Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 18:26
 

 

 
 

 

 ÉVANGILE DE SAINT Jean 

 
Par Dom Raymond Carette,osb 
 
Novembre 2011


 

 

 

 

Évangile selon saint Jean

 

 

Introduction

 

Après avoir étudié les évangiles synoptiques, vous vous demandez ce qu’il reste pour le quatrième évangile. De même que nous avons constaté des différences d’un évangile à l’autre, de même nous en trouverons chez saint Jean et peut être davantage, même si le héros reste le même: Jésus. Car la conclusion de cet évangile, se termine ainsi: «Il y a encore bien d’autres choses qu’a faites Jésus. Si on les mettait par écrit une à une, je pense que le monde lui-même ne suffirait pas à contenir les livres qu’on en écrirait.» (Jn 21,25)

 

Ici je vous fais constater que les évangiles ne sont pas encore tous écrits. Je m’explique. l’Église reconnaît bien un canon des livres inspirés. Je l’admets aussi, Mais chaque fois que nous lisons ou entendons une page de l’évangile, c’est comme si elle reprenait vie de nouveau pour nous. Plus je lis et plus je m’approprie le message, plus aussi je comprends ce qui se trouve derrière les mots. En effet tout texte écrit et encore davantage quand il est inspiré, jouit d’un privilège: avoir des profondeurs ou des dimensions que l’auteur ne pouvait pas voir ou saisir quand il écrivait. Aussi voit-on continuellement des explications et des applications, c’est-à-dire des commentaires des passages des évangiles et de toute l’Écriture Sainte. Je pense ici à une pensée de saint Éphrem: On peut boire de l’eau d’une source mais on ne peut pas boire toute la source.

 

Au cours des siècles, il y eut bien des manières ou des méthode d’interpréter les Écritures. Cela servira l’introduction à l’évangile de saint Jean.

 

Les manières d’interpréter les Écritures ou les divers sens de l’Écriture.

   

Je ne veux pas vous donner des explications approfondies sur ce sujet mais quelques notions car vous rencontrerez dans vos lectures ou dans des notes en bas de pages d’un livre sur les saintes Écritures, des allusions sur ce sujet. Disons que c’est un sujet intéressant mais qu’il n’est pas toujours facile de s’en servir correctement. L’Esprit Saint en effet joue souvent des tours à qui veut s’enfermer dans des catégories trop rigides. N’oublions pas que la Parole reste toujours vivante : «Mes paroles sont esprit et vie» a dit Jésus.

 

Je pourrais aussi vous entretenir sur la théologie de l’inspiration comme introduction aux sens de l’Écriture. Mais ceci nous conduirait trop loin et mon but n’est pas de vous donner des cours académiques sur ces matières.

 

Il y a plusieurs manières de lire un texte biblique comme aussi tout texte poétique. Le premier se définirait ainsi : ce qui découle des mots mêmes de l’écrit. Quand nous pensons ou écrivons nous voulons normalement exprimer par des mots une pensée, une histoire, des sentiments personnels ou venant des autres. Je nommerais cela le sens des mots de la phrase. En Écriture Sainte on parle ici du sens littérale. Quand on lit que Jésus a accompli un miracle, il faut bien l’accepter comme il est rapporté.

 

Quand il fait un miracle, ne pas chercher en dessous toute sorte d’interprétation de notre imagination. Dieu est l’auteur de la Bible. Nous devons admettre cette réalité même si je n’ai pas voulu vous parler de la révélation et de l’inspiration.

 

Il existe aussi une autre manière de lire et que saint Paul utilise souvent quand il parle des figures. Il ne faut pas oublier que Paul a été étudiant tout jeune à Jérusalem et qu’il connaissait bien les livres de la Loi. C’est pourquoi il parle de figures, marques, images et le mot grec utilisé tupos qui veut dire figure d’où on a fait le mot français «typologie » ou sens figuré. Saint Paul écrit que les événements de l’Exode sont regardés par lui comme des figures des sacrements chrétiens comme le passage de la Mer Rouge est figure du baptême ; la manducation de la Pâque, une figure de l’eucharistie. Vous lirez le début du chapitre 10 de la première aux Corinthiens où saint Paul parle de figures.

 

Pour voir clair dans cette question de la typologie, il faut partir sur le bon pied. Elle se fonde sur le rapport des deux alliances qui implique à la fois continuité et changement de plan. Un même mystère divin est révélé dans l’une et l’autre alliance. Les horizons temporels qui conditionnaient l’expression dans la première alliance sont dépassés dans la seconde. Une même attitude de foi répond chez les juifs et chez les chrétiens. Pour nous, chrétiens, l’objet de la foi, ce qui est cru se manifeste de façon claire et se dépouille du vêtement provisoire qui le voilait jusque là.

 

Cette manière d’interpéter les Écritures peut servir beaucoup dans les relations judéo-chrétiennes. Prenons le cas de la royauté. Le roi d’Israël est la figure de Jésus Christ. La ville de Jérusalem, n’est-elle pas une figure de l’Église. C’est pourquoi dans l’Apocalypse, on rencontre une description de la nouvelle Jérusalem.

 

À partir de Jérusalem on peut arriver à trois dimensions. La Jérusalem terrestre qui est un lieu bien précis et qui a connu une histoire mouvementée à travers les siècles. Peu à peu Jérusalem devint l’image de l’Église laquelle est anticipation de la Jérusalem céleste. Ceci s’applique quand on lit des textes liturgiques par exemple dans la prière après la communion de la messe de la Dédicace : «Tu as voulu, Seigneur, que ton Église de la terre soit pour nous l’annonce de la Jérusalem céleste…» ou quand vous lirez des passages des Pères de l’Église, vous constaterez qu’ils jouent sur ces trois registres. Au moyen âge on était devenu maître dans ces jeux, si je puis utiliser ce mot. Ceci vous a peut-être surpris parfois. Je me souviens avoir lu une lettre de saint Bernard qui dit qu’un prêtre anglais parti en pèlerinage à Jérusalem, s’est arrêté à Clervaux. Il y est resté parce qu’il avait trouvé la vraie Jérusalem, le monastère. En lisant ces textes vous saurez que vous êtes en présence de maîtres en typologie et qui, admettons-le, forcent parfois la note.

 

On parle d’un autre sens : le sens allégorique quand des choses ou des événements de l’Ancien Testament figurent à la fois le mystère du Christ et de l’Église. Dans leur consommation dernière ou céleste du mystère on dira alors qu’il s’agit du sens anagogique.

   

Vous avez aussi entendu parler du sens spirituel parce que saint Paul utilise l’expression la lettre et l’esprit de l’Écriture. Mais attention encore ici car le sens spirituel revient au sens plénier. Dans l’utilisation des différents sens, il faut garder la mesure. Ne pas partir dans des raisonnements ou de petits indices pour élaborer une théorie, une compréhension des Écritures pas trop catholique.

 

J’aurais pu vous entretenir des sens de l’Écriture au début de la présentation des Évangiles car nous avons souvent rencontré chez Matthieu des paroles dans ce sens : «afin que soit accomplie l’Écriture.» Un exemple. Après la fuite en Égypte, Matthieu cite ce passage qui se rapporte au retour du peuple hébreux après le séjour en Égypte : «D’Égypte, j’ai appelé mon fils.» Ensuite il raconte le retour à Nazareth de Jésus avec ses parents : «Pour que s’accomplisse l’oracle des prophètes : Il sera appelé Nazoréen.» Pour justifier le ministère de Jean Baptiste avant celui de Jésus, l’auteur va chercher un autre passage. «C’est bien lui dont a parlé Isaïe le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert. Préparez le chemin du Seigneur, rendrez droits ses sentiers.»

 

Ces manières de présenter et de parler des sens dans l’Écriture, on les trouve déjà dans l’Ancien Testament. Les livres de la Sagesse s’en servent.

 

J’ai voulu vous en dire un mot pour vous éveiller sur des réalités avec lesquelles nous sommes familiers mais qui peuvent susciter bien des questions ou n’éveillent plus rien en nous. Il existe une autre manière de lire l’Écriture qui est celle des fondamentalistes qui n’est pas exacte. C’est la manière d’interpréter de certaines sectes. Vous avez constaté que la liturgie se sert beaucoup des sens de l’Écriture. Ordinairement tout reste dans les limites de l’acceptable. Il est bon d’être éveillé sur ces questions pour une meilleure compréhension de la liturgie. 

 

 

 

Présentation de saint Jean

 

Qui est Jésus ?

 

Nous avons vu depuis trois ans que le héros des évangiles reste Jésus. Un évangile ne peut se classer comme une biographie mais une présentation d’épisodes que l’on peut appeler une relecture à la lumière de la résurrection. Plus que dans les synoptiques le Jésus de Jean se décrit qui il est. Vous avez déjà constaté combien souvent Jésus s’identifie par ces mots : «Je suis.» En 6, 20, quand les disciples ont peur sur le lac en furie, Jésus se manifeste et il leur dit : «C’est moi, n’ayez pas peur.» Deux autres fois Jésus emploie le verbe être sans qualificatif au chapitre 8, 24 et qui se rapproche du texte où Dieu dit son nom à Moïse : «Si vous ne croyez pas que moi, je suis, vous mourrez dans vos péchés.» Au même chapitre, au verset 58 : «Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham ait existé, moi, je suis.» Nous sommes familiers avec les expressions suivantes . «Je suis le pain de vie.» (6,35)

«Je suis descendu du ciel.» (6,38) «Je suis la lumière du monde.» (8,12 ; 9,5) «Je suis le bon pasteur.» (10,11) «Je suis le Fils de Dieu.» (10,36) «Je suis le chemin, la vérité et la vie.» (14,6) «Je

suis la vigne.» (15,5) «Je suis roi.» (18,37 ; 19 ;19) «Je suis la résurrection.» (11,25) «Je suis d’en-haut ; je ne suis pas de ce monde.» (8,23)

 

 

 

Jésus et son Père

 

 

Les relations entre Jésus et son Père reviennent constamment. Au lieu de vous rapporter une grande quantité de citations, je les classerai selon la manière dont Jésus appelle son Père.

 

 

Bien souvent il s’adresse à Dieu avec le vocable Père sans rien ajouter. Dans ce cas nous sommes en présence d’un vocatif. «Jésus, leva les yeux au ciel et pria ainsi : Père, l’heure est venue glorifie ton Fils.» (17,1) À la résurrection de Lazare, il s’exprime ainsi : «Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.» (11,41) Cependant ce n’est pas Jean qui a retenu le cri de Jésus au moment de mourir mais Luc : «Père, entre tes mains je remets mon esprit.» (Lc 23,46)

 

Jean utilise encore le nom de Père avec l’article. Ce qui donne le Père. «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés.» (15,9) «Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main,» (3,35) «Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père.» (13,28)

 

Dans Jean, on ne rencontre pas la désignation que l’on trouve chez Matthieu : «Notre Père… » (Mt 6,9) mais bien votre Père. Au matin de la résurrection, Marie reconnaît Jésus et elle ne veut pas le laisser partir. «Cesse de me tenir, je ne suis pas encore monté vers le Père. Va plutôt trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.» (20,17)

 

À deux reprises, en s’adressant au Père, Jésus y ajoute un adjectif. «Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom.»  (17,11) «Père juste, le monde ne t’a pas connu.»  (17,25)

 

Les Apôtres

 

Après les titres que Jésus se donne ou qu’il reçoit, quelle place occupent les apôtres et lequel revient le plus souvent ? À l’encontre des synoptiques, Jean ne donne aucune liste des douze. Il utilise des termes génériques comme les douze, les disciples. Vous ne serez pas surpris si je vous disais que Pierre occupe une place de choix. Cependant on constate que son frère André a suivi Jésus avant lui. Ensuite Philippe reçoit l’invitation à suivre Jésus. Ce dernier en invite un autres qui s’appelle Nathanael. Jean écrit plus souvent le nom disciple que celui d’apôtre. Il est invité aux noces de Cana avec ses disciples. Dans la rencontre avec la Samaritaine, les disciples s’étonnent parce que Jésus parle avec une femme de Samarie. Pour la multiplication des pains, on rencontre les trois disciples du début : Philippe, André et Simon-Pierre. Dans un passage parallèle avec Matthieu (16,16) Jésus s’adresse aux douze et non à trois seulement. Le couple Philippe et André revient en 12,20-22 quand des Grecs veulent voir Jésus sans doute parce qu’ils portent des noms grecs. Puis arrive la première mention de Judas, fils de Simon Iscariote. «C’est lui qui devait le livrer, lui, un des douze.» (6,67.71) Autre rencontre avec Judas en 12,4 : «Mais Judas l’Iscariote, l’un des disciples. Celui qui allait le livrer dit…» Une autre mention en 13,2 «Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer.» À ce repas, Jésus lave les pieds de ses disciples et Pierre refuse ce geste de son maître. La

première mention de Jean, voilée sous une périphrase arrive à la cène : «Un des disciples, celui que Jésus aimait.» (13,23) En six circonstances «le disciple que Jésus aimait» joue un rôle important. (13,23-26 ; 19, 25-27 ; 20, 2-10 ; 21,7 ; 21, 20-23 ; 21,24 ;) Le trait commun de la plupart de ces passages est qu’ils associent étroitement Simon-Pierre et cet autre disciple désigné d’un titre mystérieux.

 

 

Vous avez constaté que l’on ne dit pas un mot de Matthieu ou Lévi, ni des deux Jacques, ni de Thaddée, ni de Simon le zélote, ni de Barthélemie qui est peut-être Nathanaël. Peut-on parler d’un parti pris chez Jean ou un oubli de sa part ?

 

 

Le monde juif

 

Une note propre au quatrième évangéliste. Il parle beaucoup des Juifs en général mais peu des pharisiens comme Matthieu. Il se peut que ses lecteurs ne connaissaient pas le monde juif. On ne voit pas intervenir les scribes, les publicains, les zélotes, mais les grands prêtres.

 

Le cadre où Jésus prêche et fait des miracles reste bien le même que celui des trois autres évangélistes. Cependant Jésus se promène davantage entre la Judée et la Galilée. Plusieurs fois des mentions de fêtes comme je l’ai fait constaté en parlant des fêtes juives. Il semble qu’il participait à toutes les fêtes à Jérusalem.

 

Le ministère de Jésus se greffe sur celui de Jean Baptiste comme chez les trois autres évangélistes. Déjà au chapitre deuxième, Jésus monte à Jérusalem pour la fête des Juifs. (2,13 ss) Au chapitre quatrième, il quitte la Judée et s’en retourne en Galilée. Au chapitre suivant, une autre visite à Jérusalem énoncée en terme vague. «Après cela, il y eut une fête des Juifs et Jésus monta à Jérusalem. (5,1.14) Au chapitre sixième, nous pouvons le suivre encore en Galilée. «Après cela, Jésus s’en alla de l’autre côté de la mer de Galilée ou de Tibériade… Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche.» (6,1-4) Selon cette petite mention, «la fête des Juifs» et la précision sur la mer de Galilée ou de Tibériade porte à penser qu’il s’adresse à des non Juifs. Avec le chapitre sept, une autre mention d’une fête. «Après cela (même formule vague) Jésus parcourait la Galilée ; il n’avait pas pouvoir de circuler en Judée parce que les Juifs cherchaient à le tuer.» (7, 1-3) Une autre fête se présente au chapitre 10, 22-23 : «Il y eut alors la fête de la Dédicace à Jérusalem. C’était l’hiver. Jésus allait et venait sous le portique de Salomon.» Vous vous souvenez que la fête de la Dédicace avait lieu au début de décembre. Or il fait froid à Jérusalem à ce moment. Une autre mention de la fête de Pâque. «Or la Pâque des juifs était proche et beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem, avant la Pâque pour se purifier… ( 11,55 ss) Jean donne une autre date précise : «Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Bethanie où était Lazare que Jésus avait ressuscité d’entre les morts.» (12,1) La dernière cène est aussi mise en relation avec la fête de Pâque. «Avant la fête de Pâque, Jésus sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers son Père.» (13,1) La résurrection de Jésus est décrite non par rapport à une fête juive, mais avec un autre nom. «Le premier jour de la semaine.» Quelques lignes plus loin, la même mention : «Le soir, ce même jour, le premier de la semaine.» Avec ces deux mentions, l’auteur voulait-il montrer la fin du judaïsme pour le christianisme. Les fêtes juives sont finies.

 

En lisant saint Jean, vous constaterez que les discours de Jésus sont prononcés après la mention d’une fête juive. Cette constatation est intéressante car quelques fois le sujet des discours de Jésus est mis en relation avec la fête. On peut saisir aussi une progression à l’occasion des discours et discussions de Jésus avec les Juifs.

 

Comme les autres évangiles, Jean a des traits ou caractéristiques de style. Si Marc employait souvent «aussitôt», Luc «il advint», Jean répère souvent : «après cela.» Pour entrer dans le sujet d’une discussion, pour la soutenir et la faire repartir sur un autre sujet, on pose des questions à Jésus. Il y répond mais la pensée ne se développe pas toujours selon notre logique.

 

Chez les synoptiques, l’usage du nom «Juif» est rare. Dans le quatrième évangile, je vous l’ai fait remarquer, il revient constamment. Cela serait-il un indice que cet évangile ne s’adressait pas à des Juifs mais bien à des étrangers, des païens. Cependant dans les récits de la passion, les quatre évangiles se rejoignent et les mêmes noms reviennent. Jean ne parle plus des Juifs. Cette constatation serait-elle un indice pour montrer que le premier noyau de nos évangiles fut d’abord les récits de la passion et de la résurrection de Jésus. On constate le même phénomène dans les Actes où l’auteur tâche de montrer la foi par la mort et la résurrection de Jésus surtout quand le discours s’adresse à des Juifs. Si vous avez une édition du Nouveau Testament avec les passages parallèles, vous contaterez que pour la passion, les quatre narrations se suivent assez bien même si on constate des différences, ce qui est normal.

 

À l’encontre des synoptiques, Jean ne rapporte pas beaucoup de miracles accomplis par Jésus. Toutefois chacun est bien enchassé dans un enseignement, comme la guérison de l’aveugle né, la multiplication des pains, la réurrection de Lazare. Parfois l‘occasion n’est plus un miracle mais une rencontre comme celle de Nicodème ou celle de la Samaritaine.

 

Autres caractéristiques

 

Jean ne cite pas beaucoup l’Ancien Testament à l’encontre de saint Matthieu sauf dans le récit de la passion. Un autre indice que le noyau des quatre évangiles se tient bien là. Et la source serait bien d’un milieu juif.

 

Dans la lecture de saint Jean, vous remarquerez que deux verbes reviennent souvent : voir et entendre. Ces deux verbes conduisent à un autre verbe qui en découle : connaître. Autre note de cet écrit. Les foules sont moins abondantes que chez les synoptiques. Il y a foule quand Jean suit les synoptiques dans la récit de la multiplication des pains. (6, 5.22.24) On ne voit pas intervenir les démons. C’est pourquoi Jésus ne prononce aucun exorcisme. Pas de sommaire, c’est-à-dire un résumé de l’action de Jésus comme chez les synoptiques. Pas de parabole sauf quand Jésus s’identifie à la vigne, au bon pasteur. Quand il part sur un thème ou sur des mots, l’auteur les sert sur tous les tons. Voici comme exemple 5, 31-37 : le mot témoignage revient huit fois. «Si je me rendais témoi-gnage à moi-même, mon témoignage ne serait pas vrai ; il y quelqu’un d’autre qui me rend témoignage, et je sais que le témoignage qu’il me rend est vrai. Vous avez envoyé une délégation auprès de Jean, et il rendu témoignage à la vérité. Moi, je n’ai pas à recevoir le témoignage d’un homme… Mais j’ai pour moi un témoignage plus grand que celui de Jean : ce sont les œuvres que le Père m’a données à accomplir ; ces œuvres, je les fais, et elles témoignent que le Père m’a envoyé.» Cet évangile fut écrit pour conduire à la foi et comme conséquence le verbe croire revient souvent. Le vocabulaire de Jean est donc limité.

 

La manière de composer de Jean s’insère presque toujours dans un même schéma. Suite à un miracle, un enseignement en découle. Jean parle peu du Royaume des cieux qui est une expression venant de la religion juive pour éviter de nommer directement Dieu. Matthieu avait de grands discours ; Jean de même. On peut en compter six : celui avec Nicodème (3,1-21) ; avec la Samaritaine (4,1-42) ; après la guérision d’un infirme au Temple (5,19-47) ; sur l’origine de Jésus (8,12-59) ; et le plus long, le discours après la cène (13, 31-17,26). Au lieu du nom miracle, Jean se sert du mot signe. Jean ne parle pas beaucoup de la pratique des vertus. Il n’a pas une liste de béatitudes et ses interventions ne sont pas moralisatrices.

 

Je vous ai énuméré beaucoup de petits indices qui font que Jean est bien caractérisé comme chacun des trois autres évangélistes. Comme je vous l’ai rappelé, il ne faut pas oublier que les quatre évangiles présentent la personne de Jésus mais chacun à sa manière, selon ses destinataires, son but. Celui de Jean est bien d’amener à la foi. Puisse ces considérations sur les quatre évangiles fassent croître en vous la foi et vous «évangéliser» toujours plus profondément.

 



 
 
                                                           

Partager cet article

Repost 0
Published by Oblat_sbl@hotmail.com - dans Conférences
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Oblature de l'Abbaye de Saint Benoît-du-Lac
  • Oblature de l'Abbaye de Saint Benoît-du-Lac
  • : Définir l'oblature bénédictine. celle-ci désigne le regroupement d'un groupe d'oblats et oblates à un monastère particulier. C'est ainsi que l'on parle de l'oblature de Saint-Benoît-du-Lac.
  • Contact

Rechercher