vos oreilles aujourd’hui…» (Dt 5,1) Le disciple de saint Benoît,

comme les fils d’Israël, doit renouveler personnel-lement l’Exode et ses étapes pour entrer dans le royaume de la liberté de Dieu : la vie éternelle. La vie est un pèlerinage et la règle un itinéraire. Sur ce chemin de la vie, Dieu est proche. Il cherche lui-même dans la foule des ouvriers : Qui veut la vie ?

 

Confier un secret requiert de la disponibilité de la part de celui qui va le recevoir. Bien plus, cela suppose le bon vouloir empressé et joyeux de l’oreille du coeur, autrement dit une attitude d’écoute de toute la personne, de tout l’être

profond jusqu’au centre de sa liberté, jusqu’au lieu capable de vibrer en lui. C’est le sens biblique de «coeur».

 

Mais écouter veut dire aussi «obéir». Saint Benoît, en effet, dès le départ de l’expérience qu’il propose, souligne le labeur de l’obéissance. À mettre en pratique efficacement : «Fais cela et tu vivras» (Lc 10,28). Il ne s’agit pas d’offrir une attitude indifférente et passive dès que le choix est fait, mais de pratiquer les bonnes oeuvres, de courir dans la voie des commandements pour avoir part au Royaume. Voie de la vie éternelle : toute la science théologique ne sert de rien si la conduite de l’existence quotidienne n’est pas animée par l’amour effectif de Dieu et des autres. Voie ardue à laquelle on ne peut accéder que par une entrée étroite. Saint Benoît y consacrera même un chapitre entier (ch. 5). Pour lui, renoncer à sa volonté propre, plier une volonté naturellement rétive et révoltée à la suite du péché, ne sont pas une contrainte mais un chemin, celui d’une intimité avec Dieu : habiter dans le tabernacle. L’obéissance n’a pas de sens sans l’amour. Celui-ci

est premier de la part de Dieu : dans sa bonté le Seigneur a montré qu’il est le chemin de la vie. Ensuite, l’union à Dieu dans la foi et le coeur dilaté aidera à faire de cette obéissance l’expérience de l’indicible douceur d’amour filial. S. Benoît ne s’y trompe pas quand il associe toujours fuir les châtiments de la géhenne et parvenir à la vie éternelle, deux faces d’une même et unique réalité : le bonheur d’habiter avec Dieu à jamais.

   

Il n’y a pas d’expérience sans effort et sans engagement réel de la personne. La force, l’énergie nécessaires au long du chemin sont puisées dans la prière. Une prière gratuite, désintéressée, confiante dans l’efficacité de Dieu seul. Une prière humble : Quel que soit le bien que tu entreprennes de faire, demande-lui, dans une prière très instante, de le parfaire lui-même. Une prière de louange : empruntant la voix du psalmiste, le disciple glorifie le Seigneur qui agit en lui, car ce qui est bon ne peut venir que de Dieu. Saint Benoît suggère de demander l’aide du Seigneur. C’est à nouveau l’intimité entre Dieu et celui qui désire voir des jours heureux. Le disciple osera même interroger : Qui reposera sur ta montagne sainte? C’est vraiment le coeur à coeur d’un amour partagé.

 

L’abandon à la grâce divine, l’humilité sont empreints d’une grande simplicité, d’une grande confiance, mieux encore, d’un amour pour Dieu qui répond à son amour infini. Communiquer sur la montagne sainte, habiter dans son tabernacle, n’est-ce pas vivre, reposer dans l’intimité de Dieu? N’est-ce pas être vraiment fils de Dieu, comme Jésus, le vrai Fils, l’unique, vit dans l’intimité de son Père.

 

 

C’est de fils que Saint Benoît invite son disciple en Jésus-Christ. C’est lui, le vrai Roi, sous lequel il faut militer pour atteindre cette relation à Dieu dans le quotidien, avant de la réaliser dans la prière, et en fin le suivre dans la gloire. C’est lui qui invite et indique le chemin de la vie. Contre lui on peut sans hésiter briser tout ce qui écarte du chemin pour le réduire à néant. Celui qui s’engage sur cette voie est bien cet homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc (Mt 7,24), sur la Christ. Par la patience il s’identifie au Fils souffrant, et partage l’héritage de son Royaume.

 

Cet appel du Christ s’adresse à tous : qui que tu sois, dit et précise Saint Benoît. Pas de privilège ni d’initiation spéciale préalable pour entrer dans cette école du service du Seigneur. Une condition : écouter la Parole, la mettre en pratique, y répondre chaque jour par des actes. Dieu s’adresse à toi qui acceptes de militer sous la sainte obéissance à l’exemple du Christ, lequel s’est fait obéissant lui-même. À toi qui veux la vie et désires des jours heureux, car Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais son vrai bonheur. À toi qui te sais pécheur mais aussi aimé infiniment de Dieu, riche de dons reçus et à faire fructifier pour sa plus grande gloire.

 

La confiance totale et humble assure notre stabilité dans l’acceptation de son enseignement. C’est pour cela qu’il a daigné nous compter au nombre de ses enfants. La foi, la grâce, la pratique des bonnes actions, maintiennent ferme-ment sous la direction de l’évangile. Avec une indicible douceur d’amour, le disciple s’achemine vers l’union à Dieu, but final de la course sur cette terre.

 

Par ailleurs Saint Benoît emploie des verbes d’action. Le vocabulaire est très dynamique. Ce dynamisme qui engage au progrès continuel est ancré solidement sur la fidélité de Dieu, son amour. Les mots courir, pratiquer les bonnes actions, militer, se lever, avancer, incliner l’oreille, revenir… concrétisent la véritable avance du disciple. Dans la pureté même de l’évangile, c’est le jeu de la grâce divine et de la libre réponse de l’homme. La gloire de tout ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui est bien revient à Dieu. Pas de compétition. Mais dans le concret du quotidien, par lui-même si rigoureux et exigeant, il faut tendre vers la paix avec les autres, la rechercher et la poursuivre.

 

La vie spirituelle est comme résumée en ce prologue. La première étape est un appel au bonheur, à un réveil, un émerveillement, une découverte ; c’est un jaillissement, une sorte de bourgeonnement. Mystère de toute existence à ses débuts. Puis c’est l’approfondissement, l’atta-chement à un enseignement unique,celui du Christ. Après les yeux ouverts sur la lumière qui divinise, les oreilles attentives, le contraste s’accuse entre la joyeuse surprise devant le divin et la constatation douloureuse de l’humain quotidien. Saint Benoît veut dissiper, dès le seuil de sa règle, les craintes de son fils tenté de fuir. Il l’apaise, il veut comme l’aider à se libérer de lui-même, à écouter et accueillir la Parole. Le détachement, le rayonnement, la floraison et le fruit sont en germe. Promesse d’une course, le coeur dilaté, avec la douceur d’aimer : l’âme parviendra à travers l’aventure humaine, à une plénitude de vie en Dieu. Toute la règle se terminera dans la réitération de cette promesse (ch.73). Le prologue déjà l’annonce. L’itinéraire de toute vie spirituelle est tracée. La vie bienheureuse sera évoquée plusieurs fois encore, comme objet de désir. Vers elle nous marchons. Le Christ, au terme du séjour terrestre, nous y introduira ; saint Benoît en montre le chemin.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 01:16
 

 
 

 


Formule de Participation

À la rencontre des oblat

les 10-11 et 12 Juin 2016   

 
FORMULE DE PARTICIPATION

 

 

Rencontre des oblats et des oblates

à Saint-Benoît-du-Lac les 10-11 et 12 juin 2016.

Je serai présent à la rencontre (Cocher une mention seulement)

 

Arrivée le vendredi 10 juin

pour le dîner                          -----

pour le souper                         -----

le soir                                 -----

 

Arrivée le samedi 11 juin

pour le dîner                          -----

pour le souper                         -----

le soir                                 -----

 

Je viendrai le dimanche seulement   -----
Nous serons (spécifier le nombre)    -----

Départ le dimanche 12 juin :         -----

 

Si non le dimanche,
départ quel jour :____________________________


 

Nom :


Adresse :


S.V.P  répondre avant le premier juin

 

Père Richard Gagné, osb

 

 ,

 

 

  

 

 

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 00:04

 


 
 

 

 ÉVANGILE DE SAINT MARC 

 
Par
 Dom Raymond Carette 

Novembre 2009


 

 

 

Évangile selon saint Marc 

 

Introduction à la vie juive au temps de Jésus


 Comme j'ai choisi de présenter l'évangile qui est lu chaque dimanche pendant un an, je me suis rendu compte que j’aurais dû commencer par saint Marc. Mais j'ai suivi l’ordre que l'Église a retenu: saint Matthieu, puis saint Marc, enfin saint Luc. Comme introduction à saint Marc j'avais préparé une présentation de l’empire romain au moment où est né le christianisme. Je reporte cette introduction à l'an prochain. Elle conviendra mieux pour l'évangile selon saint Luc qui n'était pas juif mais grec. Une introduction sur le judaïsme au temps de Jésus aurait mieux convenu avec saint Matthieu. Vous vous souvenez en effet que j’ai présenté saint Matthieu comme le plus juif et le plus anti-juif. 


 Partons d'un fait de base. En prenant une nature humaine le Fils de Dieu ne s'est pas fait homme en général. Il s'est fait tel homme particulier, juif, galiléen, à un moment précis de l’histoire du monde. En tant qu'homme il a été marqué par la manière de vivre de son pays, par sa culture, sa religion, ses institutions. Il a grandi dans un milieu déterminé. Il n'a pas pu ne pas être influencé par ses parents, les coutumes de son temps et c’était même nécessaire s’il voulait être compris par ses contemporains. Ses parents furent de fidèles observateurs de la Loi même si jamais on ne les qualifie de justes. Il a prié avec eux les psaumes. On le voit fréquenter la synagogue, le sabbat. Il a mangé la Pâque avec ses disciples avant de mourir. Saint Mat-thieu le présente comme accomplissant l'Écriture. À la Transfiguration n'apparaît-il pas autre en compagnie de Moïse et d'Élie, figures de la Loi et des prophètes. Dans son enseignement, il cite la Loi. On l'interroge sur son interprétation. Il aurait été un maître juif, un rabbi parmi bien d'autres de son temps. Mais il y a eu un événement  qui a fait éclater le cadre du judaïsme et quel fut-il ? Sa résurrection. Il s’est dit Fils de Dieu. Ce fait reste le plus difficile de son enseignement et ceci lui a mérité la mort. C'est à cause de la résurrection que le christianisme s'est séparé du judaïsme, ses racines. Même de nos jours les Juifs attendent encore un Messie et n'acceptent pas Jésus comme le Messie promis à leurs pères. Sur ce point je vous réfère à l'épître aux Romains: 9,1 à 11, 36.


 Pour vous aider à comprendre ce que je vais voir avec vous, je citerai des faits concrets tirés des évangiles et des Actes. 


Le Temple


 L'évangile de saint Luc commence au temple avec la naissance de Jean le Baptiste (Lc 1,8-10). À 12 ans, Jésus est trouvé par ses parents au temple «écoutant  et interrogeant» les docteurs de la loi (Lc 2,46-50). Plus tard, il enseigne au temple (Lc 19,43); il renverse les tables des changeurs (Jn 2,13-17); ses disciples lui font remarquer la beauté des pierres du temple; il loue une femme pauvre qui met une piécette dans le tronc (Mc 12,41-44). Jésus n’a-t-il pas affirmé: «Détruisez ce temple et je le rebâtirai en trois jours» (Jn 2,18-20).


 Pour tout bon juif au temps de Jésus, la vie religieuse était orientée vers le temple, le haut lieu du judaïsme. Quel temple Jésus a-t-il vu et fréquenté ? Un premier temple fut construit par Salomon et détruit lors de la prise de Jérusalem en 587 par Nabuchodonosor. Le second temple reconstruit après le retour d'exil et inauguré en 515 était plus modeste. Il fut reconstruit par Hérode et il n'était pas complètement terminé au temps de Jésus tellement il était fastueux. Il fut détruit en l’an 70. Jésus avait prédit sa ruine  en Mt 24,1-2. C’est au Temple que les apôtres allaient prier et annonçaient Jésus (Ac 3,1 ; 5,19-21).


La synagogue


 Les évangiles présentent souvent Jésus dans une synagogue en Galilée. Le moindre village avait sa synagogue. Ces lieux de réunions ont commencé pendant l'exil à Babylone (587-538). Comme le culte officiel était suspendu à Jérusalem, sous l'influence de Jérémie et d’Ézéchiel, la religion juive conserva sa foi et ses temps de prière grâce à cette institution. Elle se continue toujours car il n’est plus possible d'avoir un temple à Jérusalem. De retour après l'exil les synagogues continuèrent comme lieu de culte où une com-munauté juive se réunissait le sabbat. Un texte de saint Luc est très intéressant à ce sujet. Je vous le cite. «Il vint à Nazara, où il avait été élevé, et il entra, selon sa coutume le jour du Sabbat, dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture. Et on lui remit le livre du prophète Isaïe, et déroulant le livre, il trouva le passage où était écrit : L'Esprit du Seigneur est sur moi ... Et roulant le livre, il le remit au servant et s'assit. Et les yeux de tous, dans la synagogue étaient fixés sur lui. Il se mit à leur dire: «Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles cette Écriture» (4,16-21). Jésus accomplit des guérisons en ce lieu ce qui scandalisa car le sabbat il ne fallait pas travailler (Lc 13,10-14). À ces réunions on priait, on lisait l'Écriture, on la méditait et on la commentait. Ces rencontres n'étaient pas présidées par un prêtre mais par un chef (Mc 5,22). L’apôtre Paul rencontrait les Juifs dans les synagogues (Ac 9,20 ; 13,14-16 ; 14,1 ; 17,1-3 ; 17,10). Tout juif âgé de 12 ans pouvait lire la Thora. Mais peu était capable. Les femmes assistaient mais ne prenaient pas la parole. Jésus en guérit une à la synagogue, un sabbat (Lc 13, 10-13). On gardait les rouleaux de la Thora et des pro-phètes dans une armoire. Sur semaine, ce lieu servait d'école pour les enfants.


Les fêtes


 On constate qu'à 12 ans Jésus fit un voyage à Jérusalem avec ses parents.  Ce fut à l'occasion de la fête de Pâque selon ce que rapporte Lc 2,41 ss. «Chaque année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de Pâque.»  Dans saint Jean on constate une insistance sur cette fête. Alors que les synoptiques semblent présenter une seule fois la célébration de la Pâque à Jérusalem par Jésus, saint Jean en rapporte trois (2,13 ; 6,4 ; 11,55). Mais il n'est pas beaucoup question des autres fêtes dans les évangiles mais bien dans les Actes des Apôtres puisque le champ de prédication de Jésus se situe en Galilée et non en Judée. Quelles étaient donc les grandes fêtes des Juifs au temps de Jésus ? Au printemps on célébrait la Pâque; puis la fête des Semaines ou Pentecôte, 50 jours après Pâque. La fête des Tentes se célébrait à l'automne (Jn 7,2) en septembre ou en octobre. La dernière grande fête était celle de la Dédicace du Temple en décembre. Elle durait 8 jours. On l’appelait aussi la fête des Lumières, en raison des grandes illuminations auxquelles elle donnait lieu. Voici ce qu’en dit saint Jean : «On célébrait à Jérusalem l’anniversaire de la Dédicace du Temple. C’était l’hiver. Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon (11,22-23)». Des auteurs pensent que la Transfiguration aurait eu lieu au moment de la fête des tentes. C'est la raison pour laquelle Pierre suggéra de construire trois tentes.


 Il ne faut pas oublier le sabbat qui revenait chaque semaine. Ce jour de fête hebdomadaire a commencé comme la synagogue au moment de l'exil. On fusionna alors deux institutions: un jour de fête et un jour de chômage. Par la suite on a trouvé des justifications humanitaires et sociales. Le peuple fut libéré d’Égypte par une intervention divine. La sabbat célèbre la vie libre du peuple qui fut esclave en Égypte en ne travaillant pas. On rattache aussi au sabbat la fin de la création. Le septième jour Dieu cessa de travailler: il fit sabbat. La codification de ce jour du sabbat fut de plus en plus tatillonne avec le temps. Son obser-vation ressemblait presque à un esclavage. Jésus est surveillé avec ses disciples pour voir comment ils observent le sabbat. Il se fait reprendre quand ses disciples broient des épis de blé dans leurs mains (Lc 6, 1-2) ou quand il fait une guérison en ce jour (Lc 6 6 ss) .


Les groupes religieux


 Quand il veut situer le début du ministère de Jean Baptiste, Luc cite les pouvoirs civils et aussi le nom de deux grands prêtres : Anne et Caïphe. Au procès de Jésus on voit apparaître le grand prêtre. Il jouissait d'une grande dignité. Il est le commandant du temple. Il préside le Sanhédrin qui est la cour suprême d'Israël ou le grand conseil. Il comprend 71 membres: les Anciens; les grands prêtres déposés; les prêtres sadducéens et de plus en plus de scribes pharisiens. Il juge les délits contre la Loi, fixe la doctrine et il contrôle toute la vie religieuse du peuple. Pierre et Jean comparaissent devant le Sanhédrin (Ac 4,5 ss ; 5,21ss).


 Qu'entend-on quand on parle des scribes qui apparaissent si souvent dans la vie de Jésus. Ce sont essentiellement des spécialistes de la Loi. Les prêtres officient au Temple en immolant les animaux offerts en sacrifice. Ils n’étaient pas instruits. On ne voit pas Jésus entrer en relation avec eux. Les scribes par contre expliquent et actualisent la Loi en fonction des temps nouveaux ou des problèmes concrets qui se posent. C'est la raison pour laquelle ils ont toujours un œil sur Jésus et les siens. À cause de leurs connaissances, ils sont invités a siéger dans différents conseils et tribunaux. Il ne faut pas oublier que le religieux dirige le politique, les affaires. C'est un régime théocratique. Par comparaison avec notre temps, cette nation res-semblait à un pays islamique où le Coran inspire et régit toute la vie. Pour devenir scribes il faut de longues études. On voit Paul se rendre à Jérusalem vers 15 ans pour se mettre à l'école d'un maître : Gamaliel. Le scribe serait l'équivalent d'un docteur en Écriture sainte. On appelle parfois Jésus Rabbi parce qu'il manifeste une grande connaissance des Écritures. Le scribe exerçait un métier car il ne pouvait pas être payé pour ses services. Paul était fabriquant de tentes.


 Les Sadducéens ne constituaient pas une secte au sens habituel du mot. Voici comment Matthieu les caractérise : «Ce jour-là, des sadducéens – ceux qui affirment qu’il n’y a pas de résurrection – vinrent trouver Jésus» (22,23). Ils n'étaient ni schismatiques, ni hérétiques. Ils représentaient une tendance religieuse. Ils faisaient figure de conservateurs intransigeants et rejetaient tout développement de la doctrine dépourvu d'appui scripturaire. Ils étaient proches du Temple. Au plan politique, ils étaient collaborateurs des Romains. Les Sadducéens regroupaient les grands propriétaires de la classe aristocratique. Ils faisaient tout pour sauvegarder leur situation privilégiée. Ils étaient mal vu des pauvres. Ils avaient peur de Jésus parce que, s’adressant aux pauvres, il pouvait paraître dangereux en troublant l'ordre établi.


 Les Pharisiens étaient des Juifs pieux. Si les Sadducéens sont liés avec le Temple, les Pharisiens contrôlent les synagogues. D'où leur influence car ils rassemblaient des laïcs unissant pauvres, riches, artisans manuels et lettrés. Ils manifestaient leur attachements à la loi sur trois points: l’observance du sabbat, la pureté légale et le paiements des redevances sacrées. Sur le repos sabbatique, ils avaient multiplié les interdictions entrant dans des détails les plus infimes. Sur le point des impuretés, ils ont ajouté à la loi de Moïse, comme des ablutions, des contacts avec des personnes réputées impures. La liste des biens, revenus et produits imposés avaient été considérablement allongée. On en trouve bien des exemples dans les évangiles. La religion devenait seulement des rites à accomplir et la liste était longue (voir surtout Matthieu 23,1-36 où l’auteur ne les manque pas). En politique, ils étaient non collaborateurs avec les Romains. Ils craignaient Jésus qui prenait de l’ascendant sur les foules.


 À quelques reprises vous avez entendu parler des Samaritains. L'exemple le plus connu est celui du dialogue de Jésus avec une Samaritaine. Vous relirez le chapitre 4 de saint Jean 1 à 32. La parabole du bon samaritain nous touche toujours (Lc 10, 29-37). Une fois Jésus est mal reçu sur la route de Jérusalem. Pourquoi ? La Samarie séparait la Galilée de la Judée. Pour l'éviter on suivait le Jourdain. Qui étaient-ils ? Aux yeux des Juifs ils n'étaient pas de race pure mais mélangée. Ils restaient monothéisme et ils n’acceptaient que le Pentateuque. En lisant le récit de la Samaritaine vous verrez qu’ils adoraient Dieu sur le mont Garisim et non à Jérusalem. En voulant passer par la Samarie pour aller à Jérusalem, Jésus et ses disciples sont mal reçus. Les disciples veulent faire descendre sur eux le feu du ciel.


 Il ne faudrait pas passer sous silence le courant baptiste. Nous connaissons Jean, fils de Zacharie et d'Élisabeth, le précurseur du Seigneur. Jésus fut en contact avec ce courant (Lc 7,28-30). Il se fait baptiser par Jean. Les disciples de Jésus selon l’évangile de saint Jean baptisaient eux aussi. Ce courant religieux attirait et il a préparé la venue de Jésus.

Parmi les apôtres de Jésus on compte Simon le Zélote. Les Zélotes vivaient seulement en Galilée. Ils auraient aimé que Jésus entre dans leur jeu en s'opposant aux Romains qui contrôlaient le pays en ce temps. Il ne faut pas oublier les Publicains. Matthieu en était un (Lc 27, ss.) et aussi Zachée. Comme ils contribuaient à ramasser l'impôt romain, ils étaient considérés comme des pécheurs car ils profitaient du système pour s'enrichir (voir Luc 7, 33-35). La parabole du pharisien et du publicain redore leur image par Jésus.


 Tout le Nouveau Testament baigne donc dans les eaux de l’Ancien. Nombreuses citations et leurs applications. Les auteurs tentent de démontrer que Jésus malgré sa divinité fut bien un fils d’homme. Il est le point d’aboutissement des préparatifs (deux généalogies Mt et Lc pour authentifier sa race juive). Avec Jésus commence la fin des temps calculée par les prophètes.


L’évangile selon Marc


 Avec l’évangile de Matthieu, on entrait comme dans un monde bien structuré, même solennel qui se basait sur la Loi et les Prophètes pour présenter le Messie. Cinq grands discours formaient comme cinq piliers qui soutenaient le message de Jésus et cela dans des sentences bien frappées. Avec l’Évangile selon saint Marc, on quitte les grandes avenues pour emprunter des sentiers de la campagne galiléenne, en plein soleil et sous le vent. L’auteur veut nous faire marcher sur les routes poussièreuses à la suite de Jésus. On ne voit plus Jésus vivant autour de Capharnaüm. On dirait que l’auteur poursuit toujours Jésus comme un reporter de nos jours. Il aurait pris des notes pour ensuite les livrer sans se relire et sans mettre de l’ordre dans sa matière. Voulait-il laisser un carnet de notes sur les faits et gestes de Jésus pour que d’autres s’en servent après lui de peur que tout tombe dans l’oubli? Marc est donc un conteur qui fait voir avant tout. Jésus est tellement poursuivi par la foule qu’il n’a même plus le temps de manger (3,30), qui dort «sur le coussin» à l’arrière de la barque (4,38), qui marche devant ses disciples (10,32). On découvre la foule qui se jette sur Jésus pour le toucher (3,10); le démoniaque qui se taillade avec des pierres (5,5); ou le petit épileptique qui se tord convulsivement en écumant (9,20); Bartimée qui bondit en rejetant son manteau (10,50). On entend la réflexion comique de l’aveugle de Bethsaïde : «Je vois les hommes, car je les aperçois comme des arbres en train de marcher (8,24) ou le mot désobligeant des Nazaréens : «N’est-ce pas lui le charpentier !» (6,3). (Mt a corrigé religieusement : «N’est-ce pas lui le fils du charpentier !»). Marc est aussi le seul à avoir fixé avec autant d’attachement ses yeux sur les yeux de Jésus, à avoir suivi ce regard extraordinaire qu’il promenait sur ses interlocuteurs. Ce regard circulaire de Jésus est une note carac-téristique de Marc ( 3,5; 3,34; 5,32; 9,8; 10,23; 11,11) que l’on ne retrouve pas chez les deux autres synoptiques. Jésus regarde le jeune en 10,21 et se mit à l’aimer ce qui ne se retrouve pas chez Mt et Luc. Les foules qui accouraient après Jésus ont dû frapper le rédacteur car il le note souvent. Vous pourrez les rencontrer en 3,7-9 et 20; 5,21; 6,33-34; 8,1; 10,1; 10,46.


 J’ai rappelé plus haut que Matthieu étayait généreusement son évangile de passages de la Loi et des Prophètes. Vous vous souvenez qu’il s’adressait à des Juifs convertis au christianisme. Marc, semble-t-il, n’a pas le même cercle. Les citations de l’Ancien Testament se font plus rares car elles ont moins de poids pour ceux à qui il s’adresse. Toutefois dans les récits de la passion il en use plus souvent. À ce propos, il ne faut pas oublier que le noyau premier des évangiles fut les récits de la mort et de la résurrection de Jésus. Dans leur description les synoptiques sont ordinairement plus proches l’un de l’autre.


Pauvreté de l’évangile de Marc


 Normalement il aurait été plus logique de commencer l’étude des synoptiques par cet évangile. C’est en effet le plus court (673 versets contre 1068 pour Matthieu et 1149 pour Luc). Cette brièveté vient du fait que l’on rencontre peu de discours. Pendant longtemps on l’a considéré comme un parent pauvre. Pourquoi ? Il fut moins cité, moins souvent commenté, moins utilisé en liturgie, moins apprécié du public chrétien comme un résumé de Matthieu et de Luc. La lecture nous fait découvrir un vocabulaire pauvre, de mauvaise qualité, semé de vulgarismes, de diminutifs. L’auteur est comme obsédé par certains mots qui reviennent perpétuellement et qui parfois n’ont guère de sens comme «aussitôt» (quarante-deux fois dont onze pour le chapitre premier); «il se mit à» (26 fois) «beaucoup». L’auteur aime aussi l’expression de «nouveau» qui se rencontre 28 fois. Son récit se compose de petites propositions indépendantes, reliées par la conjonction «et». Je vous donne copie de la traduction de la Bible Osty qui sait bien serrer le texte orignal de près. « Et le matin, encore en pleine nuit, s’étant levé, il sortit et s’en alla dans un lieu désert : et là il priait. Et Simon partit à sa poursuite, ainsi que ceux qui étaient avec lui. Et ils le trouvèrent, et ils lui disent : «Tous te cherchent.» Et il leur dit : «Allons ailleurs dans les bourgs voisins, pour que là aussi je proclame; car c’est pour cela que je suis sorti.» Et il alla, proclamant dans leurs synagogues, dans tous la Galilée, et chassant les démons. Et vient vers lui un lépreux qui le prie et tombe à genoux, en lui disant : «Si tu le peux, tu peux me purifier». Et pris de pitié, étendant la main, il le toucha. Et il lui dit : «Je le veux, sois purifié.» Et aussitôt la lèpre le quitta, et il fut purifié. Et l’ayant grondé, aussitôt il le chassa. Et il lui dit : «Attention! Ne dis rien à personne; mais va te montrer au prêtre, et présente pour ta purification ce qu’a prescrit Moïse en témoignage.» (1, 35-44) En voici un autre cas  que j’ai trouvé à l’occasion du 23ième dimanche : « Et de nouveau sortant du territoire de Tyr, il vint, par Sidon, vers la mer de Galilée, en plein territoire de la décapole. Et on lui conduit un sourd-bègue, et on le prie de poser la main sur lui. Et, le prenant hors de la foule, à l’écart, il lui mit ses doigts dans les oreilles et, crachant, lui toucha la langue; et levant les yeux au ciel, il poussa un gémissement, et il dit : «Ephata!» c’est-à-dire : «Ouvre-toi bien!!» et ses oreilles s’ouvrirent, et aussitôt fut dénoué le lien de sa langue, et il parlait correctement. Et Jésus leur enjoingnit de ne rien dire à personne; mais plus on le leur enjoignait, plus encore eux le proclamaient. Et les gens étaient extrê-mememnt frappés : «Il a bien fait toutes choses! disaient-ils. Il fait entendre les sourds et parler ceux qui ne parlent pas!» J’ai consulté d’autres traductions qui sont plus accessibles comme la traduction liturgique, la TOB, la BJ et le Nouveau Testament en français courant. Les traducteurs ne tiennent pas toujours compte de ces faiblesses de style et ils mettent cela en «bon français». La Vulgate (en latin) suit de près le texte grec et on y rencontre toutes les faiblesses de style. Une lecture publique qui garderait tous ces «et» deviendrait fastidieuse.


 Le texte nous est parvenu en grec. L’auteur ou le traducteur ne connaissait pas les finesses de cette langue que Luc semble si bien maîtriser. Il n’utilise pas les prépositions circonstancielles (dans le texte grec original connu qui est corrigé dans nos versions modernes) mais des participes qui s’enchaînent. Relire les texte de 1, 35-44 et 7,31-37 cités plus haut. Dans un récit on garde ordinairement le même temps des ver-bes. Chez Marc tout est mélangé. Un traducteur peut avoir peur de le trahir en justifiant sa traduction. Voici un exemple : «Puis il monte dans la montagne et il appelle à lui ceux qu’il voulait, et ils allèrent à lui. Et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer proclamer». Souvent le sujet de la phrase, surtout dans les premiers chapitres se résume à «il» et on peut se demander de qui il s’agit. Je cite : « Et il leur dit … Et il leur disait … Et il leur disait… Et il leur disait… Et il leur disait … (4, 13;21;24;26;30). Une autre fai-blesse de style consiste à renvoyer l’explication à la fin du récit. Exemple, le choix de Simon et André : «Et en passant le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, qui lançaient l’épervier dans la mer; car c’étaient des pêcheurs» (1,16).


 Le style ne présente pas une grande variété. Le compositeur ressemble à un écolier qui écrit ses pre-mières compositions. Il se tient toujours dans un cadre rigide, uniforme. Des exemples : «On vient»; «on se mit à»; «on se rassemble»; «en partant de là». Comme je vous l’ai expliqué dans l’introduction de Matthieu, les évangélistes se basent sur des traditions transmises oralement. Marc serait le plus proche de ce phénomène. Il ne se soucie pas d’arranger sa matière. Il aligne à la suite ce qu’il se souvient ou ce qu’il a entendu de peur de trahir ses sources. Déjà dès le chapitre 3,6 «Les Pharisiens réunissaient aussitôt un conseil avec les Hérodiens contre Jésus afin de le faire périr». Donc ce n’est pas tellement une œuvre littéraire. On aimerait que son écriture soit plus coulante, plus régulière, mieux ordonnée, ce qui ne transparaît pas toujours dans une traduction en «bon français».


Un récit populaire


 Cet évangile est par excellence le récit d’un homme du peuple racontant pour le peuple les faits et gestes de Jésus. On constate que Marc qui n’a aucun complexe littéraire, ne fait aucun effort pour polir son style. Sans se lasser il répète par exemple «il vient» ou «ils viennent» (24 fois contre 3 fois en Mt et 1 fois en Lc), ou encore «il se mit à» ou «ils se mirent à» (26 fois contre 9 en Mt et 19 chez Lc.) Le verbe «pouvoir» est mis à contribution 33 fois, le verbe «avoir» se rencontre 69 fois.


 Mais il a aussi ses tics littéraires, tels que les fameux «aussitôt» (42 fois) et «de nouveau» (28 fois) qui le trahissent immédiatement, tellement il les accumule. Que dire de la conjonction de coordination «et» qu’il distribue à profusion. Voir les exemples cités plus haut.


 Il marque une préférence pour les diminutifs tels que les aime le langage populaire. Il parle ainsi d’une fillette à laquelle Jésus s’adresse en l’appelant «petite» (5,41); de miettes et de petits chiens (7,27); de petits poissons (8,7); de la petite barque (3,9) du bout de l’oreille du serviteur du grand prêtre coupé au moment de l’arrestation de Jésus (14,47).


 Les pronoms foisonnent. C’est plus rapide mais quasi-intelligible : «Et ils le lui amenèrent. Et l’ayant vu, l’esprit aussitôt le tordit convulsivement et étant tombé à terre, il se roulait en écumant (9,20).


 Marc ne craint pas les pléonasmes qui apparaissent si facilement quand le narrateur populaire jux-tapose les expressions synonymiques pour souligner une idée : «Et il les enseignait. Et il disait dans son enseignement (4,2). «Il se taisait et ne répondait rien (14,61). La pauvre veuve «a donné tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre» (12,44). Certains pléonasmes rappellent l’origine sémitique de l’auteur (ou de ses sources) : «Il enseignait des enseignements» (7,7); «la tradition que vous vous êtes trans-mise» (7,13); «la création que Dieu a créée (13,19); «les élus que Dieu a élus (13,20); «une inscription était inscrite» (15,26).


 Comme son évangile aurait été destiné à des païens venus à la foi chrétienne, il aurait adapté son récit à la mentalité et aux exigences de son public. S’il connaît lui-même l’importance de la Loi et des Prophètes, il ne se met toutefois pas en peine pour les mettre en relief aux yeux de ses lecteurs qui n’y auraient accordé qu’un intérêt secondaire. Sous ce rapport, le climat spirituel de son évangile diffère de celui de Matthieu qui projette sans cesse sur le Messie la lumière de «la Loi et des Prophètes» (50 fois en Mt contre 23 en Marc).


 Il n’oublie pas d‘expliquer les coutumes juives dont ses lecteurs n’auraient pas compris la signification (7,3-4; 14,12; 15,42). Il n’hésite pas à remplacer une parabole aux traits palestiniens trop accusés par un exemple plus parlant : quel païen aurait pu saisir le problème spirituel que posait une brebis tombée le jour du sabbat dans un puits ? Mc ne parle donc pas de sauver une brebis mais de sauver une vie (comparer Mt 12, 11-12 avec Mc 3,4). Si l’auteur en vient à se laisser aller à parler sa langue maternelle, il s’en excuse tout de suite en traduisant des termes tels que Boanergès, Talitha koum, corban, Ephata, Abba, Golgotha, Éloï, Éloï, lama sabachthani.


Les traits humains de Jésus


 Marc est l’évangéliste qui nous livre l’image la plus humaine, la plus incarnée, pourrait-on dire, de Jésus. Certes, Matthieu et Luc sont pareillement soucieux de montrer que Jésus fut pleinement homme, mais on dirait parfois que cette humanité est déjà comme transfigurée par la divinité et il n’est pas rare qu’ils estompent les traits jugés trop humains à leur gré du Fils de Dieu. Marc présente davantage un Jésus avant la résurrection et sa glorification. Lui seul ose nous montrer Jésus touché de pitié à la vue du lépreux, le grondant ensuite et le «jetant dehors» (1,41); il est ému de colère et de tristesse devant l’endurcissement des cœurs (3,5); il s’étonne de l’incrédulité des gens de Nazareth (6,6); il pose des questions aux apôtres (9,16,33); il se fâche contre eux (10,14); il gémit et soupire (7,34; 8,12); il serre les petits enfants dans ses bras (9,36; 10,16); il aime l’homme riche qui pourtant ne devait pas répondre à son appel (10,21). Tous ces traits sont propres à Marc et ils ont été omis dans les parallèles de Mt et Lc.


 Marc ne craint pas de livrer à ses lecteurs des textes qui risquent de faire difficulté et que Mt et Lc ont eu soin d’omettre ou d’atténuer, pour n’avoir pas l’air de porter atteinte à la dignité surnaturelle de Jésus.  Ainsi est-il le seul à nous donner la scène pénible où les parents de Jésus cherchent à se saisir de lui, «car ils disaient : il est hors de lui» (= il est fou) (3,21). Il note qu’à Nazareth Jésus «ne pouvait y opérer au-cun miracle, si ce n’est guérir quelques infirmes» (6, 5) texte que Mt 13, 58 redonne ainsi :«Et il n’y opéra pas beaucoup de miracles à cause de leur incrédulité».


 Marc raconte parfois d’une manière sans délicatesse. Il est le seul à décrire longuement le meurtre de Jean Baptiste (12 versets contre 9 pour Mt et 2 pour Lc). Les gardes crachent sur Jésus et le soufflètent (14,65); la flagellation et le couronnement d’épines sont décrits plus longuement. En croix, Jésus reçoit des insultes. La montée à Jérusalem de Jésus se fait dans la crainte et l’effroi (10,32). Jésus est bien présenté comme une personne humaine car Marc semble ne pas vouloir survaloriser son héros. Les apôtres ne sont ménagés. En 4,13, Jésus leur reproche de n’avoir rien compris à la parabole du semeur. En 5,31, il les interroge pour savoir qui l’a touché alors que la foule le presse de tous côtés. Les apôtres demandent ce que veut dire : «ressusciter d’entre les morts» (9,10). Ailleurs, Jésus semble souligner l’échec des apôtres à chasser les démons (9, 28-29). Ils se disputent par ambition ou vanité (10,35-40) pour savoir qui sera le plus grand dans le royaume à venir.


 Marc ne craint donc pas de présenter un Jésus affecté profondément dans sa sensibilité (1,43) ou sous une émotion violente (5,14). Les autres évangélistes ne montrent jamais Jésus en colère ou abattu.


Conclusion


 Avec toutes ces constatations nous pouvons mieux comprendre pourquoi Marc n’a jamais joui d’une grande popularité sauf récemment. Les lettrés ne s’intéressèrent pas à cet écrivain sans style et sans finesse d’expressions avec des répétitions et un style négligé. Des théologiens ont découvert chez lui un Jésus trop humain. Certes Marc reconnaît la divinité de Jésus mais il laisse  transparaître les traits de son humanité. Il ne cherche pas à composer une histoire de Jésus mais il nous invite seulement à la découverte de sa personne. Jésus n’est pas un maître, un rabbi qui reprend la Loi comme Matthieu le fait si bien. Marc semble avoir comme but de montrer qui est Jésus plus par ses œuvres que par ses paroles.



 

      
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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 18:34
 

 
 

 

  LES ÉVANGÉLISTES  
Par
 Dom Raymond Carette osb  

                        
 

  Évangile de saint Jean (nov 2011) 

  Évangile de saint Luc (nov 2010)  

 Évangile de saint Marc (nov 2009)

  Évangile de saint matthieu (nov 2008)

 

                
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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 17:49
 

 
 

 

 ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 

 
Par
 Dom Raymond Carette 

Novembre 2008

 


 

 

 

L'Évangile selon saint Mathieu 


Depuis le Concile Vatican II chaque année pour les lectures du dimanche, chacun des évangélistes prend la vedette à tour de rôle. L’évangile selon saint Matthieu est assigné à l’année A, saint Marc à l’année B et saint Luc à l’année C. Même si je ne suis pas un exégète et que je n’ai pas fait d’études spécialisées en Écriture Sainte, après bien des années de fréquentation des évangiles soit par la lecture, soit par l’écoute ou par la lecture de commentaires, je pense que je puis vous apporter un peu de lumière sur l’évangile retenu pour cette année.

 


Or comme chacun de ces auteurs a sa physionomie propre et pour vous aider à bien les comprendre, j’ai pensé qu’il serait bon de passer chacun d’eux dans les années à venir. Depuis le début de l’avent 2007-2008 saint Matthieu est au programme. Je suis un peu en retard mais il reste encore du temps pour terminer l’année liturgique. Cependant l’étude d’un évangile dépasse le cadre liturgique. En semaine des passages des trois évangélistes sont lus en un an : Marc du premier lundi au neuvième samedi. Matthieu du dixième lundi au vingt-et-unième samedi; Luc du vingt-deuxième lundi au trente-quatrième samedi. Saint Jean n’est pas mis de côté pour autant dans la liturgie. On le lit surtout au temps pascal, les dimanches et en semaine. Comme l’évangile de saint Marc n’est pas très long, on lit du dix-septième dimanche au vingt-deuxième des passage de saint Jean. Chacun a donc sa part dans la liturgie des dimanches.

 

Naissance des évangiles

 
Avant d’aborder saint Matthieu, quelques mots sur la naissance des Évangiles. Nous sommes habi­tués à voir et entendre des reportages avec des documents sonores et visuels. Or il n’en fut pas de même pour les évangiles. Jésus n’a rien écrit lui-même. Il n’a même pas conseillé aux disciples d’écrire ses paroles ou ses actions. Il ne faut pas oublier qu’au temps de Jésus on vivait dans une civilisation orale. Après le départ de Jésus, ses disciples ont lentement assimilés son message en répondant à des questions vitales que se po­saient les nouveaux convertis qui n’avaient pas vécu au pays de Jésus. On voulait savoir qui il était; ce qu’il avait fait et dit. De plus on répandait la bonne nouvelle auprès des Juifs et des païens. À partir de ce ques­tionnement, on a écrit des documents ou des aides mémoire à l’usage des missionnaires.

 
Donc il ne faut pas partir du fait que les évangiles sont des documents historiques au sens moderne du mot, c’est-à-dire, des comptes rendus exacts et exhaustifs de ce qui s’est passé. Ce sont des «témoignages de foi» sur Jésus, dignes d’un grand crédit. Pourquoi ? Parce qu’ils reposent sur des «témoins oculaires» de la vie de Jésus. Les évangiles ont pour but de nous introduire à la vie d’un vivant : le Seigneur Jésus ressuscité. Les disciples sont entrés dans l’intelligence de son mystère après la venue de l’Esprit Saint. Se sentant alors investis par la force du Christ, victorieux de la mort, ils se sont mis à témoigner de lui dans le monde (Ac 4,33). Ils se sont rassemblés pour approfondir leur connaissance du Sauveur et célébrer son mystère (Ac 2,42).

 
C’est donc dire que l’élaboration des évangiles s’est faite lentement. Les auteurs n’ont pas eu pour but de rapporter tous les évènements de la vie de Jésus dans les détails mais des passages choisis et interpré­tés par eux pour faire partager leur foi dans le Seigneur vainqueur du péché et de la mort. Il ne faut pas lire les évangiles comme une vie anecdotique de Jésus. On relativiserait alors et même on nierait l’importance de la foi en la résurrection.


Pendant les quarante premières années du christianisme, des récits isolés circulaient pour faciliter l’annonce de la foi. On situait ainsi la pratique chrétienne en face du judaïsme et on essayait de faire com­prendre comment le Messie crucifié pouvait être le Sauveur. C’est ce que rapporte Luc dans le récit des dis­ciples d’Emmaüs.


Peu à peu selon un développement littéraire que l’on rétablit vaille que vaille se formèrent les évan­giles. On propose qu’à l’origine de ce processus un et divers, il y aurait eu «deux sources», selon le nom, d’une hypothèse souvent acceptée : l’évangile de Marc et un recueil de sentences. Mais attention de ne pas appliquer ce schéma d’une façon rigide. Il y a eu certainement d’autres interactions que nous ignorons. Il y avait aussi certainement d’autres traditions qui se transmettaient oralement. Selon les auditoires différents, - pensons à Luc qui s’adresse à des non Juifs,- on avait des petits récits à raconter. Bref, il faut distinguer un événement fondateur : la venue de Jésus sur terre, qui a choisi des disciples. Il est mort et ressuscité. Une proclamation orale pendant un certain temps car on ne sentait pas une obligation d’écrire comme je l’ai dit plus haut, puisqu’on vivait dans une civilisation orale. L’écrit est venu plus tard d’où un point d’interrogation sur la date des écrits tels que nous les connaissons aujourd’hui. Fidélité ou infidélité ?  Ce n’est pas à nous de le dire mais d’accepter la foi de l’Église qui a reçu très tôt quatre récits pour en éliminer d’autres.

 
Vous avez entendu parler des évangiles synoptiques. Un mot rare que vous n’entendrez pas sur la rue. Que veut dire ce mot ? Il vient d’un mot grec, une langue qui aime composer des mots imagés. sun-opao qui veut dire voir ensemble, ou à la fois, embrasser d’un seul coup d’œil. On peut mettre en effet les quatre évangiles en colonnes. On constate ce qui est propre à chacun et ce qui les distingue. Ces divergences s’expliquent par le développement d’une tradition orale. Chaque communauté se souvenait de paroles et de gestes lui venant des premiers prédicateurs, souvent des apôtres eux-mêmes. Une communauté ayant à af­fronter une difficulté particulière développait un aspect de la prédication de Jésus. Sous un aspect qui semble historique ou biographique il se cache des prises de position théologique, des propositions de foi. Avant d’être un document d’histoire, l’évangile présente un événement ou un passage de Dieu incarnée en Jésus au milieu des hommes. Un auteur a voulu présenter pour son milieu, pour une communauté, la Parole de vie pour l’aider à mieux vivre. Cette parole reste vivante encore pour nous et, par la relecture, elle trouve une nouvelle vie.

 
Qu’est-ce qu’un évangile ? Selon le sens grec d’où le mot vient (eu-angellos) il signifie bonne nou­velle du salut; ou encore la prédication de cette bonne nouvelle. Quand Paul parle de son évangile, il s’agit de l’annonce du salut en la personne de Jésus, le Christ. Il faut s’enlever de l’esprit qu’un évangile, à l’origine, n’est pas un livre, une œuvre littéraire ou historique mais la prédication, l’annonce du salut accom­pli dans le Christ, sauveur. Les rédacteurs ne furent pas des écrivains qui, comme aujourd’hui, consultent des archives, classent des documents pour présenter une œuvre littéraire ou historique. L’évangéliste procède autrement. Comme je l’ai dit plus haut, il a voulu mettre en «ordre» des documents divers comme des for­mules liturgiques, des confessions de foi, des collections de paraboles de Jésus et surtout le récit de la Pas­sion de Jésus. Avant d’être un texte fixé, la bonne nouvelle était une parole vivante, nourrissant la foi des fidèles. Chaque évangéliste a donc une perspective particulière.

 

L’évangile de Matthieu miroir d’une communauté

 


Il apparaît à la fois comme le plus juif et le plus anti-juif des quatre évangélistes.

 

Le plus juif

 
1) Il cite abondamment l'Ancien Testament. Par moment on a l'impression que Jésus est le fruit des écrits de l'Ancien Testament. Qu e de fois on lit cette phrase : « Pour que s'accomplit ce que le Seigneur, entendons Dieu, a tout préparé pour la venue de Jésus. Il a accomplit l'Écriture, encore que cette expression peut signifier qu'il la conduit à sa perfection.

 


2) Matthieu présente aussi Jésus comme refaisant la vie de ses ancêtres. Il est donc un vrai fils d’Israël. Ses lecteurs n’ont donc pas à craindre. Et même Jésus est présenté comme un nouveau Moïse. Il n’est pas sauvé des eaux mais de la fureur meurtrière d’Hérode au début de sa vie. Il va en Égypte pour fuir et revenir en son pays comme Moïse. D’ailleurs il est venu pour accomplir la loi (Moïse et les pro¬phètes). Sur une montagne Jésus inaugure son premiers grand discours comme Moïse reçut la Loi sur le Sinaïe. «Quand il vit la foule, il gravit la montagne.» Sur une montagne il est transfiguré en compagnie de Moïse et d’Élie, comme Moïse après sa rencontre avec Yavhé sur le Sinaïe fut transfiguré. À la fin de son récit, l’auteur s’exprime ainsi : (Les disciples) se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.» (28,16) Il disparaît à leur regard comme Moïse au mont Nébo.



3) Dans ce discours sur la montagne. À partir du verset 17 du chapitre 5, Jésus part de ce que tout Juif savait pour aller plus loin. Il dit bien qu’il n’est pas venu abolir la Loi et les Prophètes (encore les deux mots) mais l’accomplir, entendons la mener à sa perfection. Il est question du Royaume des cieux pour bien montrer le rôle de Jésus – non venu pour un royaume terrestre qui était l’attente des Juifs au sujet du Messie attendu.-  «Je vous le dis en effet :  Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.». Retenez les deux classes : scribes et pharisiens car elles reviendront tout au long de l’évangile. Jésus cite six fois des passages de la Loi : Exode et Deutéronome avec la même tournure : Vous avez appris qu’il a été dit (aux anciens) – au sujet du meurtre; au sujet de l’adultère; au sujet de la répudiation; au sujet des faux ser¬ments; au sujet de la loi du talion; au sujet de l’amour du prochain. Une tendance ou un grand défaut des pharisiens consistait à se faire remarquer. Cette manière a tellement influencé notre manière de voir qu’on a forgé un mot en français : pharisaïsme pour signifier l’hypocrisie.


4) Vous remarquerez qu’il est question de justice, de juste. Il ne faut pas comprendre ce nom et cet ad¬jectif comme nous comprenons la vertu de justice. La justice au sens biblique du mot résulte d’une observance fidèle de la loi de Dieu. À la justice (ou à l’observance strictement légale) des pharisiens, Jésus substitue une justice plus haute, toute inspirée par l’amour. D’où le synonyme : sainteté. La justice «ajuste» l’homme au dessein de Dieu. Quand on se fait trop remarquer on perd la récompense auprès de notre Père qui est au cieux. Matthieu passe en revue les trois grandes pratiques du ju¬daïsme : l’aumône qu’il faut pratiquer en secret; la prière qui doit se faire retirée; le jeûne qui ne doit pas paraître par un air abattu et une mine défaite. On doit se parfumer et se laver pour que rien ne pa¬raisse de ses privations. Je pourrais relever d’autres traits de ce discours sur la montagne où Matthieu met dans la bouche de Jésus des points de vue venant du judaïsme et qu’il faut dépasser.

5) Comme autre point de Jésus avec la religion de ses pères, je vous remets en mémoire toutes ces pa¬roles de Jésus, parfois dures quand il dénonce les scribes et les pharisiens. Au chapitre 23. après avoir souligné le comportement de ces deux classes, on pourrait résumer ainsi :«Ils disent et ne font pas.» (23,3) Jésus prononce sept invectives contre les pharisiens. Autant au début de sa vie il a lancé cette invitation « heureux» ici il dit sept fois «malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens, parce que …»

 

 

Devant tant d’insistance de l’auteur contre le pharisaïsme on est obligé de constater qu’il s’adressait sans doute à des fidèles composés en majorité venant du judaïsme. On sent en sourdine qu’il veut les tirer de leurs habitudes.

 

 

 Petit à petit on constate que les scribes et les pharisiens s’opposent à Jésus qui les dénoncent. Ils décident de le supprimer car il les gêne. Comme un bon écrivain, Matthieu fait constater la tension qui monte de plus en plus.

 
Toutefois par la généalogie qui ouvre son ouvrage, l’auteur cherche à montrer que Jésus est bien fils de David (donc roi) et fils d’Abraham (donc bien juif). Dans l’annonce à Joseph, la divinité de Jésus vient s’ajouter. Et que dira à la mort de Jésus le centurion qui gardait Jésus : «Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu.» Cette affirmation vient d’un étranger, un païen. À la Transfiguration, autre affirmation de la foi en Jésus : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le.» (17,4) Oui, écoutez-le et non ceux qui nient Jésus comme Fils de Dieu. S’il est Dieu (c’est le sens de Fils de Dieu) sa parole a au­tant de valeur que ce qui vient des Anciens et davantage. S’il est le Messie, changez vos conceptions; il n’est pas le libérateur du joug romain. On a tendu un piège à Jésus avec le tribu à payer. Il s’en sort avec une af­firmation de sa mission. De par son nom- Jésus – le Seigneur sauve- sa mission sera d’un autre ordre.

 

 

Ouverture aux païens ou anti-juif


La manifestation aux païens semble être aussi un souci de Matthieu. Des mages viennent d’Orient. Ils re­connaissent Jésus comme roi des juifs et l’adorent comme un Dieu. Hérode et tout Jérusalem (entendons les chefs juifs et le judaïsme) rejettent leur roi et tentent de le tuer en éliminant tous les enfants de la région de Bethléem en bas de deux ans.

 
La finale de l’évangile s’ouvre sur un monde beaucoup plus large que la polémique contre le pharisaïsme et le monde juif. C’était normal de parler du monde juif car Jésus était de cette race et il a pratiqué et respecté la religion de ses ancêtres. Mais sa mission s’adresse à tous les hommes. Les Actes des Apôtres tâcheront de montrer cette expansion. Jésus a été envoyé aux brebis perdus de la maison d’Israël, c’est vrai, mais la finale de Matthieu s’ouvre sur l’univers : «Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (28,16-20)


Remarques sur ce passage. Les onze se rendent en Galilée. Cette région a vu le début du ministère de Jé­sus. Donner rendez-vous avec ses disciples en Galilée c’est comme leur dire que tout recommence. Ce n’est plus le ministère de Jésus mais de son Église à travers les apôtres. Ce n’est pas une conclusion de l’évangile mais le début ou le départ de la bonne nouvelle apportée par Jésus. Pourquoi une montagne sans nom ? Sur une montagne le regard peut s’étendre au loin ou sans limite comme le sera l’Église. En le voyant les onze se prosternèrent. C’est un geste d’adoration que Matthieu aime. Les mages se prosternèrent pour adorer Jésus. (Mt 2,11) De même après des guérisons (Cf 8,11; 9,18 et cetera). Après sa résurrection le Christ a tout pou­voir. Il tient en ses mains le sort du monde. Un ordre leur est donné : Allez, dans toutes les nations. C’est le temps de la mission universelle. Dieu est avec nous, tel est le nom même de Jésus «Emmanuel» Dieu avec nous. Le baptême ici signifie bien ce que nous connaissons. Mais il peut vouloir dire aussi un commence­ment nouveau, une nouvelle création comme l’eau qui couvrait la face de la terre dans le récit de la Genèse. Cette présence de Jésus se poursuivra jusqu’à la fin du monde. Au moment de la guérison d’un serviteur du centurion, Jésus «fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : «Amen, je vous le déclare, chez per­sonne en Israël je n’ai trouvé une telle foi. Aussi je vous le dis : «Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du Royaume des cieux, et les héritiers du royaume seront jetés dehors dans les ténèbres.» (8,10-12) La même constatation pour la foi de la Cana­néenne en 15, 21-28.
« Jésus s'était retiré vers la région de Tyr et de Sidon. Voici qu'une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : «Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon.» Mais il ne lui répondit rien. Les disciples s'approchèrent pour lui demander : «Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : «Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël.» Mais elle vint se prosterner devant lui : «Seigneur, viens à mon secours ! »Il répondit : «Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. C'est vrai, Seigneur, reprit-elle; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.» Jésus répondit : «Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! » Et, à l'heure même, sa fille fut guérie.» Comme l’évangile de Matthieu s’adresse à des juifs convertis, vous remarquerez que le récit est dramatisé. L’évangile montre que Jésus est loyal envers le peuple juif mais aussi que la foi se répand chez les païens, tandis que beaucoup de Juifs se ferment au message.


Un autre passage significatif. «Jésus se mit à faire des reproches aux villes où avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas converties : «Malheureuse es-tu, Corazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que les gens y auraient pris le vêtement de deuil et la cendre en signe de pénitence. En tout cas je vous le déclare : Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement que vous, au jour du Jugement. Et toi, Capharnaüm, seras-tu donc élevé jusqu’au ciel ! Non, tu descendras jusqu’au séjour des morts ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez toi avaient eu lieu à Sodome, cette ville subsisterait encore aujourd’hui. En tout cas, je vous le déclare : le pays de Sodome sera traité moins sévèrement que toi, au jour du jugement.» (Mt 11, 20-24)


«Jésus alla dans son pays, et il enseignait les gens dans leurs synagogues, de telle manière qu'ils étaient frappés d'étonnement et disaient: «D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles?
N'est-il pas le fils du char­pentier ? Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie, et ses frères : Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? Alors, d'où lui vient tout cela ? » Et ils étaient profondément choqués à cause de lui. Jésus leur dit : «Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie et dans sa propre maison.» Et il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là, à cause de leur manque de foi.» (Mt 13, 54-58) Les premiers disciples juifs du temps de Matthieu auraient-ils eu de la difficulté à voir dans Jésus le Messie annoncé  ? Après cet épisode on ne verra plus Jésus entrer dans une synagogue. Cette rupture de Jésus avec les siens symbolise la rupture des chrétiens avec le judaïsme au temps de Matthieu.


Une dernière citation. Elle expose la fin du judaïsme par l’annonce de la destruction du Temple. «Jésus était sorti du Temple et s’en allait, lorsque ses disciples s’approchèrent pour lui faire remarquer les construc­tions du Temple. Alors il leur déclara : «Vous voyez tout cela, n’est-ce-pas ? Amen, je vous le dis : il ne res­tera pas ici pierre sur pierre ; tout sera détruit.» (Mt 24, 1-2) Le temple symbolisait la présence de Dieu avec son peuple. Détruit, il faudra que ce soit Jésus qui devienne le nouveau temple de la présence de Dieu avec les siens. Il porte bien son nom : Emmanuel  = Dieu avec nous.


On constate aussi chez Matthieu une orientation missionnaire ou une dimension universelle. On pourra voir 4,15-16 ; 10,34 ; 28, 16-20.

 

 

La physionomie propre de Matthieu


La matière propre qui constitue entre 1/4 et un 1/3 de tout l’évangile, révèle des préoccupations assez précises.

 

 

Ce qui frappe à la lecture, c’est l’abondance des paroles de Jésus recueillies et organisées en cinq grands «discours». 1) sur la montagne (5-7) ; 2) sur la mission (10) ; 3) les paraboles (13) ; 4) discours com­munautaire (18) ; 5) discours eschatologique (24-25). Un certain nombre de paraboles qu’on peut classer en deux séries : une première qui met l’accent sur le mélange du bon et du mauvais et la nécessité du tri, comme l’ivraie ; le filet ; les vierges sages et folles ; la robe nuptiale ; le jugement dernier avec brebis et chèvres. Une deuxième série plus diversifiée et de type paradoxal : trésor et la perle ; ouvriers de la onzième heure ; les deux fils ; le débiteur impitoyable. Matthieu a un seul miracle propre : les deux aveugles nés qui semble un doublet de l’aveugle de Jéricho. Les épisodes propres sont plutôt de petits faits ou des dialogues insérés dans des épisodes connus par Marc et Luc et qui mettent presque toujours en scène Pierre. Vous lirez la mar­che sur les eaux (14, 26-30). La promesse : «Tu es Pierre»(16,15-19). L’impôt au Temple (17, 24-26). Le nombre de fois à pardonner (18, 21-22). Par ces apparitions de Pierre on a pu dire que cet évangile est ecclé­siastique. Il défend la primauté de Pierre dès le début du christianisme contre peut-être d’autres qui auraient voulu jouer un rôle de primauté comme on voit des notations dans l’évangile comme la mère des fils de Zé­bédé qui demande que ses deux fils siègent à la droite et à la gauche de Jésus dans son royaume.


L’évangile de l’enfance est bien différent de celui de Luc. C’est le point de vue de Joseph. Vous avez pu noter au temps de Noël des épisodes différents : pas les bergers mais les mages ; l’ambiance est tragique et dramatique ; suspicion de Hérode ; massacre des Innocents ; fuite en Égypte alors que chez Luc tout est serein.


Matthieu aime répéter des formules et ceci exprime bien ses orientations, sa pensée, ce qu’il veut faire passer comme message. On ne trouve que chez Matthieu : royaume des cieux alors que chez les autres on rencontre l’expression ; royaume de Dieu. Pourquoi ? Chez les Juifs on ne devait pas dire le nom de Dieu mais on utilisait des formules donnant des qualités. Ceci exprime bien que cet évangéliste s’adresse à des Juifs et qu’il est lui-même juif. Il emploie «les justes» ; comprendre ; hommes de peu de foi ; se prosterner ; scandale ; en ce temps-là ; pleurs et grincements de dents ; Jésus se retire quand on lui annonce certaines nouvelles (2,14.22 ; 4,12 ; 12,15 ;14,13 ;15,21 ; 16,4 ) ainsi s’accomplit ce qui a été dit … Il utilise le nom de Seigneur plus souvent que les trois autres évangélistes. Les grands discours se terminent par une formule qui se ressemble. Le titre de fils de David est important pour lui. Il revient au moins 7 fois (1,1 ; 9,27 ;12,23 ; 15,22 ; 20,30-31 ;21,9.15)


En lisant saint Matthieu, vous remarquerez les points suivants et qui sont comme un résumé de ce que je vous ai parlé.


Abondance des enseignements de Jésus et même présence de «discours» qui constituent autant de catéchèses.


En contrepartie, la tendance à réduire les récits de miracles à leurs éléments essentiels au contraire des deux autres évangélistes.


Un langage adapté surtout à des chrétiens dont la culture est restée juive.


Une présentation bien construite, sobre et presque trop ordonnée pour pouvoir rester totalement natu­relle.


La préoccupation de Matthieu de montrer que les Écritures (A.T.) s’accomplissent en Jésus.


Son insistance sur le «Royaume des cieux» à la place du «Royaume de Dieu.»


Il fait le transfert aux nations païennes du salut promis à Israël.

 

 


Cet évangile a eu la faveur à l’âge patristique et il fut le plus commenté. Pourquoi ? Je ne puis vous donner une raison profonde mais je crois qu’il y a toujours eu dans l’Église une forme d’antisémitisme. L’évangile de Matthieu va dans ce sens. Donc on allait y chercher des arguments contre les Juifs. Avant la réforme liturgique de Vatican II, c’était l’évangile qu’on lisait presque toujours en liturgie. Nous verrons dans les deux années suivantes Marc et Luc. Vous pourrez mieux voir alors la spécificité de chacun. Chacun a ses richesses et ses limitations. Le plus important reste dans le témoignage de foi sur Jésus que nous rece­vons à travers eux. L’Église a reçu et elle a transmis ce qu’elle a reçu et ne l’oublions pas notre théologie et notre foi se base sur les évangiles. Il ne faut pas dire comme les protestants ; scriptura sola, car l’Écriture a une valeur mais aussi la Tradition, c’est-à-dire la manière dont l’Écriture a été interprétée. À travers le temps l’Esprit Saint continue d’écrire et cela ne peut pas être mis de côté.

 

 



 

                                                           
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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 17:35
 

 
 

 

 REPOS ET REPAS 

Par
 Dom Raymond Carette osb

JUIN 2009 


 

 

Dans notre vie il se passe bien des activités de tous les jours sur lesquelles nous ne nous arrêtons pas parce qu’elles se font automatiquement. L’an dernier nous avons pu réfléchir sur le travail. À côté du travail ou mieux en contre partie il est possible de s’intéresser au repos. J’ai ajouté le repas comme partie du repos. En effet l’un et l’autre refont nos forces après un travail et nous aident à mieux vivre.

 

Ces deux activités que nous exerçons chaque jour sont nécessaires pour continuer à vivre. Pourquoi nous intéresser à ces deux sujets ? À cause de la vie trépidante de beaucoup de nos contemporains qui utilisent mal ces deux aspects de notre vie. Mal utilisé, on perd rapidement le nord et ce n’est pas toujours possible de réparer des abus même en prenant des vacances dans le sud ! Grâce à ces deux fonctions bien importantes nous refaisons notre organisme qui fonctionne comme une machine. Sans essence ou courant électrique on ne peut faire tourner un moteur. Sans nourriture, notre corps devient anémique; sans repos surtout dans le sommeil, on peut devenir malade psychologiquement. Tout notre être aussi bien le corps que l’esprit, a besoin de repos comme de repas, c’est-à-dire de nourriture.

 

Vous me direz que ce sont deux fonctions très concrètes bien terre à terre et par conséquent très éloignées de la vie spirituelle. Mais attention. Si vous avez déjà lu des auteurs spirituels et des considérations des Pères de l’Église, ces deux aspects de la vie sont abordés au début de la vie spirituelle. Ne parle-on pas de jeûne, de veille ? Que sont ces deux activités si ce n’est comment utiliser la nourriture et le sommeil comme repos. Pour que le côté spirituel puisse bien fonctionner il est nécessaire de ne pas abuser ni de l’un ni de l’autre. Vous me direz qu’il y a eu des saints et des saintes qui n’en ont pas tenu compte. C’est vrai. Il ne faut pas prendre l’exception pour la règle générale. Celui qui ne veut pas manger ou se détendre peut briser sa santé physique ou mental. Je vous rapporte un texte de saint Antoine dans les sentences des pères du désert. « Il y avait dans le désert un chasseur de bêtes sauvages qui vit abba Antoine se récréant avec des frères. Il s’en scandalisa. Voulant le convaincre qu’il fallait de temps en temps condescendre aux frères, le vieillard lui dit : « Mets une flèche à ton arc, et bande-le.» Il fit ainsi. Le vieillard reprit :« Bande-le un peu plus», et le chasseur le fit. Le vieillard lui dit encore : « Continue à le bander.» Le chasseur répondit : « Si je bande mon arc au delà de la mesure, je vais le casser.» Le vieillard lui dit alors : « Il en va de même dans l’œuvre du Seigneur; si nous tendons les frères outre mesure, ils seront bientôt brisés. Il faut donc de temps en temps condescendre à leurs besoins.» Entendant ces paroles, le chasseur fut pénétré de componction. Grandement édifié par le vieillard, il partit. Quant aux frères, ils retournèrent chez eux fortifiés.»  Par le sommeil, la détente, la nourriture nous réparons les usures de notre organisme et nous pouvons continuer à vivre sans devenir un poids pour soi et pour les autres.

 

Toutefois même si nous sommes bien conscients qu’il faut ces deux sources pour vivre décemment, nous pouvons quitter la norme de deux manières : soit en ne prenant pas assez de repos ou de nourriture ou en mangeant trop et en se reposant trop. Dans l’usage de ce qui est mis à notre disposition nous avons à établir un équilibre. Cet équilibre varie d’une personne à l’autre, d’une journée à l’autre sans oublier de tenir compte de l’âge, de l’état de santé ou de la maladie. Vous vous souvenez ce que saint Benoît écrit à ce sujet : «Aussi avons-nous quelque scrupule à régler l’alimentation d’autrui.» (40, 2)

 

À la suite de cette citation de la règle de saint Benoît, je veux revenir sur ce que j’ai dit plus haut. Toute spiritualité doit s’exprimer, se concrétiser dans des actions de la vie ordinaire. Il ne faut pas structurer toute une spiritualité autour du repos et du repas mais il faut rester éveillé sur ces points qui touchent notre nature humaine car autrement on risque de tomber dans une forme d’angélisme. Une spiritualité ne doit pas être désincarnée. Pourquoi ? S’il y a trop de préoccupations au sujet des comportements corporels, le message spirituel ne passera pas parce que toute l’attention sera dirigée vers des points trop sensibles. Ce sont des moyens et non des fins.

 

À ce sujet j’ai trouvé dans le commentaire de la règle de Dom Guillaume Jedrezejczak, Sur un chemin de liberté, ce passage intéressant que je ne puis m’empêcher de vous citer. Sur le chapitre 22 voici ce qu’il écrit :

 

« Le plus étonnant dans la règle, c’est que saint Benoît s’intéresse à des choses que nous n’aurions plus l’idée d’y mettre : la nourriture, le rang dans la communauté, le travail, la manière de dormir. Il y attache même une telle importance qu’il y consacre des chapitres entiers de sa Règle, alors qu’il ne parle qu’en passant de l’oraison, de la lectio, de l’eucharistie. Voilà qui est vraiment très surprenant !

 

« Pourquoi donc saint Benoît agit-il ainsi ? Pourquoi donne-t-il tant de place à des choses qui nous semblent si communes et banales ? Pour répondre à ces questions, il faut dépasser le niveau des dispositions concrètes en essayant de saisir l’intuition fondamentale de saint Benoît.

 

« Et quelle est cette intuition ? Je crois qu’on pourrait la résumer ainsi : Dieu a créé l’homme comme un être unifié; le péché a détruit l’unité de l’homme, il en a fait un être divisé; tout le chemin monastique est un chemin de retour à cette unité, En s’incarnant, le Christ a fait de notre chair ce chemin de retour à Dieu. Il a fait de notre existence concrète, avec toutes ses activités, un chemin spirituel.

 

« La caractéristique fondamentale de la spiritualité monastique, de la spiritualité chrétienne, est que tout, absolument tout, peut devenir le lieu de la rencontre de Dieu. Il n’y a pas des occupations nobles et des occupations viles, des charges spirituelles et d’autres qui sont profanes. Tout est devenu le lieu où Dieu peut venir à notre rencontre, si nous sommes présents à ce que nous faisons, même les choses les plus humbles et les plus communes.» ( p. 230-231)

 

Au début d’un cheminement spirituel l’attention se porte beaucoup sur une maîtrise de ces deux points savoir la nourriture et le sommeil. Saint Benoît s’en est soucié lui aussi tout conscient qu’il fût de la nature humaine. Si vous remontez plus loin chez les Pères du désert, vous serez surpris de constater les points concrets qu’ils abordent. Ces questions de base se posent à toutes les générations : quels soins apporter dans le domaine de la nourriture et du sommeil ou du repos pour rester plus libre face à la grâce divine, la vie de Dieu en nous.

 

Si vous lisez avec attention les titres des chapitres 39 et 40 de la règle de saint Benoît qui traitent du manger et du boire, vous rencontrerez le même mot : mensura qui se traduit en français par mesure. Cette mesure se retrouve encore au sujet du travail. «Que tout se fasse néanmoins avec mesure (mensurate) par égard pour les faibles.» (48, 9)

 

En continuant cette étude je vais procéder comme l’an dernier au sujet du travail. Ce ne sera pas un exposé très structuré mais des réflexions personnelles. Le repos passera au premier plan car il semble s’opposer davantage au travail. Le repas viendra ensuite comme une forme de repos. Il se peut que je revienne en passant sur le travail.

 



Le Repos


       

Constatons que notre existence se compose d’alternances d’élans et de repos. Si l’un est mis de côté, l’autre en souffre. Être toujours en élan, ce n’est pas normal comme être toujours au repos.

 

Le repos peut se comparer à une jouissance après une recherche; le repos peut se comprendre encore comme la conclusion d’une œuvre. Vous connaissez ce passage de la Genèse. Dieu créa le monde en six jours et le septième il se reposa. Il vit que cela était bon, entendons son œuvre. Dieu n’a pas besoin de repos. On approprie à Dieu ce que nous vivons en tant qu’homme.

 

Dans les traités de spiritualité, des auteurs parlent du repos contemplatif. Qu’est ce que cela veut dire ? Tout acte de contemplation ne peut se réaliser sans un arrêt sur un objet. La contemplation fait comme cesser les autres activités humaines pour se pencher sur ce qui attire l’âme vers Dieu, ses œuvres de salut ou sur toute autre réalité surnaturelle. On peut même avoir du repos dans la contemplation d’un phénomène de la nature ou une œuvre d’art. Cependant remarquez que l’on ne parle jamais d’audition contemplative car les sons passent l’un après l’autre sans arrêt alors que la vue peut se reposer sur un objet comme l’intelligence. C’est pourquoi le vocabulaire de la contemplation utilise le sens de la vue comme le plus développé de l’homme pour exprimer une autre réalité. Nous pouvons voir au loin et l’oreille est plus limitée comme les autres sens. Au ciel, nous jouirons de la vision béatifique.

 

Pourquoi nous reposer ? Parce que nous avons besoin de réparer ce qui a été épuisé, usé, fatigué par l’usage. On constate que l’épuisement peut venir de diverses causes.

 

1)  Un épuisement physique et une fatigue physique comme des courbatures peuvent venir d’un travail manuel ou du sport.


2)  Un épuisement psychologique. Il arrive à la suite d’une épreuve comme un deuil, une perte d’emploi, une peine d’amour. On peut parler ici quelques fois d’une dépression.

 

3)  Une fatigue morale peut prendre naissance du soucis des parents au sujet de leurs enfants, de la tristesse.

 

4)  Dans la vie spirituelle, on parle de fatigue quand l’âme qui a reçu des consolations de Dieu passe par une période de mise à l’épreuve. L’âme vit alors dans le noir ou dans un tunnel.

 

À  ces sortes de fatigue ou d’usure, correspondent des repos.

 

1)  Un repos physique répare en ne faisant pas trop d’exercice, en restant plus longtemps assis ou couché, en mangeant bien.

 

2)  Une détente, un divertissement, une acceptation de la situation, la compagnie d’amis et de parents aident à dépasser une fatigue psychologique comme un deuil.

 

3)  La tension ou la fatigue morale diminue en acceptant de ne pas tout contrôler; en faisant confiance à Dieu et à la vie, en ses capacités, à l’avenir, aux autres.

 

4)  On n’aborde pas trop souvent la fatigue spirituelle dans la vie courante. Elle existe et elle se dépasse en augmentant la vie de foi en Dieu, la charité envers le prochain, en demandant conseil et surtout en restant calme. La lecture d’une vie de saint fait aussi du bien surtout quand elle reste bien proche du réel sans trop de phénomènes extraordinaires.

 

J’ai constaté que la fatigue peut devenir contagieuse surtout pour la fatigue 2 et 3.

 

Sous un autre aspect, le repos s’oppose à la recherche. Le vrai repos n’est pas la cessation d’une activité mais son accomplissement, sa réalisation. Le repos arrive quand le but est atteint, quand la fin poursuivie est réalisée et accomplie. Dans notre agir il peut en effet y avoir deux fins ou deux buts. Une fin intermédiaire et une fin ultime ou dernière. Cassien utilise cette distinction au sujet de la vie monastique. La fin intermédiaire c’est la charité tandis que la vie bienheureuse est la fin dernière. On peut trouver un repos dans l’une comme dans l’autre. Saint Augustin parle du repos en Dieu. « Qui me donnera de me reposer en Toi ? Qui me donnera que tu viennes dans mon cœur pour l’enivrer, afin que j’oublie mes maux et que je puisse étreindre mon unique bien, qui est toi ? »

 

Qu’en est-il dans l’Écriture ? Comment aborde-t-on la fatigue et le repos ? Un exemple. Saint Jean nous présente Jésus assis sur le bord du puits de Jacob en Samarie, fatigué par la marche. (4,6)  Dans le même chapitre Jésus s’adresse ainsi aux disciples : « Je vous ai envoyé moissonner ce que vous n’avez pas travaillé, d’autres ont travaillé et vous êtes entrés dans leur travail.» (38) Dans Luc 5,5 au sujet de la pêche miraculeuse, on lit ceci : « Ils avaient travaillé toute la nuit sans rien prendre.» La Bible Osty dans ces deux cas utilise l’expression : avoir peiné. Le travail entraîne la fatigue et cette fatigue est liée à l’acte de travailler. Travail et fatigue en grec ont une même racine, celle de couper, trancher et être en peine. La fatigue du travail, c’est sa peine, car le travail ampute, moleste, brise. Seuls les lis des champs « ne travaillent ni ne peinent.» (Mt 6, 28) parce qu’ils n’ont pas de souci. Il faudrait citer ici tout ce passage du discours sur la montagne qui parle de l’abandon à la Providence (6, 25-34) pour éviter de se faire des soucis lesquels conduisent à la fatigue. C’est notre lot d’être un être qui travaille, se fatigue et peine, un être soucieux. Les soucis brisent davantage l’homme que son travail. Vous connaissez cette déclaration de Jésus dans saint Matthieu : «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et je vous donnerai le repos. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger.» (11, 28-30) Osty traduit fatiguer par peiner. On pourrait même traduire par travailler. Dans une traduction anglaise on s’exprime ainsi : « Come to me, all you who labor and are bundered. »

 

Quel est ce fardeau qui fatigue les lecteurs de saint Matthieu ? Les lois des pharisiens et des docteurs de la loi qui ont placé sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent pas porter eux-mêmes. (Mt 23, 4) Les hommes déjà fatigués par le travail, sont en outre, écrasés par la religion d’une loi tatillonne. Le joug que propose Jésus est doux et son fardeau léger. L’écrasement ne résulte pas, chez eux, de la seule fatigue physique, ni même de la misère psychologique qui est certainement considérable, mais aussi d’être vraiment en paix avec Dieu par les moyens qu’on leur a enseignés.

 

Si le légalisme est une attitude nocive, il peut y en avoir d’autres. Nous avons inventé l’activité débordante et le divertissement systématique. Ces deux attitudes arrivent au même résultat : fuite d’une réalité en ne parvenant pas à une acceptation de la réalité de son moi. Nous passons de la fatigue qui résulte du joug que nous avons mis sur nos épaules sans même s’en rendre compte. Deux exemples se trouvent dans le Nouveau Testament. Celui de l’homme riche dont l’activité débordante remplit ses greniers (Luc 12, 15-21); celui du fils prodigue qui dissipe son bien dans la débauche. L’un et l’autre fuient leur vraie situation. L’un et l’autre illustrent des attitudes fatigantes. C’est à eux qu’est adressé l’appel de Jésus : «Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés.»

 

Le service de Dieu peut fatiguer par l’affrontement des hommes qu’il impose. On sait que saint Paul « pressé de toutes parts» éprouvait le désir de s’en aller et d’être avec le Christ.

 

La notion biblique de repos ne couvre pas seulement l’idée d’une suspension d’activités, mais celle d’une réfection, d’une régénération. Pour le nomade le repos est lié à l’abondance alimentaire, à l’ombre et surtout à l’eau. Rien d’étonnant à ce que le repos soit lié au paradis, à la terre promise comme la fatigue à la marche au désert. Au peuple qui sort d’Égypte et qui traverse le désert  c’est une sorte de jardin qui est promis, une terre où coulent le lait et le miel. Le repos que Dieu prévoit pour son peuple ne sera pas la cessation de l’activité, mais la fin de l’usure provoquée par la marche et les épreuves du désert.

 

Dans sa vie, Jésus prend souvent des prises de positions au sujet du sabbat. Ce mot signifie un temps de repos par excellence. Or Jésus laisse ses disciples broyer et manger des épis de blé ce jour sacré pour les pharisiens. Il se fait accuser. À plusieurs reprises dans la synagogue, il accomplit des miracles et on l’accuse de travailler. C’est à la suite de ce passage de la cueillette des épis que saint Marc a cette sentence qui lui est propre : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat.» (2, 27) Voici un passage de Luc : « Jésus était en train d’enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat. Il y avait là une femme, possédée par un esprit mauvais qui la rendait infirme depuis dix-huit ans. Elle était toute courbée et absolument incapable de se redresser. Quand Jésus la vit, il l’interpella : « Femme, te voilà délivrée de ton infirmité.» Puis, il lui imposa les mains; à l’instant même elle se trouva toute droite, et elle rendait gloire à Dieu. Le chef de la synagogue fut indigné de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat. Il prit la parole pour dire à la foule : « Il y a six jours pour travailler; venez donc vous faire guérir ces jours-là et non le jour du sabbat.» (13, 10-17 )

 

La vie humaine comprend donc des rythmes de pertes et de réparations de l’énergie. La vie des animaux aussi. Voyons la différence. L’animal dort parce qu’il ne peut pas penser. L’homme dort et se repose parce qu’il décide de ne plus penser. Le rythme travail et repos n’est pas pour l’homme purement naturel, il obéit en plus à la nature culturelle de l’homme. L’homme est encore capable de décider jusqu’à un certain point qu’il ne se reposera pas, de même qu’il peut ralentir volontairement certaines activités. L’homme peut travailler ou se reposer à cause de lois intérieures ou extérieures qui le poussent. Nous entrons de plus en plus dans une civilisation du loisir, en présence de temps de repos de plus en plus longs mais souvent de plus en plus vides. Pensons aux personnes retraitées de plus en plus jeunes et qui ne savent plus occuper leur temps.

 

Dans notre vie il existe des rythmes journaliers avec des moments de récupération journaliers; des rythmes hebdomadaires et des rythmes annuels. J’appellerais ceci des élans et des repos. On peut se fatiguer au travail et aussi accumuler encore de la fatigue inutile en mangeant trop. L’un peut avoir à voyager pour aller à son travail et il doit apprendre à se reposer pendant ces moments en évitant d’être agressifs, impatients et accumulant ainsi de la fatigue inutile. Je sais que ce n’est pas toujours agréable de sortir d’un centre ville aux heures de pointe mais il y aurait possibilité de détente en prenant ces moments sous le bon côté. On constate des chauffeurs impatients comme d’autres qui ne s’en font pas parce qu’ils savent se détendre.

 

 

 Le Repas 




Après le repos, le repas qui est une manière de se reposer, c’est-à-dire de refaire ses forces et plus concrètement pour continuer à vivre. Car pour celui qui ne mange pas assez les forces s’en vont, la fatigue revient plus rapidement. Quand on ne donne plus d’eau à une plante, elle sèche et meurt.

 

Manger permet de refaire son organisme. Le repas est aussi signe de communion. En plus de soutenir notre organisme, il peut devenir une action sociale, un signe de partage. L’animalité en nous peut se manifester à l’occasion des repas. Je dirais que la manière de manger devient un signe de civilisation, de culture, de respect mutuel à l’encontre de l’animal. Si vous avez déjà observé des animaux à qui on donne de la nourriture, on constate une hiérarchie : le plus fort mange le premier. Le repas est aussi un lieu d’échange, un moment de partage et non un geste égoïste.

 

Les repas sont de diverses espèces. La majorité des gens dans notre civilisation prennent beaucoup de repas dans le style casse croûte ou fast-food. Il n’y a pas alors de partage. Chacun fait son affaire et repart rapidement. J’appellerais cela des repas à la chaîne. Mais un repas peut être aussi ordinaire, chaque jour, deux à trois fois pris en famille. Le repas de fête ne doit pas être trop fréquent car il perd son sens. Un banquet souligne ordinairement un événement avec beaucoup de convives comme un banquet de mariage.

 

Voyons des raisons qui peuvent pousser à manger. Pour les uns, manger est une occasion d’oublier une situation. J’appellerais cela le repas placebo. Une fois le repas terminé, la situation à affronter n’a pas changé et on revient au point de départ. Celui qui prend un repas fuite mange ordinairement beaucoup. On parle alors d’outre mangeur.

 

Un autre s’amène à table non pour échapper à une situation mais par gourmandise. Il recherche sans doute la quantité comme aussi la qualité. Ordinairement ces personnes mangent vite.

 

Des personnes aiment se rencontrer à table pour le plaisir d’être ensemble, pour partager et échanger avec des parents ou des amis. Pour honorer quelqu’un ou souligner un anniversaire on partage un repas.  Après des funérailles, la famille invite à un repas pour se sentir ensemble, pour se détendre, pour échanger, pour supporter le deuil.

 

Dans tous ces aspects un point commun : on mange pour subsister dans son existence, pour refaire ses forces. Qui se gave de nourriture peut devenir malade ou somnolent. Qui ne mange pas assez perd des capacités tant motrices qu’intellectuelles. Vous connaissez le proverbe : «Ventre affamé n’a point d’oreilles.» Ce qui veut dire : l’homme pressé par la faim est sourd à toute parole.

 

Dans la Bible, le repas offert est un geste d’hospitalité. Abraham reçoit trois hommes au chêne de Membré. (Gn 18, 1-5) Le publicain Matthieu reçoit Jésus en témoignage de reconnaissance. (2, 11) À l’arrivée d’un parent, le repas devient un signe de réjouissance (Tb 7, 9) comme aussi le retour du fils prodigue en Luc. (15, 22-32)  On peut manger en privant les autres, surtout les pauvres comme on le constate dans la parabole du riche et du pauvre Lazare. (Lc 12,19 ss) On a consigné surtout dans les livres sapientiaux des règles de conduite à tenir à table comme des conseils de tempérance (Pr 23, 20 ss; Si 31, 12-22); des conseils de prudence (Pr 23,10; Si 13,7); de la rectitude morale (Si 6,10; 40,29) «Quand tu es invité à un repas ne va pas prendre la première place.» (Lc 14,8)

 

Toujours dans la Bible on rencontre des repas sacrés qui confirment une alliance. Tel le repas pascal qui rappelait les merveilles du début de l’alliance de Dieu avec son peuple. (Ex 12-13) On mangeait aussi les prémices comme un rappel de la providence continuelle de Dieu qui veille sur les siens. (Dt 26)

 

Pour agrémenter un repas de fête on y ajoute des chants, de la danse, de la musique pour aider à faire dépasser la matérialité du festin. Saint Jean Baptiste s’est fait couper la tête parce qu’Hérodiade a fait perdre la tête à Hérode en dansant à l’occasion d’un repas de fête.

 

Dans la vie de Jésus vous savez qu’on le présente souvent invité à des repas. Il est reçu à la table de Marthe et Marie. (Lc 10, 38-42)  Il accepte l’invitation du pharisien Simon et il accueille à cette occasion le repentir de la pécheresse qui devient comme une fête. (Lc 7, 36-50)  Il partage sans scrupule la table des pharisiens (Mt 9,10) ou de Zachée un publicain. (Lc 19,1-10) À l’occasion de l’appel de Lévi, il reçoit une invitation pour un grand festin. (Lc 5, 27-30) Dans saint Luc on trouve encore huit autres mentions de repas. Je vous laisse le soin de les trouver. Saint Jean  présente Jésus faisant son premier miracle (signe) à l’occasion d’un repas de noce à Cana où le vin manqua. (2,1-11) Il ne faut pas oublier les deux grands picniques où Jésus multiplia le pain et le poisson.

 

Il y aurait un parallèle à établir entre le repas où Jean Baptiste entre dans le repos éternel et le repas eucharistique avant son départ de ce monde quand Jésus est trahi. L’un est livré à mort par Hérodiade; l’autre par Judas.


Jésus parle du repas eschatologique, de la fin des temps : « Je vous dis que beaucoup arriveront du Levant et du Couchant et se mettront à table avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des Cieux, tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors; là seront des sanglots et des grincements de dents.» (Mt 8,11-12) Ceci rappelle une constatation d’Isaïe . On peut lire ce passage aux messes de funérailles : « Dieu des armées fera pour tous les peuples un festin de viandes grasses, pleines de moelle, de vins dépouillés, clarifiés.» (Is 25,6) Vous connaissez aussi la parabole des noces royales dans Mt 22, 1-14 qui se lit aussi chez Luc mais qui est introduite à la suite d’une autre parabole sur le choix des places à l’occasion d’un repas où Jésus était invité quand il remarqua comment les invités choisissaient les premiers divans. « L’un des convives lui dit : « Heureux celui qui prendra son repas dans le royaume de Dieu.» (Lc 14,7 et 15) Dans l’Apocalypse vous avez déjà lu ce célèbre passage : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un écoute ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je dînerai avec lui et lui avec moi.» (3, 20)

 

Jésus se fait reconnaître à Pâques par les disciples d’Emmaüs au cours d’un repas (Lc 24, 30) et à ses disciples en Galilée selon ce que rapporte Jean : « Jésus leur dit : «Venez déjeuner.» (21,12)

 

Dans les Actes des Apôtres, la communauté renouvelle le repas de Jésus par la fraction du pain dans la joie et la communion fraternelle. (Ac 2, 42.46) Paul, dans la première aux Corinthiens, décrit comment les chrétiens doivent prendre leurs repas au chapitre 11, 17-33. Vous vous souvenez que j’en ai parlé dans les entretiens sur l’eucharistie.

 

Le repas, vous ne le savez certainement pas, tire son nom du verbe latin pascere qui signifie d’abord paître pour les animaux; d’où on est arrivé au sens de repaître qui fait au participe : repu pour qui a mangé à satiété, pour celui qui est gavé, rassasié.

 

Un repas peut être copieux, plantureux. Son contraire : léger, frugal. On peut préparer un repas froid ou chaud. Dans un repas normalement on se rassasie ou on reste sur son appétit ou sa faim. Ce n’est pas toujours facile de garde cette mesure.

 

Quelles vertus développer à l’occasion de la nourriture ou du repos ? La tempérance et la sobriété. On peut se fatiguer en mangeant trop, c’est-à-dire en dépassant la norme. Le repas reste une sorte de repos, et quand il dépasse les normes, son but change. Vous pourrez relire ce que j’ai donné en 1998 sur la tempérance.

                                              
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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 17:58
 

 
 

 

 REPOS ET REPAS 

Par
 Dom Raymond Carette

JUIN 2009 


 

 

Dans notre vie il se passe bien des activités de tous les jours sur lesquelles nous ne nous arrêtons pas parce qu’elles se font automatiquement. L’an dernier nous avons pu réfléchir sur le travail. À côté du travail ou mieux en contre partie il est possible de s’intéresser au repos. J’ai ajouté le repas comme partie du repos. En effet l’un et l’autre refont nos forces après un travail et nous aident à mieux vivre.

 

Ces deux activités que nous exerçons chaque jour sont nécessaires pour continuer à vivre. Pourquoi nous intéresser à ces deux sujets ? À cause de la vie trépidante de beaucoup de nos contemporains qui utilisent mal ces deux aspects de notre vie. Mal utilisé, on perd rapidement le nord et ce n’est pas toujours possible de réparer des abus même en prenant des vacances dans le sud ! Grâce à ces deux fonctions bien importantes nous refaisons notre organisme qui fonctionne comme une machine. Sans essence ou courant électrique on ne peut faire tourner un moteur. Sans nourriture, notre corps devient anémique; sans repos surtout dans le sommeil, on peut devenir malade psychologiquement. Tout notre être aussi bien le corps que l’esprit, a besoin de repos comme de repas, c’est-à-dire de nourriture.

 

Vous me direz que ce sont deux fonctions très concrètes bien terre à terre et par conséquent très éloignées de la vie spirituelle. Mais attention. Si vous avez déjà lu des auteurs spirituels et des considérations des Pères de l’Église, ces deux aspects de la vie sont abordés au début de la vie spirituelle. Ne parle-on pas de jeûne, de veille ? Que sont ces deux activités si ce n’est comment utiliser la nourriture et le sommeil comme repos. Pour que le côté spirituel puisse bien fonctionner il est nécessaire de ne pas abuser ni de l’un ni de l’autre. Vous me direz qu’il y a eu des saints et des saintes qui n’en ont pas tenu compte. C’est vrai. Il ne faut pas prendre l’exception pour la règle générale. Celui qui ne veut pas manger ou se détendre peut briser sa santé physique ou mental. Je vous rapporte un texte de saint Antoine dans les sentences des pères du désert. « Il y avait dans le désert un chasseur de bêtes sauvages qui vit abba Antoine se récréant avec des frères. Il s’en scandalisa. Voulant le convaincre qu’il fallait de temps en temps condescendre aux frères, le vieillard lui dit : « Mets une flèche à ton arc, et bande-le.» Il fit ainsi. Le vieillard reprit :« Bande-le un peu plus», et le chasseur le fit. Le vieillard lui dit encore : « Continue à le bander.» Le chasseur répondit : « Si je bande mon arc au delà de la mesure, je vais le casser.» Le vieillard lui dit alors : « Il en va de même dans l’œuvre du Seigneur; si nous tendons les frères outre mesure, ils seront bientôt brisés. Il faut donc de temps en temps condescendre à leurs besoins.» Entendant ces paroles, le chasseur fut pénétré de componction. Grandement édifié par le vieillard, il partit. Quant aux frères, ils retournèrent chez eux fortifiés.»  Par le sommeil, la détente, la nourriture nous réparons les usures de notre organisme et nous pouvons continuer à vivre sans devenir un poids pour soi et pour les autres.

 

Toutefois même si nous sommes bien conscients qu’il faut ces deux sources pour vivre décemment, nous pouvons quitter la norme de deux manières : soit en ne prenant pas assez de repos ou de nourriture ou en mangeant trop et en se reposant trop. Dans l’usage de ce qui est mis à notre disposition nous avons à établir un équilibre. Cet équilibre varie d’une personne à l’autre, d’une journée à l’autre sans oublier de tenir compte de l’âge, de l’état de santé ou de la maladie. Vous vous souvenez ce que saint Benoît écrit à ce sujet : «Aussi avons-nous quelque scrupule à régler l’alimentation d’autrui.» (40, 2)

 

À la suite de cette citation de la règle de saint Benoît, je veux revenir sur ce que j’ai dit plus haut. Toute spiritualité doit s’exprimer, se concrétiser dans des actions de la vie ordinaire. Il ne faut pas structurer toute une spiritualité autour du repos et du repas mais il faut rester éveillé sur ces points qui touchent notre nature humaine car autrement on risque de tomber dans une forme d’angélisme. Une spiritualité ne doit pas être désincarnée. Pourquoi ? S’il y a trop de préoccupations au sujet des comportements corporels, le message spirituel ne passera pas parce que toute l’attention sera dirigée vers des points trop sensibles. Ce sont des moyens et non des fins.

 

À ce sujet j’ai trouvé dans le commentaire de la règle de Dom Guillaume Jedrezejczak, Sur un chemin de liberté, ce passage intéressant que je ne puis m’empêcher de vous citer. Sur le chapitre 22 voici ce qu’il écrit :

 

« Le plus étonnant dans la règle, c’est que saint Benoît s’intéresse à des choses que nous n’aurions plus l’idée d’y mettre : la nourriture, le rang dans la communauté, le travail, la manière de dormir. Il y attache même une telle importance qu’il y consacre des chapitres entiers de sa Règle, alors qu’il ne parle qu’en passant de l’oraison, de la lectio, de l’eucharistie. Voilà qui est vraiment très surprenant !

 

« Pourquoi donc saint Benoît agit-il ainsi ? Pourquoi donne-t-il tant de place à des choses qui nous semblent si communes et banales ? Pour répondre à ces questions, il faut dépasser le niveau des dispositions concrètes en essayant de saisir l’intuition fondamentale de saint Benoît.

 

« Et quelle est cette intuition ? Je crois qu’on pourrait la résumer ainsi : Dieu a créé l’homme comme un être unifié; le péché a détruit l’unité de l’homme, il en a fait un être divisé; tout le chemin monastique est un chemin de retour à cette unité, En s’incarnant, le Christ a fait de notre chair ce chemin de retour à Dieu. Il a fait de notre existence concrète, avec toutes ses activités, un chemin spirituel.

 

« La caractéristique fondamentale de la spiritualité monastique, de la spiritualité chrétienne, est que tout, absolument tout, peut devenir le lieu de la rencontre de Dieu. Il n’y a pas des occupations nobles et des occupations viles, des charges spirituelles et d’autres qui sont profanes. Tout est devenu le lieu où Dieu peut venir à notre rencontre, si nous sommes présents à ce que nous faisons, même les choses les plus humbles et les plus communes.» ( p. 230-231)

 

Au début d’un cheminement spirituel l’attention se porte beaucoup sur une maîtrise de ces deux points savoir la nourriture et le sommeil. Saint Benoît s’en est soucié lui aussi tout conscient qu’il fût de la nature humaine. Si vous remontez plus loin chez les Pères du désert, vous serez surpris de constater les points concrets qu’ils abordent. Ces questions de base se posent à toutes les générations : quels soins apporter dans le domaine de la nourriture et du sommeil ou du repos pour rester plus libre face à la grâce divine, la vie de Dieu en nous.

 

Si vous lisez avec attention les titres des chapitres 39 et 40 de la règle de saint Benoît qui traitent du manger et du boire, vous rencontrerez le même mot : mensura qui se traduit en français par mesure. Cette mesure se retrouve encore au sujet du travail. «Que tout se fasse néanmoins avec mesure (mensurate) par égard pour les faibles.» (48, 9)

 

En continuant cette étude je vais procéder comme l’an dernier au sujet du travail. Ce ne sera pas un exposé très structuré mais des réflexions personnelles. Le repos passera au premier plan car il semble s’opposer davantage au travail. Le repas viendra ensuite comme une forme de repos. Il se peut que je revienne en passant sur le travail.

 



Le Repos


       

Constatons que notre existence se compose d’alternances d’élans et de repos. Si l’un est mis de côté, l’autre en souffre. Être toujours en élan, ce n’est pas normal comme être toujours au repos.

 

Le repos peut se comparer à une jouissance après une recherche; le repos peut se comprendre encore comme la conclusion d’une œuvre. Vous connaissez ce passage de la Genèse. Dieu créa le monde en six jours et le septième il se reposa. Il vit que cela était bon, entendons son œuvre. Dieu n’a pas besoin de repos. On approprie à Dieu ce que nous vivons en tant qu’homme.

 

Dans les traités de spiritualité, des auteurs parlent du repos contemplatif. Qu’est ce que cela veut dire ? Tout acte de contemplation ne peut se réaliser sans un arrêt sur un objet. La contemplation fait comme cesser les autres activités humaines pour se pencher sur ce qui attire l’âme vers Dieu, ses œuvres de salut ou sur toute autre réalité surnaturelle. On peut même avoir du repos dans la contemplation d’un phénomène de la nature ou une œuvre d’art. Cependant remarquez que l’on ne parle jamais d’audition contemplative car les sons passent l’un après l’autre sans arrêt alors que la vue peut se reposer sur un objet comme l’intelligence. C’est pourquoi le vocabulaire de la contemplation utilise le sens de la vue comme le plus développé de l’homme pour exprimer une autre réalité. Nous pouvons voir au loin et l’oreille est plus limitée comme les autres sens. Au ciel, nous jouirons de la vision béatifique.

 

Pourquoi nous reposer ? Parce que nous avons besoin de réparer ce qui a été épuisé, usé, fatigué par l’usage. On constate que l’épuisement peut venir de diverses causes.

 

1)  Un épuisement physique et une fatigue physique comme des courbatures peuvent venir d’un travail manuel ou du sport.


2)  Un épuisement psychologique. Il arrive à la suite d’une épreuve comme un deuil, une perte d’emploi, une peine d’amour. On peut parler ici quelques fois d’une dépression.

 

3)  Une fatigue morale peut prendre naissance du soucis des parents au sujet de leurs enfants, de la tristesse.

 

4)  Dans la vie spirituelle, on parle de fatigue quand l’âme qui a reçu des consolations de Dieu passe par une période de mise à l’épreuve. L’âme vit alors dans le noir ou dans un tunnel.

 

À  ces sortes de fatigue ou d’usure, correspondent des repos.

 

1)  Un repos physique répare en ne faisant pas trop d’exercice, en restant plus longtemps assis ou couché, en mangeant bien.

 

2)  Une détente, un divertissement, une acceptation de la situation, la compagnie d’amis et de parents aident à dépasser une fatigue psychologique comme un deuil.

 

3)  La tension ou la fatigue morale diminue en acceptant de ne pas tout contrôler; en faisant confiance à Dieu et à la vie, en ses capacités, à l’avenir, aux autres.

 

4)  On n’aborde pas trop souvent la fatigue spirituelle dans la vie courante. Elle existe et elle se dépasse en augmentant la vie de foi en Dieu, la charité envers le prochain, en demandant conseil et surtout en restant calme. La lecture d’une vie de saint fait aussi du bien surtout quand elle reste bien proche du réel sans trop de phénomènes extraordinaires.

 

J’ai constaté que la fatigue peut devenir contagieuse surtout pour la fatigue 2 et 3.

 

Sous un autre aspect, le repos s’oppose à la recherche. Le vrai repos n’est pas la cessation d’une activité mais son accomplissement, sa réalisation. Le repos arrive quand le but est atteint, quand la fin poursuivie est réalisée et accomplie. Dans notre agir il peut en effet y avoir deux fins ou deux buts. Une fin intermédiaire et une fin ultime ou dernière. Cassien utilise cette distinction au sujet de la vie monastique. La fin intermédiaire c’est la charité tandis que la vie bienheureuse est la fin dernière. On peut trouver un repos dans l’une comme dans l’autre. Saint Augustin parle du repos en Dieu. « Qui me donnera de me reposer en Toi ? Qui me donnera que tu viennes dans mon cœur pour l’enivrer, afin que j’oublie mes maux et que je puisse étreindre mon unique bien, qui est toi ? »

 

Qu’en est-il dans l’Écriture ? Comment aborde-t-on la fatigue et le repos ? Un exemple. Saint Jean nous présente Jésus assis sur le bord du puits de Jacob en Samarie, fatigué par la marche. (4,6)  Dans le même chapitre Jésus s’adresse ainsi aux disciples : « Je vous ai envoyé moissonner ce que vous n’avez pas travaillé, d’autres ont travaillé et vous êtes entrés dans leur travail.» (38) Dans Luc 5,5 au sujet de la pêche miraculeuse, on lit ceci : « Ils avaient travaillé toute la nuit sans rien prendre.» La Bible Osty dans ces deux cas utilise l’expression : avoir peiné. Le travail entraîne la fatigue et cette fatigue est liée à l’acte de travailler. Travail et fatigue en grec ont une même racine, celle de couper, trancher et être en peine. La fatigue du travail, c’est sa peine, car le travail ampute, moleste, brise. Seuls les lis des champs « ne travaillent ni ne peinent.» (Mt 6, 28) parce qu’ils n’ont pas de souci. Il faudrait citer ici tout ce passage du discours sur la montagne qui parle de l’abandon à la Providence (6, 25-34) pour éviter de se faire des soucis lesquels conduisent à la fatigue. C’est notre lot d’être un être qui travaille, se fatigue et peine, un être soucieux. Les soucis brisent davantage l’homme que son travail. Vous connaissez cette déclaration de Jésus dans saint Matthieu : «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et je vous donnerai le repos. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger.» (11, 28-30) Osty traduit fatiguer par peiner. On pourrait même traduire par travailler. Dans une traduction anglaise on s’exprime ainsi : « Come to me, all you who labor and are bundered. »

 

Quel est ce fardeau qui fatigue les lecteurs de saint Matthieu ? Les lois des pharisiens et des docteurs de la loi qui ont placé sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent pas porter eux-mêmes. (Mt 23, 4) Les hommes déjà fatigués par le travail, sont en outre, écrasés par la religion d’une loi tatillonne. Le joug que propose Jésus est doux et son fardeau léger. L’écrasement ne résulte pas, chez eux, de la seule fatigue physique, ni même de la misère psychologique qui est certainement considérable, mais aussi d’être vraiment en paix avec Dieu par les moyens qu’on leur a enseignés.

 

Si le légalisme est une attitude nocive, il peut y en avoir d’autres. Nous avons inventé l’activité débordante et le divertissement systématique. Ces deux attitudes arrivent au même résultat : fuite d’une réalité en ne parvenant pas à une acceptation de la réalité de son moi. Nous passons de la fatigue qui résulte du joug que nous avons mis sur nos épaules sans même s’en rendre compte. Deux exemples se trouvent dans le Nouveau Testament. Celui de l’homme riche dont l’activité débordante remplit ses greniers (Luc 12, 15-21); celui du fils prodigue qui dissipe son bien dans la débauche. L’un et l’autre fuient leur vraie situation. L’un et l’autre illustrent des attitudes fatigantes. C’est à eux qu’est adressé l’appel de Jésus : «Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés.»

 

Le service de Dieu peut fatiguer par l’affrontement des hommes qu’il impose. On sait que saint Paul « pressé de toutes parts» éprouvait le désir de s’en aller et d’être avec le Christ.

 

La notion biblique de repos ne couvre pas seulement l’idée d’une suspension d’activités, mais celle d’une réfection, d’une régénération. Pour le nomade le repos est lié à l’abondance alimentaire, à l’ombre et surtout à l’eau. Rien d’étonnant à ce que le repos soit lié au paradis, à la terre promise comme la fatigue à la marche au désert. Au peuple qui sort d’Égypte et qui traverse le désert  c’est une sorte de jardin qui est promis, une terre où coulent le lait et le miel. Le repos que Dieu prévoit pour son peuple ne sera pas la cessation de l’activité, mais la fin de l’usure provoquée par la marche et les épreuves du désert.

 

Dans sa vie, Jésus prend souvent des prises de positions au sujet du sabbat. Ce mot signifie un temps de repos par excellence. Or Jésus laisse ses disciples broyer et manger des épis de blé ce jour sacré pour les pharisiens. Il se fait accuser. À plusieurs reprises dans la synagogue, il accomplit des miracles et on l’accuse de travailler. C’est à la suite de ce passage de la cueillette des épis que saint Marc a cette sentence qui lui est propre : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat.» (2, 27) Voici un passage de Luc : « Jésus était en train d’enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat. Il y avait là une femme, possédée par un esprit mauvais qui la rendait infirme depuis dix-huit ans. Elle était toute courbée et absolument incapable de se redresser. Quand Jésus la vit, il l’interpella : « Femme, te voilà délivrée de ton infirmité.» Puis, il lui imposa les mains; à l’instant même elle se trouva toute droite, et elle rendait gloire à Dieu. Le chef de la synagogue fut indigné de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat. Il prit la parole pour dire à la foule : « Il y a six jours pour travailler; venez donc vous faire guérir ces jours-là et non le jour du sabbat.» (13, 10-17 )

 

La vie humaine comprend donc des rythmes de pertes et de réparations de l’énergie. La vie des animaux aussi. Voyons la différence. L’animal dort parce qu’il ne peut pas penser. L’homme dort et se repose parce qu’il décide de ne plus penser. Le rythme travail et repos n’est pas pour l’homme purement naturel, il obéit en plus à la nature culturelle de l’homme. L’homme est encore capable de décider jusqu’à un certain point qu’il ne se reposera pas, de même qu’il peut ralentir volontairement certaines activités. L’homme peut travailler ou se reposer à cause de lois intérieures ou extérieures qui le poussent. Nous entrons de plus en plus dans une civilisation du loisir, en présence de temps de repos de plus en plus longs mais souvent de plus en plus vides. Pensons aux personnes retraitées de plus en plus jeunes et qui ne savent plus occuper leur temps.

 

Dans notre vie il existe des rythmes journaliers avec des moments de récupération journaliers; des rythmes hebdomadaires et des rythmes annuels. J’appellerais ceci des élans et des repos. On peut se fatiguer au travail et aussi accumuler encore de la fatigue inutile en mangeant trop. L’un peut avoir à voyager pour aller à son travail et il doit apprendre à se reposer pendant ces moments en évitant d’être agressifs, impatients et accumulant ainsi de la fatigue inutile. Je sais que ce n’est pas toujours agréable de sortir d’un centre ville aux heures de pointe mais il y aurait possibilité de détente en prenant ces moments sous le bon côté. On constate des chauffeurs impatients comme d’autres qui ne s’en font pas parce qu’ils savent se détendre.

 

 

 Le Repas 




Après le repos, le repas qui est une manière de se reposer, c’est-à-dire de refaire ses forces et plus concrètement pour continuer à vivre. Car pour celui qui ne mange pas assez les forces s’en vont, la fatigue revient plus rapidement. Quand on ne donne plus d’eau à une plante, elle sèche et meurt.

 

Manger permet de refaire son organisme. Le repas est aussi signe de communion. En plus de soutenir notre organisme, il peut devenir une action sociale, un signe de partage. L’animalité en nous peut se manifester à l’occasion des repas. Je dirais que la manière de manger devient un signe de civilisation, de culture, de respect mutuel à l’encontre de l’animal. Si vous avez déjà observé des animaux à qui on donne de la nourriture, on constate une hiérarchie : le plus fort mange le premier. Le repas est aussi un lieu d’échange, un moment de partage et non un geste égoïste.

 

Les repas sont de diverses espèces. La majorité des gens dans notre civilisation prennent beaucoup de repas dans le style casse croûte ou fast-food. Il n’y a pas alors de partage. Chacun fait son affaire et repart rapidement. J’appellerais cela des repas à la chaîne. Mais un repas peut être aussi ordinaire, chaque jour, deux à trois fois pris en famille. Le repas de fête ne doit pas être trop fréquent car il perd son sens. Un banquet souligne ordinairement un événement avec beaucoup de convives comme un banquet de mariage.

 

Voyons des raisons qui peuvent pousser à manger. Pour les uns, manger est une occasion d’oublier une situation. J’appellerais cela le repas placebo. Une fois le repas terminé, la situation à affronter n’a pas changé et on revient au point de départ. Celui qui prend un repas fuite mange ordinairement beaucoup. On parle alors d’outre mangeur.

 

Un autre s’amène à table non pour échapper à une situation mais par gourmandise. Il recherche sans doute la quantité comme aussi la qualité. Ordinairement ces personnes mangent vite.

 

Des personnes aiment se rencontrer à table pour le plaisir d’être ensemble, pour partager et échanger avec des parents ou des amis. Pour honorer quelqu’un ou souligner un anniversaire on partage un repas.  Après des funérailles, la famille invite à un repas pour se sentir ensemble, pour se détendre, pour échanger, pour supporter le deuil.

 

Dans tous ces aspects un point commun : on mange pour subsister dans son existence, pour refaire ses forces. Qui se gave de nourriture peut devenir malade ou somnolent. Qui ne mange pas assez perd des capacités tant motrices qu’intellectuelles. Vous connaissez le proverbe : «Ventre affamé n’a point d’oreilles.» Ce qui veut dire : l’homme pressé par la faim est sourd à toute parole.

 

Dans la Bible, le repas offert est un geste d’hospitalité. Abraham reçoit trois hommes au chêne de Membré. (Gn 18, 1-5) Le publicain Matthieu reçoit Jésus en témoignage de reconnaissance. (2, 11) À l’arrivée d’un parent, le repas devient un signe de réjouissance (Tb 7, 9) comme aussi le retour du fils prodigue en Luc. (15, 22-32)  On peut manger en privant les autres, surtout les pauvres comme on le constate dans la parabole du riche et du pauvre Lazare. (Lc 12,19 ss) On a consigné surtout dans les livres sapientiaux des règles de conduite à tenir à table comme des conseils de tempérance (Pr 23, 20 ss; Si 31, 12-22); des conseils de prudence (Pr 23,10; Si 13,7); de la rectitude morale (Si 6,10; 40,29) «Quand tu es invité à un repas ne va pas prendre la première place.» (Lc 14,8)

 

Toujours dans la Bible on rencontre des repas sacrés qui confirment une alliance. Tel le repas pascal qui rappelait les merveilles du début de l’alliance de Dieu avec son peuple. (Ex 12-13) On mangeait aussi les prémices comme un rappel de la providence continuelle de Dieu qui veille sur les siens. (Dt 26)

 

Pour agrémenter un repas de fête on y ajoute des chants, de la danse, de la musique pour aider à faire dépasser la matérialité du festin. Saint Jean Baptiste s’est fait couper la tête parce qu’Hérodiade a fait perdre la tête à Hérode en dansant à l’occasion d’un repas de fête.

 

Dans la vie de Jésus vous savez qu’on le présente souvent invité à des repas. Il est reçu à la table de Marthe et Marie. (Lc 10, 38-42)  Il accepte l’invitation du pharisien Simon et il accueille à cette occasion le repentir de la pécheresse qui devient comme une fête. (Lc 7, 36-50)  Il partage sans scrupule la table des pharisiens (Mt 9,10) ou de Zachée un publicain. (Lc 19,1-10) À l’occasion de l’appel de Lévi, il reçoit une invitation pour un grand festin. (Lc 5, 27-30) Dans saint Luc on trouve encore huit autres mentions de repas. Je vous laisse le soin de les trouver. Saint Jean  présente Jésus faisant son premier miracle (signe) à l’occasion d’un repas de noce à Cana où le vin manqua. (2,1-11) Il ne faut pas oublier les deux grands picniques où Jésus multiplia le pain et le poisson.

 

Il y aurait un parallèle à établir entre le repas où Jean Baptiste entre dans le repos éternel et le repas eucharistique avant son départ de ce monde quand Jésus est trahi. L’un est livré à mort par Hérodiade; l’autre par Judas.


Jésus parle du repas eschatologique, de la fin des temps : « Je vous dis que beaucoup arriveront du Levant et du Couchant et se mettront à table avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des Cieux, tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors; là seront des sanglots et des grincements de dents.» (Mt 8,11-12) Ceci rappelle une constatation d’Isaïe . On peut lire ce passage aux messes de funérailles : « Dieu des armées fera pour tous les peuples un festin de viandes grasses, pleines de moelle, de vins dépouillés, clarifiés.» (Is 25,6) Vous connaissez aussi la parabole des noces royales dans Mt 22, 1-14 qui se lit aussi chez Luc mais qui est introduite à la suite d’une autre parabole sur le choix des places à l’occasion d’un repas où Jésus était invité quand il remarqua comment les invités choisissaient les premiers divans. « L’un des convives lui dit : « Heureux celui qui prendra son repas dans le royaume de Dieu.» (Lc 14,7 et 15) Dans l’Apocalypse vous avez déjà lu ce célèbre passage : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un écoute ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je dînerai avec lui et lui avec moi.» (3, 20)

 

Jésus se fait reconnaître à Pâques par les disciples d’Emmaüs au cours d’un repas (Lc 24, 30) et à ses disciples en Galilée selon ce que rapporte Jean : « Jésus leur dit : «Venez déjeuner.» (21,12)

 

Dans les Actes des Apôtres, la communauté renouvelle le repas de Jésus par la fraction du pain dans la joie et la communion fraternelle. (Ac 2, 42.46) Paul, dans la première aux Corinthiens, décrit comment les chrétiens doivent prendre leurs repas au chapitre 11, 17-33. Vous vous souvenez que j’en ai parlé dans les entretiens sur l’eucharistie.

 

Le repas, vous ne le savez certainement pas, tire son nom du verbe latin pascere qui signifie d’abord paître pour les animaux; d’où on est arrivé au sens de repaître qui fait au participe : repu pour qui a mangé à satiété, pour celui qui est gavé, rassasié.

 

Un repas peut être copieux, plantureux. Son contraire : léger, frugal. On peut préparer un repas froid ou chaud. Dans un repas normalement on se rassasie ou on reste sur son appétit ou sa faim. Ce n’est pas toujours facile de garde cette mesure.

 

Quelles vertus développer à l’occasion de la nourriture ou du repos ? La tempérance et la sobriété. On peut se fatiguer en mangeant trop, c’est-à-dire en dépassant la norme. Le repas reste une sorte de repos, et quand il dépasse les normes, son but change. Vous pourrez relire ce que j’ai donné en 1998 sur la tempérance.

                                              
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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 18:37

 

 

 

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 16:41

Ordo Monastique
LEXIQUE

Abbaye Saint-Benoît-du-Lac  
 
 
 
A.........Abbé;
AL........Alleluia;
AM.......Antiphonale monasticum;
Ant.......Antienne;
Ap........Apôtre;
AS........Antiphonaire de Solesmes;
Ben.......Au Bénédictue ( cantique de Zacharie);
Co........Chant de communion;
Com......Commémoration;
D.........Docteur;
E.........Évêque;
Er........Ermite;
Év........Évangéliste;
f.........facultative; 
F.........Fête; 
Férie.....Les différents jours de la semaine;
Gl........Gloria dans la Kyriale (ou le G.R.).;
G.R......Graduel Romain;
In........Introït;
K.........Kyrie de la Kyriale;
L.H.......Liber Hymnarius;
L.M.H....Liturgie Monastique des Heures; 
M.........Marie;
m.........martyr(e);
Mag......Au Magnificat;
Maj.......Majeure;
Mém......mémoire;
Mon.......Moniale;
Ms........Martyr(e)s;
Obl.......Obligatoire;
Of........Offertoire;
P..........Prêtre;
Pa.........Pape;
R..........Religieux(se);
S..........Saint(e);
S.B.L......Livre propre à Saint-Benoît-du-Lac; 
Ss.........Saint(e)s;
Sol........Solennité;
TO........Temps Ordinaire;
TR........Trait (Remplace l'alléluia durant le carême);
V..........Vierge.
 
 
 

℟........Répons

℣.. (T.M.)....Verset   
H....(≠).....  
A....(C)....      

     

 
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 00:05

 

 

 

 À la rencontre du Christ  

 

 Avec Thérèse de l'Enfant-Jésus  
 


 

 

 

  Pensée du Jour 



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Présentation

  • : Oblature de l'Abbaye de Saint Benoît-du-Lac
  • Oblature de l'Abbaye de Saint Benoît-du-Lac
  • : Définir l'oblature bénédictine. celle-ci désigne le regroupement d'un groupe d'oblats et oblates à un monastère particulier. C'est ainsi que l'on parle de l'oblature de Saint-Benoît-du-Lac.
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