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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 18:26
 

 

 
 

 

 ÉVANGILE DE SAINT Jean 

 
Par Dom Raymond Carette,osb 
 
Novembre 2011


 

 

 

 

Évangile selon saint Jean

 

 

Introduction

 

Après avoir étudié les évangiles synoptiques, vous vous demandez ce qu’il reste pour le quatrième évangile. De même que nous avons constaté des différences d’un évangile à l’autre, de même nous en trouverons chez saint Jean et peut être davantage, même si le héros reste le même: Jésus. Car la conclusion de cet évangile, se termine ainsi: «Il y a encore bien d’autres choses qu’a faites Jésus. Si on les mettait par écrit une à une, je pense que le monde lui-même ne suffirait pas à contenir les livres qu’on en écrirait.» (Jn 21,25)

 

Ici je vous fais constater que les évangiles ne sont pas encore tous écrits. Je m’explique. l’Église reconnaît bien un canon des livres inspirés. Je l’admets aussi, Mais chaque fois que nous lisons ou entendons une page de l’évangile, c’est comme si elle reprenait vie de nouveau pour nous. Plus je lis et plus je m’approprie le message, plus aussi je comprends ce qui se trouve derrière les mots. En effet tout texte écrit et encore davantage quand il est inspiré, jouit d’un privilège: avoir des profondeurs ou des dimensions que l’auteur ne pouvait pas voir ou saisir quand il écrivait. Aussi voit-on continuellement des explications et des applications, c’est-à-dire des commentaires des passages des évangiles et de toute l’Écriture Sainte. Je pense ici à une pensée de saint Éphrem: On peut boire de l’eau d’une source mais on ne peut pas boire toute la source.

 

Au cours des siècles, il y eut bien des manières ou des méthode d’interpréter les Écritures. Cela servira l’introduction à l’évangile de saint Jean.

 

Les manières d’interpréter les Écritures ou les divers sens de l’Écriture.

   

Je ne veux pas vous donner des explications approfondies sur ce sujet mais quelques notions car vous rencontrerez dans vos lectures ou dans des notes en bas de pages d’un livre sur les saintes Écritures, des allusions sur ce sujet. Disons que c’est un sujet intéressant mais qu’il n’est pas toujours facile de s’en servir correctement. L’Esprit Saint en effet joue souvent des tours à qui veut s’enfermer dans des catégories trop rigides. N’oublions pas que la Parole reste toujours vivante : «Mes paroles sont esprit et vie» a dit Jésus.

 

Je pourrais aussi vous entretenir sur la théologie de l’inspiration comme introduction aux sens de l’Écriture. Mais ceci nous conduirait trop loin et mon but n’est pas de vous donner des cours académiques sur ces matières.

 

Il y a plusieurs manières de lire un texte biblique comme aussi tout texte poétique. Le premier se définirait ainsi : ce qui découle des mots mêmes de l’écrit. Quand nous pensons ou écrivons nous voulons normalement exprimer par des mots une pensée, une histoire, des sentiments personnels ou venant des autres. Je nommerais cela le sens des mots de la phrase. En Écriture Sainte on parle ici du sens littérale. Quand on lit que Jésus a accompli un miracle, il faut bien l’accepter comme il est rapporté.

 

Quand il fait un miracle, ne pas chercher en dessous toute sorte d’interprétation de notre imagination. Dieu est l’auteur de la Bible. Nous devons admettre cette réalité même si je n’ai pas voulu vous parler de la révélation et de l’inspiration.

 

Il existe aussi une autre manière de lire et que saint Paul utilise souvent quand il parle des figures. Il ne faut pas oublier que Paul a été étudiant tout jeune à Jérusalem et qu’il connaissait bien les livres de la Loi. C’est pourquoi il parle de figures, marques, images et le mot grec utilisé tupos qui veut dire figure d’où on a fait le mot français «typologie » ou sens figuré. Saint Paul écrit que les événements de l’Exode sont regardés par lui comme des figures des sacrements chrétiens comme le passage de la Mer Rouge est figure du baptême ; la manducation de la Pâque, une figure de l’eucharistie. Vous lirez le début du chapitre 10 de la première aux Corinthiens où saint Paul parle de figures.

 

Pour voir clair dans cette question de la typologie, il faut partir sur le bon pied. Elle se fonde sur le rapport des deux alliances qui implique à la fois continuité et changement de plan. Un même mystère divin est révélé dans l’une et l’autre alliance. Les horizons temporels qui conditionnaient l’expression dans la première alliance sont dépassés dans la seconde. Une même attitude de foi répond chez les juifs et chez les chrétiens. Pour nous, chrétiens, l’objet de la foi, ce qui est cru se manifeste de façon claire et se dépouille du vêtement provisoire qui le voilait jusque là.

 

Cette manière d’interpéter les Écritures peut servir beaucoup dans les relations judéo-chrétiennes. Prenons le cas de la royauté. Le roi d’Israël est la figure de Jésus Christ. La ville de Jérusalem, n’est-elle pas une figure de l’Église. C’est pourquoi dans l’Apocalypse, on rencontre une description de la nouvelle Jérusalem.

 

À partir de Jérusalem on peut arriver à trois dimensions. La Jérusalem terrestre qui est un lieu bien précis et qui a connu une histoire mouvementée à travers les siècles. Peu à peu Jérusalem devint l’image de l’Église laquelle est anticipation de la Jérusalem céleste. Ceci s’applique quand on lit des textes liturgiques par exemple dans la prière après la communion de la messe de la Dédicace : «Tu as voulu, Seigneur, que ton Église de la terre soit pour nous l’annonce de la Jérusalem céleste…» ou quand vous lirez des passages des Pères de l’Église, vous constaterez qu’ils jouent sur ces trois registres. Au moyen âge on était devenu maître dans ces jeux, si je puis utiliser ce mot. Ceci vous a peut-être surpris parfois. Je me souviens avoir lu une lettre de saint Bernard qui dit qu’un prêtre anglais parti en pèlerinage à Jérusalem, s’est arrêté à Clervaux. Il y est resté parce qu’il avait trouvé la vraie Jérusalem, le monastère. En lisant ces textes vous saurez que vous êtes en présence de maîtres en typologie et qui, admettons-le, forcent parfois la note.

 

On parle d’un autre sens : le sens allégorique quand des choses ou des événements de l’Ancien Testament figurent à la fois le mystère du Christ et de l’Église. Dans leur consommation dernière ou céleste du mystère on dira alors qu’il s’agit du sens anagogique.

   

Vous avez aussi entendu parler du sens spirituel parce que saint Paul utilise l’expression la lettre et l’esprit de l’Écriture. Mais attention encore ici car le sens spirituel revient au sens plénier. Dans l’utilisation des différents sens, il faut garder la mesure. Ne pas partir dans des raisonnements ou de petits indices pour élaborer une théorie, une compréhension des Écritures pas trop catholique.

 

J’aurais pu vous entretenir des sens de l’Écriture au début de la présentation des Évangiles car nous avons souvent rencontré chez Matthieu des paroles dans ce sens : «afin que soit accomplie l’Écriture.» Un exemple. Après la fuite en Égypte, Matthieu cite ce passage qui se rapporte au retour du peuple hébreux après le séjour en Égypte : «D’Égypte, j’ai appelé mon fils.» Ensuite il raconte le retour à Nazareth de Jésus avec ses parents : «Pour que s’accomplisse l’oracle des prophètes : Il sera appelé Nazoréen.» Pour justifier le ministère de Jean Baptiste avant celui de Jésus, l’auteur va chercher un autre passage. «C’est bien lui dont a parlé Isaïe le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert. Préparez le chemin du Seigneur, rendrez droits ses sentiers.»

 

Ces manières de présenter et de parler des sens dans l’Écriture, on les trouve déjà dans l’Ancien Testament. Les livres de la Sagesse s’en servent.

 

J’ai voulu vous en dire un mot pour vous éveiller sur des réalités avec lesquelles nous sommes familiers mais qui peuvent susciter bien des questions ou n’éveillent plus rien en nous. Il existe une autre manière de lire l’Écriture qui est celle des fondamentalistes qui n’est pas exacte. C’est la manière d’interpréter de certaines sectes. Vous avez constaté que la liturgie se sert beaucoup des sens de l’Écriture. Ordinairement tout reste dans les limites de l’acceptable. Il est bon d’être éveillé sur ces questions pour une meilleure compréhension de la liturgie. 

 

 

 

Présentation de saint Jean

 

Qui est Jésus ?

 

Nous avons vu depuis trois ans que le héros des évangiles reste Jésus. Un évangile ne peut se classer comme une biographie mais une présentation d’épisodes que l’on peut appeler une relecture à la lumière de la résurrection. Plus que dans les synoptiques le Jésus de Jean se décrit qui il est. Vous avez déjà constaté combien souvent Jésus s’identifie par ces mots : «Je suis.» En 6, 20, quand les disciples ont peur sur le lac en furie, Jésus se manifeste et il leur dit : «C’est moi, n’ayez pas peur.» Deux autres fois Jésus emploie le verbe être sans qualificatif au chapitre 8, 24 et qui se rapproche du texte où Dieu dit son nom à Moïse : «Si vous ne croyez pas que moi, je suis, vous mourrez dans vos péchés.» Au même chapitre, au verset 58 : «Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham ait existé, moi, je suis.» Nous sommes familiers avec les expressions suivantes . «Je suis le pain de vie.» (6,35)

«Je suis descendu du ciel.» (6,38) «Je suis la lumière du monde.» (8,12 ; 9,5) «Je suis le bon pasteur.» (10,11) «Je suis le Fils de Dieu.» (10,36) «Je suis le chemin, la vérité et la vie.» (14,6) «Je

suis la vigne.» (15,5) «Je suis roi.» (18,37 ; 19 ;19) «Je suis la résurrection.» (11,25) «Je suis d’en-haut ; je ne suis pas de ce monde.» (8,23)

 

 

 

Jésus et son Père

 

 

Les relations entre Jésus et son Père reviennent constamment. Au lieu de vous rapporter une grande quantité de citations, je les classerai selon la manière dont Jésus appelle son Père.

 

 

Bien souvent il s’adresse à Dieu avec le vocable Père sans rien ajouter. Dans ce cas nous sommes en présence d’un vocatif. «Jésus, leva les yeux au ciel et pria ainsi : Père, l’heure est venue glorifie ton Fils.» (17,1) À la résurrection de Lazare, il s’exprime ainsi : «Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.» (11,41) Cependant ce n’est pas Jean qui a retenu le cri de Jésus au moment de mourir mais Luc : «Père, entre tes mains je remets mon esprit.» (Lc 23,46)

 

Jean utilise encore le nom de Père avec l’article. Ce qui donne le Père. «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés.» (15,9) «Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main,» (3,35) «Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père.» (13,28)

 

Dans Jean, on ne rencontre pas la désignation que l’on trouve chez Matthieu : «Notre Père… » (Mt 6,9) mais bien votre Père. Au matin de la résurrection, Marie reconnaît Jésus et elle ne veut pas le laisser partir. «Cesse de me tenir, je ne suis pas encore monté vers le Père. Va plutôt trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.» (20,17)

 

À deux reprises, en s’adressant au Père, Jésus y ajoute un adjectif. «Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom.»  (17,11) «Père juste, le monde ne t’a pas connu.»  (17,25)

 

Les Apôtres

 

Après les titres que Jésus se donne ou qu’il reçoit, quelle place occupent les apôtres et lequel revient le plus souvent ? À l’encontre des synoptiques, Jean ne donne aucune liste des douze. Il utilise des termes génériques comme les douze, les disciples. Vous ne serez pas surpris si je vous disais que Pierre occupe une place de choix. Cependant on constate que son frère André a suivi Jésus avant lui. Ensuite Philippe reçoit l’invitation à suivre Jésus. Ce dernier en invite un autres qui s’appelle Nathanael. Jean écrit plus souvent le nom disciple que celui d’apôtre. Il est invité aux noces de Cana avec ses disciples. Dans la rencontre avec la Samaritaine, les disciples s’étonnent parce que Jésus parle avec une femme de Samarie. Pour la multiplication des pains, on rencontre les trois disciples du début : Philippe, André et Simon-Pierre. Dans un passage parallèle avec Matthieu (16,16) Jésus s’adresse aux douze et non à trois seulement. Le couple Philippe et André revient en 12,20-22 quand des Grecs veulent voir Jésus sans doute parce qu’ils portent des noms grecs. Puis arrive la première mention de Judas, fils de Simon Iscariote. «C’est lui qui devait le livrer, lui, un des douze.» (6,67.71) Autre rencontre avec Judas en 12,4 : «Mais Judas l’Iscariote, l’un des disciples. Celui qui allait le livrer dit…» Une autre mention en 13,2 «Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer.» À ce repas, Jésus lave les pieds de ses disciples et Pierre refuse ce geste de son maître. La

première mention de Jean, voilée sous une périphrase arrive à la cène : «Un des disciples, celui que Jésus aimait.» (13,23) En six circonstances «le disciple que Jésus aimait» joue un rôle important. (13,23-26 ; 19, 25-27 ; 20, 2-10 ; 21,7 ; 21, 20-23 ; 21,24 ;) Le trait commun de la plupart de ces passages est qu’ils associent étroitement Simon-Pierre et cet autre disciple désigné d’un titre mystérieux.

 

 

Vous avez constaté que l’on ne dit pas un mot de Matthieu ou Lévi, ni des deux Jacques, ni de Thaddée, ni de Simon le zélote, ni de Barthélemie qui est peut-être Nathanaël. Peut-on parler d’un parti pris chez Jean ou un oubli de sa part ?

 

 

Le monde juif

 

Une note propre au quatrième évangéliste. Il parle beaucoup des Juifs en général mais peu des pharisiens comme Matthieu. Il se peut que ses lecteurs ne connaissaient pas le monde juif. On ne voit pas intervenir les scribes, les publicains, les zélotes, mais les grands prêtres.

 

Le cadre où Jésus prêche et fait des miracles reste bien le même que celui des trois autres évangélistes. Cependant Jésus se promène davantage entre la Judée et la Galilée. Plusieurs fois des mentions de fêtes comme je l’ai fait constaté en parlant des fêtes juives. Il semble qu’il participait à toutes les fêtes à Jérusalem.

 

Le ministère de Jésus se greffe sur celui de Jean Baptiste comme chez les trois autres évangélistes. Déjà au chapitre deuxième, Jésus monte à Jérusalem pour la fête des Juifs. (2,13 ss) Au chapitre quatrième, il quitte la Judée et s’en retourne en Galilée. Au chapitre suivant, une autre visite à Jérusalem énoncée en terme vague. «Après cela, il y eut une fête des Juifs et Jésus monta à Jérusalem. (5,1.14) Au chapitre sixième, nous pouvons le suivre encore en Galilée. «Après cela, Jésus s’en alla de l’autre côté de la mer de Galilée ou de Tibériade… Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche.» (6,1-4) Selon cette petite mention, «la fête des Juifs» et la précision sur la mer de Galilée ou de Tibériade porte à penser qu’il s’adresse à des non Juifs. Avec le chapitre sept, une autre mention d’une fête. «Après cela (même formule vague) Jésus parcourait la Galilée ; il n’avait pas pouvoir de circuler en Judée parce que les Juifs cherchaient à le tuer.» (7, 1-3) Une autre fête se présente au chapitre 10, 22-23 : «Il y eut alors la fête de la Dédicace à Jérusalem. C’était l’hiver. Jésus allait et venait sous le portique de Salomon.» Vous vous souvenez que la fête de la Dédicace avait lieu au début de décembre. Or il fait froid à Jérusalem à ce moment. Une autre mention de la fête de Pâque. «Or la Pâque des juifs était proche et beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem, avant la Pâque pour se purifier… ( 11,55 ss) Jean donne une autre date précise : «Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Bethanie où était Lazare que Jésus avait ressuscité d’entre les morts.» (12,1) La dernière cène est aussi mise en relation avec la fête de Pâque. «Avant la fête de Pâque, Jésus sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers son Père.» (13,1) La résurrection de Jésus est décrite non par rapport à une fête juive, mais avec un autre nom. «Le premier jour de la semaine.» Quelques lignes plus loin, la même mention : «Le soir, ce même jour, le premier de la semaine.» Avec ces deux mentions, l’auteur voulait-il montrer la fin du judaïsme pour le christianisme. Les fêtes juives sont finies.

 

En lisant saint Jean, vous constaterez que les discours de Jésus sont prononcés après la mention d’une fête juive. Cette constatation est intéressante car quelques fois le sujet des discours de Jésus est mis en relation avec la fête. On peut saisir aussi une progression à l’occasion des discours et discussions de Jésus avec les Juifs.

 

Comme les autres évangiles, Jean a des traits ou caractéristiques de style. Si Marc employait souvent «aussitôt», Luc «il advint», Jean répère souvent : «après cela.» Pour entrer dans le sujet d’une discussion, pour la soutenir et la faire repartir sur un autre sujet, on pose des questions à Jésus. Il y répond mais la pensée ne se développe pas toujours selon notre logique.

 

Chez les synoptiques, l’usage du nom «Juif» est rare. Dans le quatrième évangile, je vous l’ai fait remarquer, il revient constamment. Cela serait-il un indice que cet évangile ne s’adressait pas à des Juifs mais bien à des étrangers, des païens. Cependant dans les récits de la passion, les quatre évangiles se rejoignent et les mêmes noms reviennent. Jean ne parle plus des Juifs. Cette constatation serait-elle un indice pour montrer que le premier noyau de nos évangiles fut d’abord les récits de la passion et de la résurrection de Jésus. On constate le même phénomène dans les Actes où l’auteur tâche de montrer la foi par la mort et la résurrection de Jésus surtout quand le discours s’adresse à des Juifs. Si vous avez une édition du Nouveau Testament avec les passages parallèles, vous contaterez que pour la passion, les quatre narrations se suivent assez bien même si on constate des différences, ce qui est normal.

 

À l’encontre des synoptiques, Jean ne rapporte pas beaucoup de miracles accomplis par Jésus. Toutefois chacun est bien enchassé dans un enseignement, comme la guérison de l’aveugle né, la multiplication des pains, la réurrection de Lazare. Parfois l‘occasion n’est plus un miracle mais une rencontre comme celle de Nicodème ou celle de la Samaritaine.

 

Autres caractéristiques

 

Jean ne cite pas beaucoup l’Ancien Testament à l’encontre de saint Matthieu sauf dans le récit de la passion. Un autre indice que le noyau des quatre évangiles se tient bien là. Et la source serait bien d’un milieu juif.

 

Dans la lecture de saint Jean, vous remarquerez que deux verbes reviennent souvent : voir et entendre. Ces deux verbes conduisent à un autre verbe qui en découle : connaître. Autre note de cet écrit. Les foules sont moins abondantes que chez les synoptiques. Il y a foule quand Jean suit les synoptiques dans la récit de la multiplication des pains. (6, 5.22.24) On ne voit pas intervenir les démons. C’est pourquoi Jésus ne prononce aucun exorcisme. Pas de sommaire, c’est-à-dire un résumé de l’action de Jésus comme chez les synoptiques. Pas de parabole sauf quand Jésus s’identifie à la vigne, au bon pasteur. Quand il part sur un thème ou sur des mots, l’auteur les sert sur tous les tons. Voici comme exemple 5, 31-37 : le mot témoignage revient huit fois. «Si je me rendais témoi-gnage à moi-même, mon témoignage ne serait pas vrai ; il y quelqu’un d’autre qui me rend témoignage, et je sais que le témoignage qu’il me rend est vrai. Vous avez envoyé une délégation auprès de Jean, et il rendu témoignage à la vérité. Moi, je n’ai pas à recevoir le témoignage d’un homme… Mais j’ai pour moi un témoignage plus grand que celui de Jean : ce sont les œuvres que le Père m’a données à accomplir ; ces œuvres, je les fais, et elles témoignent que le Père m’a envoyé.» Cet évangile fut écrit pour conduire à la foi et comme conséquence le verbe croire revient souvent. Le vocabulaire de Jean est donc limité.

 

La manière de composer de Jean s’insère presque toujours dans un même schéma. Suite à un miracle, un enseignement en découle. Jean parle peu du Royaume des cieux qui est une expression venant de la religion juive pour éviter de nommer directement Dieu. Matthieu avait de grands discours ; Jean de même. On peut en compter six : celui avec Nicodème (3,1-21) ; avec la Samaritaine (4,1-42) ; après la guérision d’un infirme au Temple (5,19-47) ; sur l’origine de Jésus (8,12-59) ; et le plus long, le discours après la cène (13, 31-17,26). Au lieu du nom miracle, Jean se sert du mot signe. Jean ne parle pas beaucoup de la pratique des vertus. Il n’a pas une liste de béatitudes et ses interventions ne sont pas moralisatrices.

 

Je vous ai énuméré beaucoup de petits indices qui font que Jean est bien caractérisé comme chacun des trois autres évangélistes. Comme je vous l’ai rappelé, il ne faut pas oublier que les quatre évangiles présentent la personne de Jésus mais chacun à sa manière, selon ses destinataires, son but. Celui de Jean est bien d’amener à la foi. Puisse ces considérations sur les quatre évangiles fassent croître en vous la foi et vous «évangéliser» toujours plus profondément.

 



 
 
                                                           
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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 17:14

 

   

  L'Oraison dominicale

Juin 2011  

 

   Vous vous êtes demandés pourquoi j’ai retenu l’oraison dominicale comme sujet de nos entretiens. Cette idée m’est venue d’un passage de la règle de saint Benoît. Au chapitre 13 on lit en effet:«Il est entendu que les offices des laudes et des vêpres ne devront jamais se conclure sans que le supérieur dise, en dernier lieu, en entier, et au milieu de l’attention générale, l’oraison dominicale, à cause des épines de scandales qui ont coutume de se produire. Ainsi les frères, engagés par la promesse qu’ils font en cette oraison : «Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons» se purifient de ces sortes de fautes. Mais aux autres heures, il suffira de dire tout haut la dernière partie de cette oraison, en sorte que  tous répondent :«Mais délivre-nous du mal.» Il existe un grand nombre de passages de la règle où il est question de renoncer à sa volonté propre; ne pas faire sa volonté. Ce thème se rencontre dans le Notre Père.

 

   L’oraison dominicale se récite aux deux grandes heures de la journée : le matin et le soir. Cette prière est réservée au supérieur comme conclusion. Vous avez remarqué des points assez précis : en dernier lieu. Une autre spécification; en entier. Pourquoi ? Saint Augustin, dans le sermon 49, 8 note que des fidèles omettaient la partie sur le pardon des offenses pensant qu’ils n’y étaient pas obligés. «Au milieu de l’attention générale.» Cette phrase peut se rapprocher d’une autre recom-mandation de la règle aux vigiles du dimanche. «L’abbé lira la leçon de l’évangile, tandis que les moines se tiendront debout, avec respect et crainte.» (11, 9) La mention la plus importante concerne «les épines de scandale qui ont coutume de se produire.» Vous avez déjà constaté que dans les chapitres qu’on appelle sur la correction des fautes, comme aussi sur les conseils donnés à l’abbé sur les frères récalcitrants, il pouvait y avoir de petites frictions, des irritants dans la communauté. L’oraison dominicale comporte le par-don des offenses. Ce n’est pas toujours possible de demander pardon ouvertement à un autre à ce moment. Mais il reste possible de pardonner intérieurement. Ce pardon intérieur est le principal. Pourquoi ? Parce qu’il change le compor-tement par la suite. Quelqu’un peut bien dire qu’il pardonne, mais ce sera un pardon du bout des lèvres et non du cœur.

 

 

  Deux évangélistes rapportent une version du Notre Père. Le texte le plus utilisé, retenu par l’Église dans sa prière commune, se trouve au chapitre 6 de l’évangile selon saint Matthieu. L’autre version, celle de l’évangile selon saint Luc, est au chapitre 11, 2-4. Selon cet évangile, ce qui précède introduit bien la prière reçue du Seigneur. Voici le début du chapitre 11. «Un jour, quelque part, il (Jésus) était en prière. Quand il eut fini, un des ses disciples lui dit: «Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean l’a appris à sesdisciples ». Il leur dit : « Quand vous priez, dites » : « Père, fais-toi reconnaître comme Dieu. Fais venir ton règne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont du tort envers nous. Et ne nous expose pas à la tentation.» Les versets suivants donnent un enseignement sur la prière. Une première recom-mandation : l’insistance par la parabole de l’ami importun qui est propre à Luc. Puis une exhorta-tion: « Qui demande reçoit » qui se trouve aussi chez Matthieu (7, 7-11) mais ne suit pas le Notre Père.

 

  Comme nous retiendrons la présentation de l’oraison dominicale selon Matthieu, il est bon de voir le contexte. L’évangéliste présente dans le discours sur la Montagne, trois pratiques du judaïsme. Après l’aumône, 6, 1-4, vient la prière et enfin le jeûne. Sur ces trois sujets un thème est sous-jacent : ne pas être hypocrite. « Quand tu fais l’aumône, ne le fais pas claironner devant toi comme font les hypocrites dans les synagogues, dans la rue. » (6, 2) « Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites qui aiment faire leur prière debout dans les synagoges et les carrefours afin d’être vu par les hommes. » (6,5) « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre comme font les hypocrites ; ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. » (6, 16)

 

  Vous constatez que Jésus demande une intério-risation des pratiques religieuses. Voici les mots qui conduisent au Notre Père. « Pour toi quand tu pries, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille la porte et adresse ta prière à ton Père dans le secret. Et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. » Ces paroles peuvent s’appliquer aux Juifs. La phrase suivante vise les païens. « Quand vous priez ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez donc pas car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous ne lui demandiez. » (6, 6-8) Au sujet de l’aumône et du jeûne, il n’est pas question des païens. Ceci manifeste que la prière est bien un fait universel. L’auteur constate que tous les hommes utilisent une forme de prière. Il reconnaît aussi une puissance plus grande qui peut aider l’homme. Pour préparer l’ouverture de la prière, Matthieu rapporte trois fois le nom de Père : deux fois avec l’adjetif possessif de la deuxière personne au singulier : ton Père et une fois avec ce même adjectif au pluriel : votre Père. La composition du texte est répétée. «Pour toi qui fais l’aumone dans le secret, ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. » De même pour la prière : « Ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. » Pour le jeûne encore deux fois la mention du Père. « Pour ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. De même pour la prière : « Ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. »

 

  Vous constatez que le même patron sert pour les trois pratiques : Ne pas faire ostentation pour attirer l’attention sur soi. Peut-on dire alors que la religion en passant du judaïsme au christianisme perd toute pratique extérieure ? Je ne pense pas que l’on puisse affirmer cela catégoriquement. Dans la courte formule d’exhoration mise dans la bouche de Jésus, on ne peut rien affirmer que cette prière doit être secrète ou en communauté. À cause de l’adresse de la prière, à notre Père, qui est une formule vague. L’adjectif possessif «notre» implique-t-il Jésus lui-même ? Je ne le pense pas. Pourquoi ? À cause de la formule d’introduction : Priez ainsi : Notre Père. Si Jésus avait dit :«Prions ainsi» il aurait été juste de dire qu’il s’impliquait avec nous. Vous avez remarqué encore que dans les trois séries de bonnes œuvres, Jésus ne dit pas : mon Père. En conclusion de l’oraison dominicale, dans un développement sur le pardon, deux fois le nom de Père revient avec « votre » et non avec «notre» ou «mon».

 

 

  Autre argument en faveur du désir de Jésus que cette prière soit la nôtre. Le «nous» revient :  « Donne-nous; pardonne-nous… Ne nous expose pas à la tentation; délivre-nous du Tentateur. »

 

 

  Si le Seigneur propose ce titre de «notre Père» il veut que nous nous reconnaissions frères. Jésus ne peut pas dire avec nous notre Père de la même manière. En effet il est le Fils unique ayant même nature divine que son Père, tandis que nous, en di-sant «notre Père» nous signifions que nous sommes fils par adoption. La même manière de s’exprimer n’a pas la même valeur. Jésus ne nous a pas conseillé de prier en utilisant «mon Père». Un enfant adopté peut bien appeler son père adoptif «mon père» mais pas dans le même sens qu’un fils engendré. Saint Joseph a toujours été appelé le père de Jésus même s’il ne l’a pas engendré.

 

 

  Où Jésus place-t-il ce père? Dans les cieux pour distinguer le père céleste d’un père terrestre. Le terme père nous introduit dans la tendresse de Dieu; la mention des cieux y joint la distance d’un infini respect.

 

  La première partie (6, 9-10) comprend trois souhaits qui convergent dans le désir du Règne de Dieu. L’ensemble est enca-dré par les mots «cieux» et «ciel». La fin du v. 10 mentionne aussi la terre et fait charnière avec la seconde partie, plus « terrestre » en ses demandes.

 

 

  Mon intention n’est pas de vous donner un commentaire savant ou élaboré sur la prière du Seigneur, mais bien des réflexions. Il existe en effet un nombre incalculable de commentaires. Les Pères de l’Église s’en sont servis pour introduire à la prière. Je pense que c’est la meilleure approche.

 

 

  En disant: «Que ton règne vienne» nous formulons un souhait à Dieu le Père. La venue de Dieu domine la prière de l’Église au temps de l’avent. Les Juifs attendaient le règne de Dieu au temps de Jésus mais un règne matériel qui aurait fait acquérir l’indépendance politique, une sorte de théocratie. Ici je vous fais constater qu’il doit exister une séparation entre le civil et le reli-gieux. Cependant l’un ne doit pas impiéter sur l’autre mais se respecter. La religion ne doit pas tout contrôler comme on le constate dans un état musulman. Alors pas de liberté religieuse. Ce conflit entre deux règnes n’est pas d’hier. Il existe depuis longtemps. Aujourd’hui on persécute les chrétiens – christophobie – de peur de voir ce pouvoir faire concurrence au civil. Jésus a bien dit à Pilate: «Mon règne n’est pas de ce monde.» (Jn 18, 36) Je pense à la Chine qui ne refuse pas le christianisme mais à condition qu’il soit soumis à l’état. Combien de fois cela n’est-il pas arrivé depuis la naissance de Jésus ? C’est la peur d’Hérode quand il apprend la naissance du roi des Juifs : Jésus a ainsi son origine dans cette rivalité de deux royaumes. Vous connaissez sans doute ce passage de l’Épitre à Diognète. «Les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas des villes qui leur soient propres. Ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier … ils se conforment aux usages locaux pour la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur répubique spirituelle … En un mot : ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde.» Le règne de notre Père que nous souhaitons et attendons se passe intérieurement et non extérieurement même s’il peut paraître parfois, ce qui est normal. Car le fils d’un Père qui est aux cieux doit être un bon citoyen sur la plan civil, respectueux des lois. Quand Jésus dit à plusieurs reprises : ton Père qui voit dans le secret, il propose bien clairement que son règne se passe dans les cœurs, dans la vie intérieure. Un règne qui ne bouscule pas la manière de vivre, un compétiteur mais au contraire, les sujets de ce règne ont le devoir de devenir les meilleurs citoyens de la citée terrestre.

 

 

  Par la formule : «Notre Père qui est aux cieux,» on ne peut localiser Dieu. Dieu est partout. Ce père est céleste et non terrestre ou ne se comporte pas à la manière d’un père terrestre mais d’un Père céleste. Vous avez souvent entendu la formule : le royaume des cieux. Chez les Juifs on n’utilisait pas le nom de Dieu en vain. Alors le royaume des cieux équivaut à royaume de Dieu. Ici si on traduit par dans les cieux ou céleste ne voudrait-on pas signifier : notre Père Dieu ou Dieu notre Père. On demande la sanctification du nom : «Que ton nom soit sanctifié.» On est en présence d’un impératif. Le nom signifie la personne. La sainteté dans le sens premier du mot signifie ce qui est séparé, ce qui est tout autre. Dieu est saint et on demande qu’il soit saint c’est-à-dire qu’il soit respecté dans ce qu’il est : le tout autre. Ne pas le mettre à notre niveau ou nous faire Dieu à sa place. La sainteté est une qualité de Dieu qui lui est propre. Notre sainteté n’est que participation à la sienne. Quand l’Église reconnaît saint un de ses mem-bres, elle reconnaît qu’il participe à la sainteté de Dieu, qu’il en jouit. Jésus est le saint par excellence. «Saint est son nom.» (Lc 1, 29) Tout cela sous l’action de l’Esprit Saint.                         

 

  Si nous appelons Dieu notre Père, nous devons reconnaître que nous sommes ses fils. À cause de cette filiation, nous sommes frères par grâce de Dieu. Déjà en participant à la nature humaine, nous pouvons nous appeler frère ce que l’on ne dit pas à un animal. On demande donc que le nom de Dieu soit sanctifié. Lui seul peut sanctifier son nom.

 

 

  Puis un autre souhait qui concerne Dieu, le Père. «Que ton règne vienne.» Vous connaissez tous la formule  latine : «Ad-veniat Regnum Tuum.» Quand j’ai écrit ces lignes sur le règne, je me suis rendu compte que cette notion du règne revenait souvent dans les psaumes : «Ton règne est un règne de tous les temps ; Dieu règne, exulte la terre.» etc…

 

 

  Un autre souhait se porte encore sur Dieu. «Que ta volonté soit faite.» Dès que l’on entend ce souhait, on pense tout de suite à cette même parole que Jésus a dite au moment de sa passion:«Que ta volonté soit faite et non la mienne.» (Mt 26, 42) Ou: «Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.» (Jn 6, 38 cité dans RB 5, 13) À plusieurs reprises des personnes m’ont déjà interrogé comment faire la volonté de Dieu. Cette demande de l’oraison dominicale si elle est prise au sérieux devient une exigence. De quelle manière ? Ou bien que veut dire faire la volonté de Dieu ou d’un autre si ce n’est lui obéir. Comment alors peut-on obéir à Dieu car il ne vient pas nous dire concrètement quoi faire. Si nous devons obéir à Dieu, il convient de se demander la manière. La première manière d’accomplir la volonté divine consiste à respecter la condition humaine dans laquelle il a voulu que nous soyons avec des limitations ou la condition de créature. Ce qui revient à dire : respecter la loi naturelle comme ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir. Se nourrir et boire sainement ; ne pas abuser de sa santé, de ses capacités. Si on les exploite qu’elles ne servent pas à dominer les autres mais pour qu’elles servent au bien de tous. Si par nature je vous dis que nous marchons sur deux jambes, vous me direz que c’est nomal. Oui, parce que cette constatation est évidente. D’autres points sont moins évidents où on peut briser sa condition humaine en n’en respectant pas les limites. Celui qui mange trop devient malade. Vous connaissez cet adage : «La fourchette tue plus de monde que l’épée.» Par contre, que d’enfants meurent de faim parce qu’ils n’ont pas le nécessaire.

 

 

  Comme Dieu nous a créé être social. Nous accomplissons sa volonté en nous pliant à des lois qui permettent de vivre ensemble. Il ne faut pas touver les moyens de passer à côté en fraudant sur des revenus imposables ; en ne respectant pas le code de la route sur la vitesse; en travaillant moins puis en exigeant un salaire ne correspondant pas au temps consacré au travail.

 

 

  Même si l’un se dit rebelle et qu’il ne veut pas obéir à Dieu, il doit arriver un moment où il doit plier comme devant la maladie et la mort. Il ne faut pas s’imaginer que Dieu au début de chaque année va nous envoyer une liste de ce qu’il faut faire pour accomplir sa volonté. Accepter tout dans la foi comme signe de la volonté de Dieu, comme la perte d’un parent, d’un ami, d’un emploi, de la maladie, du vieillissement.

 

 

  Cette demande se termine ainsi : «Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.» Elle peut se rapporter seulement à la volonté de Dieu comme aux trois souhaits. La prière commençait avec la mention du Père qui est aux cieux et elle forme un tout avec une deuxième mention du ciel. En créant l’homme et l’univers, Dieu faisait sa volonté. En lui souhaitant que tout se fasse sur terre comme au ciel, nous nous plaçons sur un plan non pas spatial mais qualitatif.

 

 

  Le mercredi de la 5ième semaine du temps ordinaire, nous avons eu aux vigiles comme seconde lecture ce passage du traité de saint Iréné contre les hérésies. «En ceci Dieu diffère de l’homme : Dieu fait, tandis que l’homme est fait. Celui qui fait est toujours le même, tandis que ce qui est fait reçoit obligatoirement un commencement, un état intermédiaire et une maturié. Dieu donne ses bienfaits, tandis que l’homme les reçoit. »

 

 

  Les quatre demandes qui nous concernent se fondent sur 4 verbes: donne-nous; pardonne-nous; ne nous soumets pas; délivre-nous. Trois demandes sont positives et une négative.

 

 

  «Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.» À la suite de l’oraison dominicale, dans le sermon sur la montagne, Jésus aborde encore un sujet identique mais sous un autre aspect que la TOB met sous ce titre : Les soucis. «C’est pourquoi je vous dis : ne vous faites pas tant de soucis pour votre vie, au sujet de la nourriture… La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture… Ne vous faites donc pas tant de souci, ne dites pas : Qu’allons-nous manger ? ou bien qu’allons-nous boire ? … tout cela les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice et tout cela vous sera donné par dessus le marché… Ne vous faites pas tant de souci pour demain; demain se souciera de lui-même; à chaque jour suffit sa peine.» (Mt 6, 25 … 32)

 

 

  J’ai tenu à vous citer ces lignes à cause de la difficulté que l’on rencontre dans la traduction de cette demande. Voici quel-ques traductions. La TOB : «Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin.» La BJ : «Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien.» En FC : «Donne-nous aujourd’hui le pain nécessaire.» NAB : «Give us today our daily bread.» Vulgate : «Panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie.» Comme vous ne savez pas le grec, je vous donne une traduction mot à mot : «Le pain de nous de ce jour-ci, donne-nous aujourd’hui.» L’adjectif grec précisant quel pain demander reste énigmatique. Faut-il demander un pain suffisant, par pain entendant la nourriture. En le donnant pour aujourd’hui faut-il voir une allusion à la manne donnée au jour le jour et selon les besoins de chacun (Ex 16, 19-21). Cette allusion rejoint le passage que j’ai cité au sujet des soucis après le Notre Père. Ce serait un appel non à la passivité, mais à hierarchiser les soucis quotidiens. Au delà du pain matériel, le croyant passera aisément à des besoins plus profonds. C’est pourquoi la tradition chrétienne voit ici une demande du pain de la Parole ou de l’Eucharistie. Ceci m’a incité à aller voir dans saint Jean le discours sur le pain de vie au chapitre 6. Voici quelques phrases qui sont dans la même veine. «Jésus leur répondit : Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c’est celui que descend du ciel et qui donne la vie au monde. Ils lui dirent alors : «Seigneur, donne-nous le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif.» (32-35) La rencontre de Jésus avec la Samaritaine s’insère aussi dans le même schéma : «Donne-la moi à boire cette eau que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. (Jn 4, 15)

 

 

  «Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé» Le même adverbe revient selon cette phrase vue plus haut : sur la terre comme au ciel. Un passage est bien connu sur le pardon. «Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? Jésus répondit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.» Puis suit la parabole du débiteur impi-toyable. Voici la conlusion : «Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cettte dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? … C’est ainsi que mon Père du ciel vous trai-tera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout cœur...» (Mt 18, 21-35) «Pardonnez-vous les uns aux autres comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.» (Ep 4, 32) Pardonner ne signifie pas nécessairement oublier. Quand nous sommes enfants, nous avons pu faire un mauvais coup. Nous nous en souvenons. Mais comme Dieu, nos parents ont pardonné et oublié.

 

 

  Après l’oraison dominicale, l’auteur a cru bon ajouter un développement sur le pardon. «Car si vous pardonnez aux hom-mes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera pas vos fautes.» (Mt 6, 14-15) Dans saint Luc, une courte phrase :«Pardonnez et vous serez pardonnés.» (6, 37)

 

 

 La troisième demande est négative : «Ne nous soumets pas à la tentation.» La tentation se comprend dans la vie courante par une attirance des choses défendues. En lisant cette formulation «ne nous soumets pas à la tentation» on serait porté à dire que c’est Dieu qui nous tenterait. Cette interprétation n’est pas acceptable. Tentation en effet a deux sens dans le Nouveau Testament. 1- Dieu permet que l’homme passe par l’épreuve : c’est là que se découvre ce qui est au fond du cœur de chacun. En ce sens on peut dire que «Dieu tente l’homme.» 2 – Au sens habituel du mot, si l’homme est tenté de renier Dieu, il ne l’est pas par Dieu, mais à cause de sa faiblesse ou du démon;  uni au Christ qui a vaincu Satan, le chrétien ne succombe pas. Encore ici nous sommes en présence d’une difficulté de traduction d’une expression influencée par le langage sémitisant. Fais que nous n’entrions pas en tentation. On peut demander à Dieu de nous éviter une épreuve à laquelle notre foi ne survivrait pas. Ou bien nous prions Dieu de ne pas nous laisser entrer dans le jeu de la tentation quand l’épreuve viendra. Tentation de nous décourager devant un effort, une difficulté, de ne pas nous fier sur Dieu mais sur nous-mêmes. Avant sa passion Jésus demanda à ses disciples à Gethsémani de prier pour ne pas entrer en tentation. (Mt 26, 41) Tentation de ne plus croire en lui car la tentation était de voir s’écrouler leur rêve d’un reigne terrestre de Jésus en le voyant mourir. Voici un passage de saint Paul : «Aucune tentation ne vous est survenue qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter.» (I Co 10, 13) Au désert Jésus a été tenté. «Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.» (Mt 4, 1-11) On constate ici qui est le tentateur. Il existe deux moyens de ne pas entrer en tentation : la prière et la vigilance. «Heureux celui qui veille.» (Ap 16, 15)

 

 

  La dernière demande : «Mais délivre-nous du mal.» Constatons que c’est toujours le «nous» et non le moi puisque cette prière concerne toute l’Église et aussi tous les hommes. Le mal ici n’est pas une abstraction mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, le diable, c’est–à-dire celui qui se jette en travers du dessein de Dieu et de son œuvre de salut accomplie dans le Christ. Dans l’évangile selon saint Marc, Pierre affirme que Jésus est le Messie. Puis Jésus annonce sa passion et sa mort. Alors «Pierre le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes.» Pierre est comparé à Satan parce que le mot satan veut dire celui qui pousse les hommes à se soustraire à la volonté de Dieu. Pierre est tentateur parce qu’il s’oppose à Jésus et à sa mission. Il a des pensées des hommes et non de Dieu. Être délivré du Malin ne signifie pas que de notre côté nous ne pouvons plus faire le mal. Jésus a prié pour cela. «Je ne te prie pas de les retirer du monde mais de les garder du Mauvais.»  (Jn 17, 15) Vous lirez le récit de la tentation dans la Genèse au chapitre 3, où on voit Satan qui détourne l’homme du plan de Dieu.            

 

  A la suite de l’oraison dominicale dans la célébration de l’Eucharistie, le célébrant continue ainsi : «Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus le Christ notre Seigneur.» Que peut signifier le mal ? La maladie, la souffrance, le malheur, l’épreuve, ce qui cause de la peine, ce qui est mauvais, nuisible, le péché, ce qui fait du tort. Je vous laisse le soin de choisir.

 

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 00:50

Article de Claude Jasmin qui fait la part des choses.

Toutes les soutanes dans le même sac?

 

Claude Jasmin, écrivain

  

 L'auteur, Claude Jasmin

Photothèque La Presse David Boily

 

 Les curés, les «frères», tous les ensoutanés de jadis : des pervers sexuels, pédophiles dangereux? Bon, bon. Ça suffit les zélotes du fondamentaliste athéiste, chers anticléricalistes aveuglés, acharnés, repos! La vérité : collectivement nous devons manifester aux enseignants de jadis une immense reconnaissance. En toute justice, sans aucune honte.

 

 Officiellement on dit qu'il y a eu 7% de pédophiles, donc, il y a eu 93% de prêtres et de religieux enseignants qui se sont dévoués généreusement à ce vaste ouvrage pédagogique, mal payés, sans vrai prestige le plus souvent. Certes avec plus ou moins de talent pédagogique. Ces innombrables vaillantes troupes d'hommes en soutanes sont, ces temps-ci, collectivement salies par ce malheureux 7%. Le temps est donc venu de stopper la diffamation généralisée des enseignants religieux, une entreprise malveillante, un ouvrage maléfique, entretenu par certains laïcistes fanatiques.

 Hélas, nous sommes nombreux à nous taire, intimidés par la mode du jour : le vice répandu partout. Allons. Plein de Québécois se taisent peureusement face à ce déferlement, à cette infâme généralisation.

 

 Ce «tous les curés dans le même odieux sac»  accable des gens âgés ayant consacré une vie en dévouement. Toute une existence à enseigner aux enfants du peuple Québécois, sans aucune discrimination. Je souhaite entendre, lire quelques témoignages de reconnaissance désormais. Innombrables sont ces anciens gamins qui ont une dette d'honneur envers des religieux enseignants, dont des pédagogues absolument merveilleux. Il faut les nommer. En toute justice. Il faudrait pour chaque mille dollars arrachés à une congrégation accusée, verser «neuf fois» cette somme, cela  correspondrait en toute équité à ce 7% de vicelards versus ce 93% d'intègres religieux.

 

 Pour ma par je dis merci aux dévoués Clercs de Saint-Viateur de ma «petite école», rue De Gaspé dans Villeray (frère Foisy, frère Carpentier, salut !); comme je dis «grand merci» aux Sulpiciens du collège Grasset (Père Amyot, père Legault, salut !) à Ahuntsic. J'invite mes compatriotes à ne plus se taire face à l'actuelle mode de déclamer : «Tous les ensoutanés furent d'horribles vicieux!» Malgré notre très vive solidarité et sympathie aux malheureuses victimes du 7%, proclamons que ce 93% du clergé enseignant formait une aide indispensable pour nous tous, écoliers des masses laborieuses. Osons nous lever pour les en remercier chaleureusement.

Claude Jasmin, écrivain

  

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 15:29

 

 

 

 

 

 

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   La Règle de Saint Benoît

   " Sancta Regula "

 

 

 

Lisez le texte du jour

de la   

  Règle de Saint Benoît  

 

 

 

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 17:19

 

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 01:07
 

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 ÉVANGILE DE SAINT-LUC 

 
Par
 Dom Raymond Carette osb 

Novembre 2010

 


 

 

L'Évangile selon saint Luc 

 

    Comme introduction à l’évangile de saint Matthieu, je vous ai donné des jalons sur la naissance des évangiles et la question synoptique. Comme introduction à saint Marc, un bref aperçu des institutions juives au temps de Jésus. Pour aider la compréhension de l’un ou l’autre des évangiles la question du monde où ils ont été écrits, garde un intérêt pour expliquer des passages.

         

L’empire romain

 

 

    Il ne faut pas mettre de côté les aspects sociaux et politiques de ce temps et ceci dans le but de mieux comprendre et saisir des faits rapportés dans les évangiles, les Actes des Apôtres et les lettres de saint Paul. Mais il ne faut pas penser que le message de Jésus va toucher l’empire romain de son temps. Jésus a vécu ignoré en Galilée et en Judée lesquelles faisaient partie du vaste empire romain comme deux petites provinces. Ce n’est que dans un sens très large que la manière de vivre de Jésus a subi l’influence de l’empire romain. La vie de Jésus et les débuts de la diffusion du message chrétien s’insèrent donc dans l’empire romain qui, en ce temps, était à son apogée.

 

    Vous savez que les Romains s’étaient imposés progressivement dans l’ensemble du bassin méditerranéen. C’est pourquoi à un moment de leur expansion, ils appelaient la Méditerranée «mare nostrum,» notre océan parce qu’ils étaient répandus tout au tour. Cet empire toutefois débordait largement les côtes de la mer pour comprendre la presqu’île ibérique, la Gaulle, l’Angleterre, une partie de l’Allemagne, la Grèce, ce qu’on appelle les Balkans, l’Asie Mineure, la Cappadoce, l’Égypte et le nord de l’Afrique jusqu’à Gibraltar. La Judée fut conquise en 63 avant Jésus Christ par Pompée qui entrait à Jérusalem au moment où César s’apprêtait à vaincre les résistances des Gaulois. Les Romains étaient donc présents dans le pays de Jésus au moment de sa naissance. «En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinus était gouverneur de Syrie. Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine» (Lc 2, 1-3). «L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, prince de Galilée, son frère Philippe, prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysias, prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie» (Lc 3,1-2). C’est Ponce Pilate, le gouverneur du temps, comme on vient de le voir, qui condamnera Jésus à mort au civil. En Palestine l’occupation romaine provoque une révolte armée. Elle aboutit à la destruction du Temple en l’an 70.

 

    Grâce à ses grandes conquêtes, Rome faisait alors régner dans le monde connu, la «pax romana» la paix romaine. Cette stabilité politique créait des conditions favorables au développement économique et culturel. Pour exercer son pouvoir sur tout cet empire, relevons deux réalités bien concrètes que l’on retrouve dans d’autres situations historiques : la création de voies de communication et une armée bien formée et mobile. Napoléon fera de même en France et plus près

de nous, Hitler. Sur ces voies romaines, les missionnaires de la Bonne Nouvelle circuleront. Les missionnaires voyageront aussi sur mer car il n’y aura pas de danger de piraterie. On évalue qu’à Rome il y avait environ près d’un million d’habitants et Alexandrie en Égypte avait presque le même nombre d’habitants. Vous pouvez vous imaginer ce que devait être l’approvisionnement de ces villes en nourriture. J’ai lu dans une revue que les Romains allaient même chercher du charbon en Angleterre. On sait aussi qu’à Rome, le tiers au moins des habitants étaient des esclaves qui venaient d’un peu partout, résultat des conquêtes. À cause de la paix et de la prospérité, les romains construisaient de grands édifices. Le temple de Jérusalem connu de Jésus fut construit sous Hérode le Grand qui ne se limita pas à cette seule construction. «Comme Jésus sortait du Temple, un de ses disciples lui dit : «Maître, regarde : quelles belles pierres, quelles belles constructions! » Mais Jésus lui dit : «Tu vois ces grandes constructions? Il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit»

(Mc 13.1). Il ne faut pas oublier que les lois romaines prévalaient partout.

 

    Les Romains ont bien fait la conquête de la Grèce mais la Grèce a aussi fait la conquête de l’empire romain par sa langue et sa culture. Comment expliquer ce phénomène ? Les Grecs ont toujours été de grands navigateurs. Ils avaient des comptoirs un peu partout sur toutes les côtes de la Méditerranée. Alexandrie était la grande ville grecque avec son port, son phare, sa bibliothèque. C’est pourquoi la langue grecque était répandue et servait de langue commune (koinè) même

à Rome et cela pendant quelques siècles. Notre «Kyrie eléison» et aussi le vendredi saint lors de la vénération de la croix : «Hagios, o Theos. Hagios, Ischyros. Hagios, Athanatos, eleison imas» en sont un reste puisque la liturgie à Rome se célébrait en grec. À la Renaissance, nous verrons des villes comme Gêne et Venise jouer le rôle des Grecs dans le commerce en

Méditerranée. Si vous circulez encore aujourd’hui dans les pays conquis par les Romains, vous rencontrerez des ruines de leurs constructions mais qui n’ont jamais atteint la finesse et la beauté de l’art grec. Les Grecs en effet construisaient leurs temples et édifices publics en marbre. Les romains aussi mais la structure était en briques et le tout recouvert de marbre.

J’ai visité bien des fois le Panthéon à Rome. L’intérieur n’a pas tellement changé mais à l’extérieur tout le marbre a disparu car on a dû le prendre à la Renaissance pour s’en servir pour des églises ou des maisons. J’ai marché aussi près de Rome sur les anciennes voies romaines en pierre creusées par les roues de fer des chars ou sur le Forum. Les restes des maisons qui furent englouties par l’éruption du Vésuve, dans la ville de Pompéi, sont en brique.

 

    Mais plus important que les monuments, au temps de Jésus circulaient dans l’empire des courants religieux  venant de qu’on appelait l’Asie Mineure. Les soldats de l’armée romaine servaient de véhicule à ces cultes à mystère, mythes et légendes. Le christianisme venant de cette région passera pour une de ces religions à mystère comme le culte de Mythra. Le christianisme au début fut confondu avec un culte oriental. Souvent des soldats de l’armée romaine se convertirent à la foi chrétienne comme saint Sébastien. Le judaïsme s’opposait farouchement à toute représentation de Dieu et à tout culte rendu aux idoles ou aux hommes. Ici vous pouvez comprendre le piège tendu à Jésus sur l’impôt à payer à César représenté sur la pièce d’un denier car César était déifié. Dans les cultes à mystère, on constate des petits groupes, des initiés qui font des rencontres secrètes la nuit. Dans les évangiles on voit autour de Jésus un groupe d’initiés, de disciples qui vont souvent la nuit au Mont des Oliviers. Au moment où Marc écrivait son récit, la communauté chrétienne vivait des moments difficiles. La persécution religieuse était déjà commencée car Pierre et Paul avaient déjà subi le martyre à Rome entre 64 et 70. C’est dans ce monde grouillant de courants religieux que va se répandre le message de Jésus dans tout l'empire romain, grâce à la langue grecque. 

 

  

Évangile de saint Luc

 

    Après avoir caractérisé les évangélistes saint Matthieu et saint Marc, vous vous demandez s’il restera de la matière pour le troisième évangéliste. Vous me direz que si on a conservé cet évangile, il devait avoir une manière propre d’exprimer le message de Jésus. Tel est bien le résultat d’une lecture en parallèle avec les deux autres synoptiques. Matériellement l’évangile de saint Luc est presque deux fois plus long que celui de saint Marc. Autre constatation d’ordre générale. Cet évangile est le seul issu d’un milieu non juif. De plus il s’adresse à des fidèles venant de la gentilité, c’est-à dire des païens. On attribue au même auteur la paternité des Actes des Apôtres. On lit en effet au début des Actes : « Mon cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel » (1,1). Tenant compte de cela, on peut affirmer que cet auteur peut être considéré

comme celui dont on conserve le plus grand nombre de pages après saint Paul.

 

    Dès l’ouverture de son premier récit, Luc fait appel à la tradition : «… des événements tels que nous les ont transmis ceux qui, dès le début, furent les témoins oculaires… C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé soigneusement de tout depuis les origines d’en écrire pour toi, cher Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as reçus» (1,2). Un travail soigné et consciencieux à l’intention de Théophile.

 

 

    Si nous n’avions pas eu un homme curieux en Luc nous aurions perdu bien des récits qui nous touchent encore aujourd’hui. Sans vouloir énumérer tous les passages qui lui sont propres, je vous rappelle qu’il est le seul à parler de la naissance de Jean Baptiste, de celle de Jésus. Les trois cantiques : celui de Zacharie, de Marie et de Syméon. La résurrection d’un jeune homme, fils d’une veuve à Naïm. Jésus et la pécheresse; la parabole du bon Samaritain; la visite de Jésus chez Marthe et Marie; la guérison d’une femme infirme un jour de sabbat; la parabole de la brebis perdue; celle de la pièce de monnaie retrouvée et celle du fils retrouvé; la parabole du riche et de Lazare; la guérison de 10 lépreux; la rencontre avec Zachée; l’apparition aux disciples d’Emmaüs. Il reste d’autres passages moins longs propres à Luc. Je ne vous ai rappelé que les mieux connus et ceux qui nous touchent davantage.

 

    Ce choix de faits que l’on ne trouve pas chez les deux autres synoptiques peut s’expliquer par ce que l’on trouve dans le prologue de son oeuvre que j’ai cité. Il n’a pas vu ni n’a été disciple de Jésus ou proches d’eux mais il a su s’informer.  C’est pourquoi il a pu raconter non ce qui l’avait touché ou frappé mais ce que d’autres lui ont rapporté. Il a rassemblé ces documents ou récits. Constatant sans doute que sa matière était mince il est allé puiser ailleurs. Où ? Dans un livret qui circulait déjà et qu’on attribuait à Marc. Ce n’est qu’une théorie et elle vaut ce que valent toutes les théories dans ce domaine très complexe de la composition et transmission des évangiles.

 

    Avant d’aller plus loin il serait bon de se poser quelques questions au sujet de cet auteur à qui on attribue un évangile selon saint Luc. Il n’est pas juif mais un converti venant du paganisme. Il a sans doute composé son récit directement en grec. Son évangile s’adresse à des chrétiens venus du monde païen. Il manifeste donc une sensibilité plus grande en ne rapportant pas des événements trop crûment. Les grecs en effet, dit-on, étaient plus raffinés. Il ne présente donc pas le message évangélique sous un éclairage trop sémite. Nous avons vu qu’il voulait faire oeuvre historique, non toutefois comme nous le concevons de nos jours. Il situe l’histoire du salut par rapport à l’histoire profane; il rapporte le recensement

sous l’empereur Auguste (2,1) lorsque Quirinus était gouverneur de Syrie. Il présente le commencement du

ministère de Jésus «l’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, prince de Galilée …» (3, 1-2).

 

    Comme il s’adresse à des lecteurs ignorant la topographie palestinienne, il donne des indications géographiques nécessaires à l’intelligence du récit. Il rapporte que Nazareth et Capharnaüm sont des villes de Galilée (1,26; 4,31) et Arimathie, une ville des Juifs (23,51); que la mer de Galilée est en réalité le modeste lac de Génésareth (5,1; 8,23). Nous sentons bien qu’il ne fut pas enraciné dans le terroir juif comme Matthieu. Il confond Judée et Galilée.

 

    Les recherches de Luc ont permis d’avoir presque les deux cinquième de son évangile qui ne se trouvent ni chez Matthieu ni chez Marc. C’est Luc qui a le plus de versets propres. Environ 500, alors que Mc en a seulement 53 et Matthieu 330.

 

    À cause de sa sensibilité ou celle de ses lecteurs ou ce qui n’aurait pas intéressé ceux venant du paganisme, Luc passe par dessus des discussions sur les traditions pharisaïques (Mc 7, 1-23 ou Mt 23, 1-36). Il ne rapporte pas des récits qui auraient suscité de l’étonnement, tels les pages sur la démarche des parents de Jésus (Mc 3, 20-23); de la Cananéenne  (Mc 7, 24-30); ou du figuier maudit (Mc 11, 12-14; 20-26).

 

Quelle doctrine peut-on tirer de cet évangile

 

    On a écrit qu’il était tout de grâce et de beauté. Le Messie qu’il présente n’est pas tant le maître qui enseigne avec une souveraine autorité et qui accomplit les Écritures, ni le Rabbi de Nazareth aux traits humains si accusés, mais le Seigneur qui séduit les âmes par sa noblesse, sa beauté et par la splendeur de son message divin.

 

    Avec beaucoup de délicatesse, Luc sait éliminer de ses sources ce qui paraît contraire à son dessein. Il omet ainsi les passages où Jésus est profondément affecté dans sa sensibilité humaine comme le frémissement de pitié qui saisit son coeur à la vue du lépreux (Lc 5,13 // Mc 1,41). Jésus n’éprouve pas de tristesse devant l’endurcissement des coeurs (Lc 6,10

// Mc 3,5). Les caresses aux enfants (Lc 9, 47-48 // Mc 9,36); Luc ne laisse pas paraître l’indignation de Jésus contre les apôtres (Lc 8,16 // Mc 10,14).

 

    Le récit de la Passion a été passé au peigne fin pour éviter tout l’aspect humiliant qu’on trouve en Mc. La scène de Gethsémani a été adoucie. Au lieu de tomber à terre, Jésus s’agenouille (22,41). Luc n’a pu se résoudre à écrire que Jésus a été conspué par les valets. Il passe encore sous silence la flagellation et le couronnement d’épines. Les insultes au pied de la croix ont été atténuées. Jésus ne meurt pas seul car on remarque la présence d’amis et de femmes qui se tiennent là (23,49). Il écarte tout ce qui pourrait porter ombrage aux bon renom de Jésus, telle la scène pénible où la parenté de Jésus déclare qu’il a perdu la tête. Cette délicatesse au sujet de Jésus rejaillit sur Jean Baptiste en évitant de décrire son vêtement fait de poil de chameau comme en Mc 1,6. Il ne raconte pas le meurtre de Jean Baptiste.

   

    Pourquoi l’évangélite procédet-t-il ainsi ? Je pense qu’il veut présenter la divinité de Jésus. Il ne veut pas la présenter à la manière d’un dieu du Panthéon grec, plein de défauts, de sentiments bas. Jésus est Dieu et homme. Sa divinité doit se refléter dans son humanité. Luc évite donc tout ce qui ferait de Jésus un homme Dieu trop prompt à montrer des faiblesses humaines. Je serais aussi porté à affirmer que le Jésus de Luc est le Seigneur ressuscité, plein de grâce et de force.

   

    Vous avez déjà constaté que la généalogie de Luc remonte à Adam et à Dieu alors que celle de Matthieu donne comme point de départ Abraham. «Livre des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham«. Pourquoi cette différence? Vous vous souvenez que j’ai insisté en étudiant le premier évangéliste sur la place importante du judaïsme car

Matthieu est le plus juif comme aussi le plus anti-juif. S’adressant à des non Juifs, Luc voulait-il montrer que Jésus était bien membre de la race humaine, c’est pourquoi il fait remonter son origine à Adam et à Dieu. Homme et Dieu en même temps.

 

    Nous avons vu plus haut que saint Luc rapportait bien des passages propres. En contre partie, il fait bien des omissions. Sur le plan littéraire, il supprime 1- tout ce qui paraît alourdir sans profit sa narration comme des circonstances de temps, de lieu, de nombre. 2- Tout ce qui est sans intérêt pour ses lecteurs ou risquerait de les choquer comme

la controverse sur la Tradition des Anciens; les vêtements de Jean Baptiste, le levain des pharisiens.

 

    On a vu que saint Marc ne ménageait pas les personnes. Au contraire, par délicatesse, saint Luc ne reproduit pas les reproches faits à Pierre. Ponce Pilate est traité moins sévèrement. Il atténue les scènes de violence. Pour respecter l’image de Jésus, saint Luc ne rapporte pas qu’il est affecté dans sa sensibilité. Marc rapporte la colère de Jésus, pas Luc. Au lieu de changer sa source, Luc préfère passer sous silence des traits trop rudes. On ne lit pas chez Luc la sentence sur les chiens et les pourceaux; sur les eunuques volontaires, sur les prostituées.

 

    L’évangile de Luc présente bien des mots pour exprimer la joie messianique. Joie, allégresse, se réjouir, tressaillir d’allégresse autant de mots qui révèlent des orientations du message de salut chez Luc. Alors que Matthieu est grave, souvent hiératique, et que Marc ne mentionne la joie qu’une seule fois, Luc insiste sur cette joie messianique qui fait irruption dans les récits de l’enfance. Au chapitre 15, il présente Dieu qui se réjouit pour un pécheur qui se convertit. La joie  messianique que Jésus répand dans le peuple fait surgir dans la communauté chrétienne la louange et la bénédiction. Luc aime le verbe «bénir» surtout dans les parties qui lui sont propres.

 

    Un autre thème revient dans les parties propres, celui du pardon. Dans les trois paraboles, celle du berger qui retrouve sa centième brebis égarée, de la femme qui retrouve sa drachme, du père qui retrouve son fils, Jésus veut nous faire comprendre le mystère d’amour de Dieu pour les pécheurs et la plénitude de sa joie pour un seul pécheur qui se convertit.

 

    Quand Luc aborde le renoncement, il semble anticiper ce que l’on trouvera dans la description de la communauté primitive de Jésusalem dans les Actes des Apôtres. La nécessité du renoncement pour qui veut suivre le Christ est une donnée de la tradition commune aux trois évangiles. Luc se plait pour sa part à accentuer davantage la nécessité et  l’ampleur du dépouillement libérateur. Les premiers disciples et le publicain Matthieu ont tout quitté à l’appel de Jésus

(5,11; 28). Il faut prendre sa croix chaque jour (9,23). Il faut renoncer à tous ses biens (14,33). C’est Luc qui donne la liste la plus complète des parents à «haïr», c’est-à-dire à ne pas préférer à l’amour du Seigneur. «Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et soeurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple» (14,26). Le détachement des fidèles s’exprime par la pratique de l’aumône; l’ascèse individuelle devient un service de charité envers les membres les plus humbles de lacommunauté. Plus que Matthieu et Marc, Luc insiste sur l’attention

que le disciple doit porter à son frère nécessiteux. «Vendez vos biens et donnez l’aumône. Faites-vous des bourses qui ne vieillissent pas» (12, 33). Il faut inviter «pauvres, estropiés, boiteux, aveugles» car ceux-là ne sont pas en mesure de rendre l’invitation (14,13-14). Zachée est cité en modèle en donnant la moitié de ses biens aux pauvres (19, 8).

 

    On a rappellé souvent que Luc manifestait un faible pour le monde féminin. Sa manière de voir va à l’encontre du monde juif qui n’accordait aux femmes qu’une considération bien mesurée. Une femme élève la voix du milieu de la foule; elles chantent le Dieu Sauveur; l’une d’elle ose le toucher et elle est guérie; elles accompagnent Jésus dans ses déplacements.  

 

    Toute la dévotion mariale tire son origine de cet évangile. Marie est bénie entre toutes les femmes, proclamée bienheureuse à cause de sa foi. Élisabeth, la mère de Jean Baptiste; Anne la prophétesse qui se met à parler de Jésus à ceux qui attendent la délivrance de Jérusalem (2,36). Ensuite on voit entrer en scène la veuve de Naïm dont les larmes touchent Jésus (7,11-17). La pécheresse aimante (7, 36-50); l’entourage féminin de Jésus avec Marie de Magdalène, Jeanne, femme de Chouza, Suzannne et beaucoup d’autres (5, 2-3). Un jour au milieu de la foule, une femme crie les louanges de la mère de Jésus (11,10-17). Un jour de sabbat, il guérit une femme que Satan avait enchaînée dix huit ans durant (13, 20-21). La pécheresse aimante de 7,36-50. Jésus reçoit l’hospitalité de Marthe et Marie (10,38-42). Il donne comme exemple une femme qui met du levain dans la pâte (13,20-21). Une autre cherche une drachme perdue en balayant sa maison (15,8-10). La parabole de la veuve importune qui montre que la prière doit se faire insistante (18, 1-8). Sur le chemin vers le calvaire, Jésus rencontre des femmes de Jérusalem (23, 27-31). Ce sont des femmes qui se tiennent près de la croix (23, 49). Le matin de la résurrection se sont encore des femmes qui découvrent le tombeau vide et voient des anges (24, 1-11).

 

    On a déjà dit que Luc est le meilleur écrivain. Oui, dans ce sens qu’il sait bien raconter. Relisez les paraboles de Lazare; du fils prodigue; le récit des disciples d’Emmaüs pour vous en convaincre. Or cette affirmation comporte des limites car il répéte souvent les mêmes formules. J’ai pu vérifier des traductions et les traducteurs varient leurs manières de s’exprimer. Si vous avez entre les mains la traduction de la Bible de Jérusalem vous constaterez que l’on a gardé la formule grecque reprise par la traduction latine ; il advint que… ou il arriva que… Plus de 30 fois cette formule revient. Bien souvent le même passage se lit aussi dans les deux autres évangiles qui ne commencent pas comme Luc. Je me suis plu aussi à souligner les fois où Luc utilise le verbe dire. Parfois la répétition est drôle. «Puis il dit à ses disciples. «Voilà pourquoi je vous dis…» (12,22). «Pierre dit alors. «Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole,» Dans le monde  grec, la parole tenait une grande importance. Luc ne craint donc pas de mettre continuellement dans la bouche de Jésus des paroles. Il n’est pas le seul à utiliser ce verbe. Les apôtres, les ennemis de Jésus, les hommes et les femmes dans la foule. Parfois cette formule prend l’allure d’une sentence. «Oui, je vous le dis; non, je vous le dis; Je te dis. Luc utilise aussi la formule. «Il y avait». Vous reconnaisez l’introduction pour raconter une histoire.

 

    Je vous donne en comparaison dans les trois évangiles le récit de la Transfiguration pour bien voir les caractéristiques de chacun. Comme introduction à saint Matthieu, je vous ai parlé du problème synoptique. En terminant l’étude de saint Luc, je vous propose une mise en parallèle des trois récits de la Transfiguration pour vous faire saisir ce qui est propre à chacun. Après les avoir étudié, il convenait de voir de plus proche un passage commun et de sortir les

traits propres à chacun. On pourra découvrir ce qui est propre et aussi le point de vue de chaque auteur. J’aurais pu prendre un autre passage mais il fallait bien m’arrêter sur un texte qui ne soit pas trop long.

 

Luc 9, 28-36

 

Or il advint environ huit jours après ces paroles que, prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. Et il advint comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante. Et voici que deux hommes s’entrete-naient avec eux ; c’était Moïse et Élie qui apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem.

Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. S’étant étaient accablés de sommeil. S’étant bien réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. Et il advint, comme ceux-ci se séparaient de lui, que Pierre dit à Jésus. «Maître, il est bon que nous soyons ici; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie». Ils ne savaient ce qu’ils disaient. Et pendant qu’il disait cela, survint une nuée qui les prenait sous son ombre et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée. Et une voix partit de la nuée qui disait. Celui-ci est mon Fils, l’Élu, écoutez-le.» Et quand la voix eut retenti, Jésus se trouva seul. Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent à personne, en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu.

Marc 9, 2-10

 

Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls, à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent resplendissants, d’une telle blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte. Elie leur apparut avec Moïse et ils s’entretenaient avec Jésus. Alors Pierre prenant la parole dit à Jésus : «Rabbi, il est bon que nous soyons ici; faisons donc trois tentes, une ici; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie.» C’est qu’il ne savait que répondre, car ils étaient saisis de frayeur. Et une nuée survint qui les prit sous son ombre, et une voix partit de la nuée. «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le.» Soudain,  regardant autour d’eux, ils ne virent plus personne, que Jésus seul avec eux

 

Matthieu17,1-9

 

Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les emmène, à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors, prenant la parole, dit à Jésus. «Seigneur, il est bon que nous soyons ici. Si tu le veux, je vais faire ici trois tentes, une pour toi, une ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie.» Comme il parlait encore, voici qu’une voix disait de la nuée. «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma

faveur, écoutez-le.» A cette voix, les disciples tombèrent sur leurs faces tout effrayés. Mais Jésus, s’approchant, les toucha et leur dit. «Relevez-vous, et n’ayez pas peur. Et eux, levant les yeux, ne virent plus personne que lui, Jésus, seul.

 

 

 

 


 Comparaison des trois récits

 

    Le moment n’est pas le même pour les trois: environ huit jours pour Luc et six jours après pour Matthieu. Le choix des disciples est le même mais l’énumération diffère; deux ont, Pierre Jacques et Jean et l’autre: Pierre, Jean et Jacques. Le lieu : une montagne; deux ont une haute montagne alors que l’autre seulement une montagne. Luc affirme que Jésus gravit la montagne pour prier et il y revient deux fois tandis que les deux autres n’ont pas cette précision mais seulement que Jésus les amène à l’écart. Jésus prie souvent sur la montagne (Mt 14, 23) à l’écart (Lc 9, 18), même quand

tout le monde le cherche (Mc 1,37). Marc et Matthieu utilisent le verbe: il fut transfiguré devant eux. Il est intéressant de noter comment se passe cette transfiguration : Luc parle du visage et du vêtement qui deviennent d’une blancheur fulgurante c’est-à-dire comme l’éclair. Marc est le seul à donner des précisions sur son vêtement seulement, mais pas sur son visage. La blancheur est plus grande que celle qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte. Matthieu utilise deux comparaisons; le visage resplendit comme le soleil et les vêtements deviennent blancs comme la lumière. La scène a pu se passer la nuit selon des indices. Les disciples sont accablés de sommeil selon Luc. Après cela vient l’apparition de deux personnes. Luc et Matthieu donnent l’ordre suivant, Moïse et Élie et, mais pour Marc, Élie et Moïse. Pour Luc ces deux prophètes ne font pas une apparition mais ils parlent avec lui. Cependant les trois auteurs rapportent qu’ils s’entretiennent avec Jésus. Luc est le seul à donner le sujet de leur entretien : son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Selon son habitude Luc donne des détails que l’on ne trouve pas chez les deux autres. «Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil.» S’étant éveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. Dans les trois cas, Pierre adresse la parole à Jésus mais le titre est différent. Chaque récit emploie un titre différent : Luc, Maître; Marc, Rabbi et Matthieu, Seigneur. Les trois constatent un même sentiment. «Il est bon que nous soyons ici». Chez Matthieu, Pierre est le seul à vouloir construire trois tentes. Les deux autres, faisons trois tentes. L’énumération des tentes à faire est la même, une pour toi, une pour Moïse et une autre pour Élie. Ces tentes à construire serait-il un indice que la transfiguration se serait passée au moment de la fête des tentes? Chez Luc et Marc, les disciples ne savent pas ce qu’ils disent. Luc et Marc parlent d’une nuée qui les prit sous son ombre. Quelle est cette nuée si ce n’est la nuit qui revient. La nuée est le signe d’une théophanie comme au Sinaïe (Ex 19,16); sur la tente de réunion (Ex 40,34-38) et sur le Temple au moment de la dédicace du temple sous Salomon (I R 8, 10-12). On ne sait pas trop si la nuée couvre les disciples seulement ou Jésus avec Moïse et Élie. C’est la peur ou la frayeur chez Luc et Marc mais Matthieu n’en dit pas un mot. Une voix part de la nuée et les trois sont d’accord. Le message partant de la nuée est presque le même sauf que chez Luc la voix appelle Jésus mon «Fils, l’Élu» et les deux autres. «Celui-ci est mon Fils bien-aimé». Les trois récits convergent vers un même verbe :

«Écoutez-le». Matthieu est le seul qui fait dire à Jésus. «Relevez-vous et n’ayez pas peur». Enfin les trois constatent que Jésus reste seul avec eux. Luc a un petit appendice. «Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent à personne, en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu».

 

Les manières de voir de chaque évangéliste

 

    La description de Marc est la plus courte comme tout son évangile. La frayeur, se rencontre souvent chez lui. L’adverbe «soudain» le caractérise car tout va vite chez lui. Le titre donné à Jésus est celui de Rabbi. J’ai souligné quand on a vu Marc qu’il donnait une grande importance au regard. Il termine ainsi. «Regardant autour d’eux, il ne virent plus personne que Jésus seul avec eux». Une fois il utilise le verbe que Luc affectionne «il advint.»

 

    Que découvre-t-on chez Luc? Trois fois il emploie le verbe «il advint» qu’on rencontre souvent chez lui. Luc a relevé la prière de Jésus alors que les deux autres n’en disent rien ici. Il est le seul à parler de ce qui allait se passer à Jérusalem. Pour Luc, son évangile commence à Jérusalem et s’y termine. Les Actes y commencent aussi pour se terminer dans tout l’empire romain. Luc ne parle pas d’une transfiguration mais de gloire.Pourquoi? Parce que le verbe grec utilisé par Matthieu et Marc que l’on traduit par transfigurer peut avoir le sens de changer un homme en animal comme on le constate dans la mythologie grecque et n’oublions pas que Luc s’adresse à des Grecs. Quatre fois, la nuée revient et elle est présente au début de son évangile. « La puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre» (1,35).

 

    Selon son habitude la description de Matthieu est plus solennelle. Il met en scène le soleil. Le titre de Seigneur, «Kurios», qui est réservé à Dieu, est plus grandiose que Maître et Rabbi. Pierre agit selon sa manière habituelle. Il est soumis à Jésus. «Si tu le veux, je vais construire ici trois tentes. «Les disciples tombèrent sur leur face» comme dans la barque après que Jésus eut marché et fait marcher Pierre sur les eaux (14, 33).

   

Que nous réserve le quatrième évangile?

Nous le verrons l’an prochain.      

 

                                           

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