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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 17:14

 

   

  L'Oraison dominicale

Juin 2011  

 

   Vous vous êtes demandés pourquoi j’ai retenu l’oraison dominicale comme sujet de nos entretiens. Cette idée m’est venue d’un passage de la règle de saint Benoît. Au chapitre 13 on lit en effet:«Il est entendu que les offices des laudes et des vêpres ne devront jamais se conclure sans que le supérieur dise, en dernier lieu, en entier, et au milieu de l’attention générale, l’oraison dominicale, à cause des épines de scandales qui ont coutume de se produire. Ainsi les frères, engagés par la promesse qu’ils font en cette oraison : «Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons» se purifient de ces sortes de fautes. Mais aux autres heures, il suffira de dire tout haut la dernière partie de cette oraison, en sorte que  tous répondent :«Mais délivre-nous du mal.» Il existe un grand nombre de passages de la règle où il est question de renoncer à sa volonté propre; ne pas faire sa volonté. Ce thème se rencontre dans le Notre Père.

 

   L’oraison dominicale se récite aux deux grandes heures de la journée : le matin et le soir. Cette prière est réservée au supérieur comme conclusion. Vous avez remarqué des points assez précis : en dernier lieu. Une autre spécification; en entier. Pourquoi ? Saint Augustin, dans le sermon 49, 8 note que des fidèles omettaient la partie sur le pardon des offenses pensant qu’ils n’y étaient pas obligés. «Au milieu de l’attention générale.» Cette phrase peut se rapprocher d’une autre recom-mandation de la règle aux vigiles du dimanche. «L’abbé lira la leçon de l’évangile, tandis que les moines se tiendront debout, avec respect et crainte.» (11, 9) La mention la plus importante concerne «les épines de scandale qui ont coutume de se produire.» Vous avez déjà constaté que dans les chapitres qu’on appelle sur la correction des fautes, comme aussi sur les conseils donnés à l’abbé sur les frères récalcitrants, il pouvait y avoir de petites frictions, des irritants dans la communauté. L’oraison dominicale comporte le par-don des offenses. Ce n’est pas toujours possible de demander pardon ouvertement à un autre à ce moment. Mais il reste possible de pardonner intérieurement. Ce pardon intérieur est le principal. Pourquoi ? Parce qu’il change le compor-tement par la suite. Quelqu’un peut bien dire qu’il pardonne, mais ce sera un pardon du bout des lèvres et non du cœur.

 

 

  Deux évangélistes rapportent une version du Notre Père. Le texte le plus utilisé, retenu par l’Église dans sa prière commune, se trouve au chapitre 6 de l’évangile selon saint Matthieu. L’autre version, celle de l’évangile selon saint Luc, est au chapitre 11, 2-4. Selon cet évangile, ce qui précède introduit bien la prière reçue du Seigneur. Voici le début du chapitre 11. «Un jour, quelque part, il (Jésus) était en prière. Quand il eut fini, un des ses disciples lui dit: «Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean l’a appris à sesdisciples ». Il leur dit : « Quand vous priez, dites » : « Père, fais-toi reconnaître comme Dieu. Fais venir ton règne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont du tort envers nous. Et ne nous expose pas à la tentation.» Les versets suivants donnent un enseignement sur la prière. Une première recom-mandation : l’insistance par la parabole de l’ami importun qui est propre à Luc. Puis une exhorta-tion: « Qui demande reçoit » qui se trouve aussi chez Matthieu (7, 7-11) mais ne suit pas le Notre Père.

 

  Comme nous retiendrons la présentation de l’oraison dominicale selon Matthieu, il est bon de voir le contexte. L’évangéliste présente dans le discours sur la Montagne, trois pratiques du judaïsme. Après l’aumône, 6, 1-4, vient la prière et enfin le jeûne. Sur ces trois sujets un thème est sous-jacent : ne pas être hypocrite. « Quand tu fais l’aumône, ne le fais pas claironner devant toi comme font les hypocrites dans les synagogues, dans la rue. » (6, 2) « Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites qui aiment faire leur prière debout dans les synagoges et les carrefours afin d’être vu par les hommes. » (6,5) « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre comme font les hypocrites ; ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. » (6, 16)

 

  Vous constatez que Jésus demande une intério-risation des pratiques religieuses. Voici les mots qui conduisent au Notre Père. « Pour toi quand tu pries, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille la porte et adresse ta prière à ton Père dans le secret. Et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. » Ces paroles peuvent s’appliquer aux Juifs. La phrase suivante vise les païens. « Quand vous priez ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez donc pas car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous ne lui demandiez. » (6, 6-8) Au sujet de l’aumône et du jeûne, il n’est pas question des païens. Ceci manifeste que la prière est bien un fait universel. L’auteur constate que tous les hommes utilisent une forme de prière. Il reconnaît aussi une puissance plus grande qui peut aider l’homme. Pour préparer l’ouverture de la prière, Matthieu rapporte trois fois le nom de Père : deux fois avec l’adjetif possessif de la deuxière personne au singulier : ton Père et une fois avec ce même adjectif au pluriel : votre Père. La composition du texte est répétée. «Pour toi qui fais l’aumone dans le secret, ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. » De même pour la prière : « Ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. » Pour le jeûne encore deux fois la mention du Père. « Pour ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. De même pour la prière : « Ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. »

 

  Vous constatez que le même patron sert pour les trois pratiques : Ne pas faire ostentation pour attirer l’attention sur soi. Peut-on dire alors que la religion en passant du judaïsme au christianisme perd toute pratique extérieure ? Je ne pense pas que l’on puisse affirmer cela catégoriquement. Dans la courte formule d’exhoration mise dans la bouche de Jésus, on ne peut rien affirmer que cette prière doit être secrète ou en communauté. À cause de l’adresse de la prière, à notre Père, qui est une formule vague. L’adjectif possessif «notre» implique-t-il Jésus lui-même ? Je ne le pense pas. Pourquoi ? À cause de la formule d’introduction : Priez ainsi : Notre Père. Si Jésus avait dit :«Prions ainsi» il aurait été juste de dire qu’il s’impliquait avec nous. Vous avez remarqué encore que dans les trois séries de bonnes œuvres, Jésus ne dit pas : mon Père. En conclusion de l’oraison dominicale, dans un développement sur le pardon, deux fois le nom de Père revient avec « votre » et non avec «notre» ou «mon».

 

 

  Autre argument en faveur du désir de Jésus que cette prière soit la nôtre. Le «nous» revient :  « Donne-nous; pardonne-nous… Ne nous expose pas à la tentation; délivre-nous du Tentateur. »

 

 

  Si le Seigneur propose ce titre de «notre Père» il veut que nous nous reconnaissions frères. Jésus ne peut pas dire avec nous notre Père de la même manière. En effet il est le Fils unique ayant même nature divine que son Père, tandis que nous, en di-sant «notre Père» nous signifions que nous sommes fils par adoption. La même manière de s’exprimer n’a pas la même valeur. Jésus ne nous a pas conseillé de prier en utilisant «mon Père». Un enfant adopté peut bien appeler son père adoptif «mon père» mais pas dans le même sens qu’un fils engendré. Saint Joseph a toujours été appelé le père de Jésus même s’il ne l’a pas engendré.

 

 

  Où Jésus place-t-il ce père? Dans les cieux pour distinguer le père céleste d’un père terrestre. Le terme père nous introduit dans la tendresse de Dieu; la mention des cieux y joint la distance d’un infini respect.

 

  La première partie (6, 9-10) comprend trois souhaits qui convergent dans le désir du Règne de Dieu. L’ensemble est enca-dré par les mots «cieux» et «ciel». La fin du v. 10 mentionne aussi la terre et fait charnière avec la seconde partie, plus « terrestre » en ses demandes.

 

 

  Mon intention n’est pas de vous donner un commentaire savant ou élaboré sur la prière du Seigneur, mais bien des réflexions. Il existe en effet un nombre incalculable de commentaires. Les Pères de l’Église s’en sont servis pour introduire à la prière. Je pense que c’est la meilleure approche.

 

 

  En disant: «Que ton règne vienne» nous formulons un souhait à Dieu le Père. La venue de Dieu domine la prière de l’Église au temps de l’avent. Les Juifs attendaient le règne de Dieu au temps de Jésus mais un règne matériel qui aurait fait acquérir l’indépendance politique, une sorte de théocratie. Ici je vous fais constater qu’il doit exister une séparation entre le civil et le reli-gieux. Cependant l’un ne doit pas impiéter sur l’autre mais se respecter. La religion ne doit pas tout contrôler comme on le constate dans un état musulman. Alors pas de liberté religieuse. Ce conflit entre deux règnes n’est pas d’hier. Il existe depuis longtemps. Aujourd’hui on persécute les chrétiens – christophobie – de peur de voir ce pouvoir faire concurrence au civil. Jésus a bien dit à Pilate: «Mon règne n’est pas de ce monde.» (Jn 18, 36) Je pense à la Chine qui ne refuse pas le christianisme mais à condition qu’il soit soumis à l’état. Combien de fois cela n’est-il pas arrivé depuis la naissance de Jésus ? C’est la peur d’Hérode quand il apprend la naissance du roi des Juifs : Jésus a ainsi son origine dans cette rivalité de deux royaumes. Vous connaissez sans doute ce passage de l’Épitre à Diognète. «Les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas des villes qui leur soient propres. Ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier … ils se conforment aux usages locaux pour la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur répubique spirituelle … En un mot : ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde.» Le règne de notre Père que nous souhaitons et attendons se passe intérieurement et non extérieurement même s’il peut paraître parfois, ce qui est normal. Car le fils d’un Père qui est aux cieux doit être un bon citoyen sur la plan civil, respectueux des lois. Quand Jésus dit à plusieurs reprises : ton Père qui voit dans le secret, il propose bien clairement que son règne se passe dans les cœurs, dans la vie intérieure. Un règne qui ne bouscule pas la manière de vivre, un compétiteur mais au contraire, les sujets de ce règne ont le devoir de devenir les meilleurs citoyens de la citée terrestre.

 

 

  Par la formule : «Notre Père qui est aux cieux,» on ne peut localiser Dieu. Dieu est partout. Ce père est céleste et non terrestre ou ne se comporte pas à la manière d’un père terrestre mais d’un Père céleste. Vous avez souvent entendu la formule : le royaume des cieux. Chez les Juifs on n’utilisait pas le nom de Dieu en vain. Alors le royaume des cieux équivaut à royaume de Dieu. Ici si on traduit par dans les cieux ou céleste ne voudrait-on pas signifier : notre Père Dieu ou Dieu notre Père. On demande la sanctification du nom : «Que ton nom soit sanctifié.» On est en présence d’un impératif. Le nom signifie la personne. La sainteté dans le sens premier du mot signifie ce qui est séparé, ce qui est tout autre. Dieu est saint et on demande qu’il soit saint c’est-à-dire qu’il soit respecté dans ce qu’il est : le tout autre. Ne pas le mettre à notre niveau ou nous faire Dieu à sa place. La sainteté est une qualité de Dieu qui lui est propre. Notre sainteté n’est que participation à la sienne. Quand l’Église reconnaît saint un de ses mem-bres, elle reconnaît qu’il participe à la sainteté de Dieu, qu’il en jouit. Jésus est le saint par excellence. «Saint est son nom.» (Lc 1, 29) Tout cela sous l’action de l’Esprit Saint.                         

 

  Si nous appelons Dieu notre Père, nous devons reconnaître que nous sommes ses fils. À cause de cette filiation, nous sommes frères par grâce de Dieu. Déjà en participant à la nature humaine, nous pouvons nous appeler frère ce que l’on ne dit pas à un animal. On demande donc que le nom de Dieu soit sanctifié. Lui seul peut sanctifier son nom.

 

 

  Puis un autre souhait qui concerne Dieu, le Père. «Que ton règne vienne.» Vous connaissez tous la formule  latine : «Ad-veniat Regnum Tuum.» Quand j’ai écrit ces lignes sur le règne, je me suis rendu compte que cette notion du règne revenait souvent dans les psaumes : «Ton règne est un règne de tous les temps ; Dieu règne, exulte la terre.» etc…

 

 

  Un autre souhait se porte encore sur Dieu. «Que ta volonté soit faite.» Dès que l’on entend ce souhait, on pense tout de suite à cette même parole que Jésus a dite au moment de sa passion:«Que ta volonté soit faite et non la mienne.» (Mt 26, 42) Ou: «Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.» (Jn 6, 38 cité dans RB 5, 13) À plusieurs reprises des personnes m’ont déjà interrogé comment faire la volonté de Dieu. Cette demande de l’oraison dominicale si elle est prise au sérieux devient une exigence. De quelle manière ? Ou bien que veut dire faire la volonté de Dieu ou d’un autre si ce n’est lui obéir. Comment alors peut-on obéir à Dieu car il ne vient pas nous dire concrètement quoi faire. Si nous devons obéir à Dieu, il convient de se demander la manière. La première manière d’accomplir la volonté divine consiste à respecter la condition humaine dans laquelle il a voulu que nous soyons avec des limitations ou la condition de créature. Ce qui revient à dire : respecter la loi naturelle comme ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir. Se nourrir et boire sainement ; ne pas abuser de sa santé, de ses capacités. Si on les exploite qu’elles ne servent pas à dominer les autres mais pour qu’elles servent au bien de tous. Si par nature je vous dis que nous marchons sur deux jambes, vous me direz que c’est nomal. Oui, parce que cette constatation est évidente. D’autres points sont moins évidents où on peut briser sa condition humaine en n’en respectant pas les limites. Celui qui mange trop devient malade. Vous connaissez cet adage : «La fourchette tue plus de monde que l’épée.» Par contre, que d’enfants meurent de faim parce qu’ils n’ont pas le nécessaire.

 

 

  Comme Dieu nous a créé être social. Nous accomplissons sa volonté en nous pliant à des lois qui permettent de vivre ensemble. Il ne faut pas touver les moyens de passer à côté en fraudant sur des revenus imposables ; en ne respectant pas le code de la route sur la vitesse; en travaillant moins puis en exigeant un salaire ne correspondant pas au temps consacré au travail.

 

 

  Même si l’un se dit rebelle et qu’il ne veut pas obéir à Dieu, il doit arriver un moment où il doit plier comme devant la maladie et la mort. Il ne faut pas s’imaginer que Dieu au début de chaque année va nous envoyer une liste de ce qu’il faut faire pour accomplir sa volonté. Accepter tout dans la foi comme signe de la volonté de Dieu, comme la perte d’un parent, d’un ami, d’un emploi, de la maladie, du vieillissement.

 

 

  Cette demande se termine ainsi : «Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.» Elle peut se rapporter seulement à la volonté de Dieu comme aux trois souhaits. La prière commençait avec la mention du Père qui est aux cieux et elle forme un tout avec une deuxième mention du ciel. En créant l’homme et l’univers, Dieu faisait sa volonté. En lui souhaitant que tout se fasse sur terre comme au ciel, nous nous plaçons sur un plan non pas spatial mais qualitatif.

 

 

  Le mercredi de la 5ième semaine du temps ordinaire, nous avons eu aux vigiles comme seconde lecture ce passage du traité de saint Iréné contre les hérésies. «En ceci Dieu diffère de l’homme : Dieu fait, tandis que l’homme est fait. Celui qui fait est toujours le même, tandis que ce qui est fait reçoit obligatoirement un commencement, un état intermédiaire et une maturié. Dieu donne ses bienfaits, tandis que l’homme les reçoit. »

 

 

  Les quatre demandes qui nous concernent se fondent sur 4 verbes: donne-nous; pardonne-nous; ne nous soumets pas; délivre-nous. Trois demandes sont positives et une négative.

 

 

  «Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.» À la suite de l’oraison dominicale, dans le sermon sur la montagne, Jésus aborde encore un sujet identique mais sous un autre aspect que la TOB met sous ce titre : Les soucis. «C’est pourquoi je vous dis : ne vous faites pas tant de soucis pour votre vie, au sujet de la nourriture… La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture… Ne vous faites donc pas tant de souci, ne dites pas : Qu’allons-nous manger ? ou bien qu’allons-nous boire ? … tout cela les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice et tout cela vous sera donné par dessus le marché… Ne vous faites pas tant de souci pour demain; demain se souciera de lui-même; à chaque jour suffit sa peine.» (Mt 6, 25 … 32)

 

 

  J’ai tenu à vous citer ces lignes à cause de la difficulté que l’on rencontre dans la traduction de cette demande. Voici quel-ques traductions. La TOB : «Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin.» La BJ : «Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien.» En FC : «Donne-nous aujourd’hui le pain nécessaire.» NAB : «Give us today our daily bread.» Vulgate : «Panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie.» Comme vous ne savez pas le grec, je vous donne une traduction mot à mot : «Le pain de nous de ce jour-ci, donne-nous aujourd’hui.» L’adjectif grec précisant quel pain demander reste énigmatique. Faut-il demander un pain suffisant, par pain entendant la nourriture. En le donnant pour aujourd’hui faut-il voir une allusion à la manne donnée au jour le jour et selon les besoins de chacun (Ex 16, 19-21). Cette allusion rejoint le passage que j’ai cité au sujet des soucis après le Notre Père. Ce serait un appel non à la passivité, mais à hierarchiser les soucis quotidiens. Au delà du pain matériel, le croyant passera aisément à des besoins plus profonds. C’est pourquoi la tradition chrétienne voit ici une demande du pain de la Parole ou de l’Eucharistie. Ceci m’a incité à aller voir dans saint Jean le discours sur le pain de vie au chapitre 6. Voici quelques phrases qui sont dans la même veine. «Jésus leur répondit : Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c’est celui que descend du ciel et qui donne la vie au monde. Ils lui dirent alors : «Seigneur, donne-nous le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif.» (32-35) La rencontre de Jésus avec la Samaritaine s’insère aussi dans le même schéma : «Donne-la moi à boire cette eau que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. (Jn 4, 15)

 

 

  «Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé» Le même adverbe revient selon cette phrase vue plus haut : sur la terre comme au ciel. Un passage est bien connu sur le pardon. «Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? Jésus répondit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.» Puis suit la parabole du débiteur impi-toyable. Voici la conlusion : «Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cettte dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? … C’est ainsi que mon Père du ciel vous trai-tera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout cœur...» (Mt 18, 21-35) «Pardonnez-vous les uns aux autres comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.» (Ep 4, 32) Pardonner ne signifie pas nécessairement oublier. Quand nous sommes enfants, nous avons pu faire un mauvais coup. Nous nous en souvenons. Mais comme Dieu, nos parents ont pardonné et oublié.

 

 

  Après l’oraison dominicale, l’auteur a cru bon ajouter un développement sur le pardon. «Car si vous pardonnez aux hom-mes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera pas vos fautes.» (Mt 6, 14-15) Dans saint Luc, une courte phrase :«Pardonnez et vous serez pardonnés.» (6, 37)

 

 

 La troisième demande est négative : «Ne nous soumets pas à la tentation.» La tentation se comprend dans la vie courante par une attirance des choses défendues. En lisant cette formulation «ne nous soumets pas à la tentation» on serait porté à dire que c’est Dieu qui nous tenterait. Cette interprétation n’est pas acceptable. Tentation en effet a deux sens dans le Nouveau Testament. 1- Dieu permet que l’homme passe par l’épreuve : c’est là que se découvre ce qui est au fond du cœur de chacun. En ce sens on peut dire que «Dieu tente l’homme.» 2 – Au sens habituel du mot, si l’homme est tenté de renier Dieu, il ne l’est pas par Dieu, mais à cause de sa faiblesse ou du démon;  uni au Christ qui a vaincu Satan, le chrétien ne succombe pas. Encore ici nous sommes en présence d’une difficulté de traduction d’une expression influencée par le langage sémitisant. Fais que nous n’entrions pas en tentation. On peut demander à Dieu de nous éviter une épreuve à laquelle notre foi ne survivrait pas. Ou bien nous prions Dieu de ne pas nous laisser entrer dans le jeu de la tentation quand l’épreuve viendra. Tentation de nous décourager devant un effort, une difficulté, de ne pas nous fier sur Dieu mais sur nous-mêmes. Avant sa passion Jésus demanda à ses disciples à Gethsémani de prier pour ne pas entrer en tentation. (Mt 26, 41) Tentation de ne plus croire en lui car la tentation était de voir s’écrouler leur rêve d’un reigne terrestre de Jésus en le voyant mourir. Voici un passage de saint Paul : «Aucune tentation ne vous est survenue qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter.» (I Co 10, 13) Au désert Jésus a été tenté. «Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.» (Mt 4, 1-11) On constate ici qui est le tentateur. Il existe deux moyens de ne pas entrer en tentation : la prière et la vigilance. «Heureux celui qui veille.» (Ap 16, 15)

 

 

  La dernière demande : «Mais délivre-nous du mal.» Constatons que c’est toujours le «nous» et non le moi puisque cette prière concerne toute l’Église et aussi tous les hommes. Le mal ici n’est pas une abstraction mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, le diable, c’est–à-dire celui qui se jette en travers du dessein de Dieu et de son œuvre de salut accomplie dans le Christ. Dans l’évangile selon saint Marc, Pierre affirme que Jésus est le Messie. Puis Jésus annonce sa passion et sa mort. Alors «Pierre le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes.» Pierre est comparé à Satan parce que le mot satan veut dire celui qui pousse les hommes à se soustraire à la volonté de Dieu. Pierre est tentateur parce qu’il s’oppose à Jésus et à sa mission. Il a des pensées des hommes et non de Dieu. Être délivré du Malin ne signifie pas que de notre côté nous ne pouvons plus faire le mal. Jésus a prié pour cela. «Je ne te prie pas de les retirer du monde mais de les garder du Mauvais.»  (Jn 17, 15) Vous lirez le récit de la tentation dans la Genèse au chapitre 3, où on voit Satan qui détourne l’homme du plan de Dieu.            

 

  A la suite de l’oraison dominicale dans la célébration de l’Eucharistie, le célébrant continue ainsi : «Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus le Christ notre Seigneur.» Que peut signifier le mal ? La maladie, la souffrance, le malheur, l’épreuve, ce qui cause de la peine, ce qui est mauvais, nuisible, le péché, ce qui fait du tort. Je vous laisse le soin de choisir.

 

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